Texte
intégral de la lettre de Nicolas Sarkozy à Hugo
Chavez
Colombie-Betancourt: Sarkozy prie Chavez d'exercer sa "grande
influence"
vendredi
2 mai 2008
(LatinReporters.com)
S'adressant par lettre (texte intégral ci-dessous)
à son homologue vénézuélien Hugo
Chavez, le président français Nicolas Sarkozy
le prie d'exercer "toute votre influence, qui est grande",
pour rendre possible la libération de la Franco-Colombienne
Ingrid Betancourt, otage de la guérilla des FARC depuis
plus de six ans.
Datée du 27 avril 2008, cette lettre a été
remise à Hugo Chavez trois jours plus tard par le ministre
français des Affaires étrangères, Bernard
Kouchner, au terme d'une mission de trois jours en Colombie,
en Equateur et au Venezuela. Il y fut reçu par les
présidents respectifs de ces trois pays, Alvaro Uribe,
Rafael Correa et Hugo Chavez. Sans débloquer apparemment
quoique ce soit en faveur des otages des FARC (Forces armées
révolutionnaires de Colombie; marxistes), le ministre
n'a pu que mesurer la température régionale.
Elle n'est
pas encore suffisamment refroidie après le raid mené
le 1er mars par l'armée colombienne contre un camp
des FARC au nord de l'Equateur. Le nº2 de la guérilla,
Raul Reyes, avait alors été abattu. Il était,
en vue de la libération d'Ingrid Betancourt, séquestrée
depuis le 23 février 2002, l'interlocuteur de la France,
qui a perdu tout contact direct avec le haut commandement
des FARC. L'attaque colombienne avait en outre créé
une vive tension entre, d'une part, Bogota et, d'autre part,
Quito et Caracas.
Le texte
de la brève lettre de Nicolas Sarkozy à Hugo
Chavez est inséré dans la seconde partie d'un
communiqué diffusé le 1er mai par le gouvernement
du Venezuela. Semblant répondre à la sollicitude
d'une nouvelle et forte implication de Hugo Chavez dans le
dossier des otages, le communiqué indique: "Pour
sa part, le président Chavez a reconnu la complexité
de la situation en Colombie, qui s'est aggravée depuis
la mort du commandant Raul Reyes. Néanmoins, il a confirmé
à son homologue français la ferme intention
du gouvernement vénézuélien de continuer
à travailler conjointement en faveur de la libération
de tous les otages civils [des FARC], premier pas vers l'échange
humanitaire [de prisonniers] nécessaire à l'impulsion
du processus de paix en Colombie".
Un autre
communiqué du gouvernement vénézuélien,
diffusé quelques heures plus tôt, citait le président
Chavez pour affirmer que la libération d'un groupe
d'otages des FARC, "incluant possiblement" Ingrid
Betancourt, avait été en Equateur l'objet d'une
négociation interrompue par la mort de Raul Reyes.
Hugo Chavez
a affirmé à plusieurs reprises que ses propres
contacts avec la guérilla furent "pulvérisés"
par le raid de l'armée colombienne contre le camp du
nº2 des FARC. Mais sa "ferme intention" de
tenter de contribuer encore à la libération
d'otages relativise cette soudaine et prétendue impuissance
à l'égard d'une guérilla qui soutient
explicitement l'ambition du président vénézuélien
de propager en Amérique latine la révolution
dite bolivarienne.
En résumé,
Hugo Chavez n'a pas répondu non à la sollicitude
de Nicolas Sarkozy. Il adresse plutôt au président
français un implicite "oui, mais", conditionné
par "la complexité de la situation en Colombie".
On peut supposer que le président Chavez a conscience
que ses propres ambitions géopolitiques épaississent
cette complexité.
Lettre
de Nicolas Sarkozy à Hugo Chavez
[Traduction du texte original espagnol diffusé par
le gouvernement du Venezuela]
Paris,
27 avril 2008.
Monsieur
le Président,
Deux
mois après son dernier voyage à Caracas, j'ai
sollicité le ministre des Affaires étrangères
Bernard Kouchner de reprendre contact avec vous.
En
effet, après les deux premières vagues de libérations,
lesquelles n'auraient pas pu se produire sans votre intervention
directe, nous sommes entrés dans une période
d'attente.
Toutefois,
il y a urgence. Les informations que j'ai pu recueillir de
la Mission médicale confirment le préoccupant
état de santé d'Ingrid Betancourt. Quelle que
soit la pathologie dont elle souffre, sa faiblesse générale
la rend plus vulnérable.
Dans
ce contexte, nous ne pouvons pas vraiment avancer si nous
ne savons pas exactement quelle est la position des FARC.
Pour
cette raison, en ce moment crucial, Bernard Kouchner vous
sollicitera en mon nom d'utiliser toute votre influence, qui
est grande, pour trouver les moyens d'une nouvelle initiative,
sur la base de laquelle nous pourrons ensuite faire des propositions
à la communauté internationale.
Vous
remerciant à nouveau de vous être réuni
avec Bernard Kouchner, Monsieur le Président, recevez
l'expression de ma plus haute considération.
Nicolas
Sarkozy.
Source
latinreporters.com