Censure
au Venezuela : le cas RCTV
par Daniel Duquenal (*) - Venezuela News and Views
Le
non-renouvellement du permis de RCTV (Radio Caracas Televisión),
principale station privée de TV au Venezuela, a été
présenté très différemment selon
votre interlocuteur. De la perspective des amis de Chavez
c'était simplement une mise en ordre dans la répartition
du spectre d'ondes hertziennes. Du point de vue de l'opposition
à Chavez, et de la plupart des médias et des
démocraties, il semble que la liberté d'expression
au Venezuela a reçu un coup mortel.
Pour la
fermeture de RCTV, Chavez et ses défenseurs offrent
deux raisons. D'abord, l'Etat a eu besoin du spectre favorable
VHF de RCTV pour l'employer à créer un service
public indépendant, loin de la commercialisation grossière,
avec un contenu véritablement éducatif. Et en
second lieu, l'Etat a décidé que la concession
de RCTV ne devrait pas être renouvelée en raison
de son engagement politique, y compris une participation prétendue
au coup d'Etat de 2002 contre Chavez.
Ces arguments
ne tiennent pas. Il n'y a eu aucune investigation sérieuse
ou mesure juridique prise contre RCTV depuis 2002, seulement
des attaques verbales. Sur la question technique, l'Etat a
assez de fréquences VHF et de fréquences ultra-hautes
UHF pour créer son propre réseau ou, au besoin,
pour forcer RCTV à y passer pour libérer ses
ondes plus favorables à la transmission. En fait l'Etat
n'a eu aucun problème à créer ViVe TV
tout en refusant des emplacements aux réseaux privés
tels que Globovision, la chaîne d'information 24 heures.
Savoir
si RCTV a été "fermée" ou a
vu sa concession non renouvelée est une discussion
sans grande importance: il y a des appels judiciaires quant
à la légalité des règlements gouvernementaux
qui définissent la période des concessions.
Mais ces appels languissent aux tribunaux tandis que d'autres
questions légales sont rapidement décidées
en faveur du gouvernement Chavez. Par exemple, la mauvaise
foi du pouvoir a été soulignée quand
une décision juridique a été prise 24
heures après sa soumission: cette décision a
permis à l'Etat d'employer toutes les stations de relais
de RCTV sans compensation. De cette façon, non seulement
RCTV a perdu ses longueurs d'onde, elle a également
été dessaisie de tout son équipement
de transmission.
Même
la notion idéaliste de créer un service public
TV ne tient pas. Le directoire de TVes, le nouveau réseau
culturel "d'Etat" créé pour remplacer
RCTV, a eu tous ses directeurs nommés directement ou
indirectement par le gouvernement. TVes commence avec les
sombres augures de devenir juste un autre réseau au
service de l'agenda politique de Chavez. L'organisme de contrôle,
Conatel, est également complètement soumis à
Chavez. Il n'y eut aucune tentative de maintenir même
un faux-semblant d'impartialité.
Ce que
nous devons comprendre est que le véritable intérêt
du gouvernement est le contrôle de l'information qui
passe à travers les ondes hertziennes libres.
L'administration
de Chavez avait décidé il y a longtemps de saturer
l'air avec des messages pro-gouvernementaux, en particulier
dans les régions plus rurales du pays où les
médias indépendants dépendent de la publicité
de l'Etat ou des autorités locales pour leur survie.
Seuls les médias situés dans les centres urbains
de Caracas, de Valencia et de Maracaïbo ont accès
à assez de revenus indépendants pour survivre
sans publicité de l'Etat, des entreprises d'Etat ou
de l'administration locale. En outre, au cours des cinq dernières
années l'Etat a renforcé l'extension de la TV
d'Etat, VTV; il a ajouté un réseau de signal
libre, ViVe, et deux autres réseaux en partie libres
et en partie câblés, ANTV et la réponse
à CNN, TeleSur. La portée de ce dernier est
en hausse: par exemple à Caracas un groupe financier
pro-Chavez a acheté la chaîne locale CMT, mais
le congédiement de son personnel en a fait un simple
relais pour TeleSur. Aujourd'hui dans quelques régions
du Venezuela vous pouvez seulement obtenir une demi-douzaine
de stations radio, toutes sont format musique ou émetteur
d'Etat, sans que le message d'opposition puisse pénétrer
les ondes hertziennes locales.
Depuis
2004, deux réseaux privés de signal libre sur
tout le pays ont cédé à la pression du
gouvernement et sont devenus neutres sinon pro-gouvernementaux.
Après la réélection de Chavez en 2006,
RCTV était le seul réseau critique ayant encore
une couverture libre nationale. L'autre réseau critique,
Globovision, n'a de signal libre qu'à Caracas et à
Valencia et à travers le câble ailleurs. Les
systèmes de câble atteignent seulement environ
25 % des foyers vénézuéliens. Avec la
fermeture de RCTV, peut-être 70 % de Vénézuéliens
n'ont pour information rien d'autre qu'un déluge de
propagande gouvernementale. Ce pourcentage est beaucoup plus
haut parmi les classes sociales à revenus inférieurs
qui dépendent davantage des transmissions TV gratuites.
La fermeture
de RCTV a été une décision strictement
politique, conçue pour limiter la critique contre Chavez.
Les attaques récentes contre le réseau dissident
restant, Globovision, impliquent que le gouvernement considère
la fermeture de la dernière option permettant que les
plaintes des personnes soient exprimées publiquement
à la télévision. Le directeur de la station
a été sommé à comparaître
devant le procureur de la République, après
l'accusation contre Globovision d'avoir essayé d'inciter
à une tentative d'assassinat du président.
Avec la
perte de RCTV le Venezuela a perdu sa liberté d'information.
L'information est cruciale pour permettre aux personnes de
s'exprimer elles-mêmes. La liberté d'expression
est à partir de maintenant sérieusement menacée.
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(*) En
commentant depuis 2002 sur son blog Venezuela News and Views
l'évolution politique de son pays, le Vénézuélien
Daniel Duquenal a acquis une notoriété internationale
que reflètent ce jour plus de 70.000 mentions de son
nom sur le chercheur Google. Publiés originellement
en anglais, des articles de Daniel Duquenal sont traduits
par lui-même en français et en espagnol. L'original
de l'article ci-dessus a été publié par
Index on Censorship.
Source
latinreporters.com