Pérou-Humala:
la gauche domine la présidentielle et le Parlement
Lundi,
10 avril 2006
Sympathisant du président vénézuélien
Hugo Chavez, le nationaliste Ollanta Humala est en tête
de l'élection présidentielle tenue dimanche
au Pérou. Le social-démocrate Alan Garcia l'affrontera
au 2d tour s'il conserve son avantage minime sur la conservatrice
Lourdes Flores. Toutes tendances confondues, la gauche est
majoritaire. Elle dominera le Congrès (Parlement).
Lieutenant-colonel
à la réserve et ex-putschiste, Ollanta Humala,
métis de 43 ans candidat de l'Union pour le Pérou
(UPP), devançait
lundi soir ses 19 rivaux de la présidentielle après
dépouillement de 79,88% des bulletins de vote. Recueillant
30,20% des suffrages valablement émis, il était
suivi de l'ex-président social-démocrate Alan
Garcia (APRA - 24,87% ) et de la conservatrice chrétienne
Lourdes Flores (Unité nationale - 24,10%).
Aucun
des candidats n'ayant obtenu la majorité absolue, le
successeur du président centriste Alejandro Toledo
surgira d'un second tour, fin mai ou début juin. Si
Ollanta Humala semble assuré d'y participer, l'incertitude
demeure sur l'identité de son prochain adversaire,
vu la minceur de l'écart entre Alan Garcia et Lourdes
Flores. La directrice de l'Office national des processus électoraux
(ONPE), Magdalena Chu, n'exclut pas qu'il faille attendre
la publication officielle des résultats définitifs,
fin avril, pour lever cette inconnue.
Dans l'immédiat,
la principale constatation est le virage global à gauche
du Pérou, dans le sillage d'une tendance lourde en
Amérique latine. Ollanta Humala et le social-démocrate
Alan Garcia réunissent en effet ensemble plus de 54%
des suffrages au stade actuel du dépouillement.
Leur affrontement
éventuel au second tour soulignerait les clivages entre
les deux gauches au pouvoir dans la région: d'une part,
la "cubano-bolivarienne" antiglobalisation et très
antiaméricaine (Venezuela, Cuba, Bolivie et Pérou
si Humala devenait président) et, d'autre part, celle
de l'économie sociale de marché plus proche
de l'Internationale socialiste (Chili, Brésil, Uruguay
et Costa Rica), quoiqu'une surprenante victoire finale d'Alan
Garcia situerait le Pérou dans une gauche intermédiaire
peut-être comparable à celle du président
argentin Nestor Kirchner.
Avant
le premier tour, tous les sondages prédisaient la victoire
finale de Lourdes Flores en cas de duel au second tour face
à Ollanta Humala ou à Alan Garcia. Mais même
si la candidate conservatrice accédait à la
présidence, elle pourrait être aussitôt
paralysée par le Parlement à majorité
de gauche issu des élections législatives concomitantes,
dimanche, de la présidentielle.
L'institut
de sondages Apoyo, très estimé au Pérou,
calcule que l'Unité Nationale de Lourdes Flores ne
comptera que 19 des 120 parlementaires du Congrès monocaméral,
contre 43 à l'UPP d'Ollanta Humala et 35 à l'APRA
d'Alan Garcia. Les deux grandes gauches péruviennes
totaliseraient ainsi les deux tiers des élus.
Pour pousser
plus loin l'analyse, mieux vaut attendre que les résultats
officiels désignent avec certitude les deux adversaires
du second tour de la présidentielle. Leurs marchandages
probables en quête d'appuis pourraient brouiller les
déductions rationnelles.
Source
latinreporters.com
par Christian Galloy