Parmi
les 14 candidats, seule la Nobel de la Paix est indienne
Guatemala - élection présidentielle : Rigoberta
Menchu piétine
samedi 11 août 2007
(LatinReporters.com)
L'Indienne
Rigoberta Menchu piétine dans les sondages au Guatemala
à moins d'un mois de l'élection présidentielle
du 9 septembre, précédée d'une campagne
très violente. Etre prix Nobel et la plus connue des
14 candidats ne sont pas des avantages suffisants. Malgré
sa population amérindienne, le Guatemala n'est pas
dans le sillage de la Bolivie du président andin Evo
Morales.
Collé
à la frontière sud du Mexique, république
la plus peuplée d'Amérique centrale avec 12,6
millions d'habitants, le Guatemala compte 21 ethnies mayas.
Il est après la Bolivie et avant l'Equateur le pays
latino-américain offrant la plus forte proportion d'autochtones
d'origine pré-colombienne, de 42 à 56% de la
population selon diverses estimations. Le second chiffre correspond
aussi au taux national de pauvreté.
Parmi
les candidats à la présidence, Rigoberta Menchu,
48 ans, est l'unique représentante de cette forte composante
indigène. A cette exclusivité s'ajoute sa qualité
de lauréate du prix Nobel de la Paix 1992 "en
reconnaissance de son travail pour la justice sociale et la
réconciliation ethno-culturelle fondées sur
le respect pour les droits des peuples autochtones".
Elle s'opposa notoirement à la longue dictature militaire
qui décima sa famille.
Pourtant,
le dernier sondage réalisé par Borge & Asociados
pour le quotidien El Periodico relègue Rigoberta Menchu
à la 4e place -elle n'est même que 5e dans le
sondage de Vox Latina publié par Prensa Libre- avec
à peine de 5,5% à 5,9% des intentions de vote.
Le premier des ces pourcentages découle de l'ensemble
des réponses et le second, plus élevé,
tient compte de l'abstention et des bulletins nuls probables.
Candidate
du parti de centre gauche Encuentro por Guatemala (EG, Rencontre
pour le Guatemala), son parti indien Winaq n'étant
qu'embryonnaire, Rigoberta Menchu est devancée par
Alvaro Colom (centriste se déclarant "social-démocrate";
de 33 à 41,2% des intentions de vote), le général
retraité Otto Pérez (droite musclée;
de 23,1 à 27,9%) et Alejandro Giamattei (droite gouvernementale;
de 8,9 à 10,2%).
L'Union
Nationale de l'Espoir (UNE) d'Alvaro Colom et le Parti Patriote
(PP) d'Otto Pérez devraient dominer également
les législatives. Les 158 députés du
Congrès monocaméral et les édiles de
332 municipalités seront aussi élus le 9 septembre,
date du premier tour de la présidentielle. Le nouveau
chef de l'Etat, qui succédera pour 4 ans au conservateur
Oscar Berger, ne serait connu qu'à l'issue du second
tour, le 4 novembre, si aucun des candidats ne surpassait
la barre des 50% au premier tour. Alvaro Colom est favori
dans tous les cas de figure.
L'ex-chef
guérillero Miguel Angel Sandoval, candidat de l'historique
Union Révolutionnaire Nationale Guatémaltèque
(URNG) et partisan de l'alternative bolivarienne du président
vénézuélien Hugo Chavez, végète
en 9e position avec une préférence rachitique
de 0,9%. Celle plus maigre encore de 0,3% de Pablo Monsanto,
aspirant à la présidence pour l'Alliance Nouvelle
Nation (ANN), dissidence de l'URNG, ne renforcera pas significativement
l'option bolivarienne.
Mais comment
expliquer le piétinement électoral de Rigoberta
Menchu, la Guatémaltèque la plus connue dans
son pays et sur la planète? Quoiqu'elle prédise
"une surprise", sa victoire semble improbable. Elle
serait un séisme social comparable à l'arrivée
à la présidence en 2005 en Bolivie de l'Indien
aymara Evo Morales.
"Menchu
se ressent d'un faible appui financier interne et de l'interdiction
d'accéder à l'appui international... En outre,
ses propositions politiques modérées n'ont pas
ému l'électorat et son style de communication
n'a pas été le plus efficace. Menchu lutte par
ailleurs contre de vieux tabous racistes de la société
ladine ["sociedad ladina" désigne les blancs
ou les occidentalisés; NDLR] et machistes de la société
indigène" estime la Fundacion DESC (Fondation
Droits Economiques, Sociaux et Culturels pour l'Amérique
latine).
Un autre
facteur expliquant l'apparent faible impact électoral
de Rigoberta Menchu est la désunion tribale entre les
plus de vingt ethnies mayas du Guatemala. "L'indigène
ne supporte pas de se subordonner à une autre ethnie
et pendant la Semaine Sainte, celui qui représente
Judas porte les habits de la tribu rivale" expliquait
en février 2006 le sous-directeur du journal guatémaltèque
Nuestro Diario, José Elias, à un envoyé
spécial du quotidien madrilène El Pais.
Rigoberta
Menchu est membre de l'ethnie maya des Quichés. Quoiqu'appréciant
sa condition de femme et d'Indienne, Domingo Hernandez et
d'autres dirigeants de la Coordination et Convergence Nationale
Maya du Guatemala estimèrent le 9 août dernier,
Journée mondiale des peuples autochtones, que ni la
célèbre candidate ni le parti EG qui la soutient
ne représentent ces peuples au Guatemala.
En Bolivie,
par contre, le président amérindien Evo Morales
fait figure de leader politique tant des Aymaras que des Quechuas,
les deux principales ethnies autochtones de ce pays andin.
La faible
mobilisation politique des Amérindiens guatémaltèques
ou du moins leur goût peu prononcé pour la confrontation
collective s'expliquent peut-être aussi par la tragédie
trop récente de la guerre civile. De 1960 à
1996, les combats entre armée et insurgés d'extrême
gauche firent 200.000 morts et 60.000 disparus déclarait
en juin 2003 à LatinReporters Alfonso Portillo, alors
président (de droite) du Guatemala.
Parmi
les conflits qui déchirèrent l'Amérique
centrale pendant la seconde moitié du 20e siècle,
celui du Guatemala fut le plus meurtrier. Enrôlés
de gré ou de force dans l'armée ou la guérilla,
massacrés lors de la destruction de villages soupçonnés
de soutenir l'adversaire, les autochtones servirent de chair
à canon et de boucs émissaires. Les morts victimes
de l'un ou l'autre camp furent en majorité des Mayas.
La violence
reste d'actualité. La criminalité commune, liée
notamment aux bandes de jeunes (les maras), a fait près
de 3.000 morts au Guatemala au cours du premier semestre.
Et depuis le 2 mai, date de la convocation des élections
générales du 9 septembre, 50 attentats contre
des candidats et activistes politiques ont fait 39 morts et
21 blessés, selon le bilan du collectif d'organisations
sociales Mirador Electoral. Au moins trois des dernières
attaques ont visé des partisans de Rigoberta Menchu.
Source
latinreporters.com