Colombie-législatives:
le président Uribe renforcé 2 mois avant la
présidentielle
lundi
13 mars 2006
Principal
vainqueur, dimanche en Colombie, des élections législatives
qu'a tenté en vain de torpiller la guérilla
marxiste des FARC, le président conservateur Alvaro
Uribe n'était pas candidat. Il le sera le 28 mai à
un second mandat présidentiel, pratiquement acquis
au vu de la majorité absolue de ses partisans aux deux
chambres du Congrès.
Dissident
du Parti Libéral (la branche de l'Internationale socialiste
en Colombie), Alvaro Uribe Velez avait fait cavalier seul
à la présidentielle de 2002 pour la remporter
à la majorité absolue dès le premier
tour grâce à un discours sans concession à
l'égard de la guérilla. Dimanche, les six formations
soutenant aujourd'hui le président Uribe -surtout le
Parti de l'U (pour Unité), l'historique Parti Conservateur
et Changement Radical- ont récolté 62% des 102
sénateurs et 56% des 166 députés (résultats
après dépouillement de 95% des bulletins de
vote).
Comme
d'ordinaire en Colombie, l'abstention est élevée.
Elle touche 59,5% des 26,59 millions d'électeurs, dont
10,78 millions ont voté. Près de 40 assassinats
perpétrés par les FARC (Forces armées
révolutionnaires de Colombie, 17.000 combattants) pendant
la campagne électorale et leurs menaces de mort à
l'égard de ceux qui iraient aux urnes n'ont pas encouragé
la participation. Porte-parole habituel de cette guérilla,
l'agence de presse ANNCOL affirme que "l'abstention prive
[le président] Uribe de légitimité".
Au Venezuela,
l'abstention aux législatives du 4 décembre
dernier fut de 75%. Les FARC et ANNCOL n'en louent pas moins
toujours la "révolution bolivarienne" du
président vénézuélien Hugo Chavez.
Le triomphe
du camp uribiste dominera les quatre années de la nouvelle
législature. Il est perçu comme un gage de la
prochaine réélection du président Uribe,
principal allié des Etats-Unis dans la région,
et de la solidité enfin assurée de son appui
parlementaire.
La ratification
de l'accord de libre-échange signé le mois dernier
avec Washington est désormais à l'abri d'une
mauvaise surprise au Congrès de Bogota. L'indulgence
relative et polémique à l'égard de paramilitaires
d'extrême droite qui déposent les armes devrait
être confirmée. Poursuite aussi de pourparlers
ouverts à Cuba avec la seconde guérilla colombienne,
l'ELN (Armée de libération nationale, entre
4.000 et 6.000 combattants). Et envers les FARC, maintien
de la politique de fermeté dite de "sécurité
démocratique", dont l'armée est le fer
de lance.
Le président
Uribe appelait néanmoins dimanche soir "les FARC
à réviser leur conduite, à analyser la
vocation démocratique des Colombiens, à considérer
la possibilité d'un processus de paix sérieux
et urgent".
En janvier
dernier, l'état-major des FARC annonçait qu'
"avec Uribe, il n'y aura pas d'échange humanitaire",
rejetant un échange limité de prisonniers soutenu
activement par la France, la Suisse et l'Espagne et dont bénéficierait
notamment la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, otage de
la guérilla depuis le 23 février 2002.
Le journaliste
colombien Ernesto Cortes Fierro estime que "le triomphe
des forces uribistes [aux législatives] signifie la
consolidation du projet politique" du président
Uribe, "mais aussi la radicalisation des forces qui lui
sont opposées".
La victoire
uribiste coûte cher à l'opposition. Le Parti
Libéral, tenant de la social-démocratie, paie
la note la plus élevée. Il n'obtient que 17
sénateurs sur la trentaine qu'il escomptait et n'est
plus désormais que le 3e parti du Congrès, après
en avoir été le principal pendant un demi-siècle.
Son candidat à l'élection présidentielle
du 28 mai, l'ex-ministre de l'Intérieur Horacio Serpa,
risque de clore sa vie politique dans une troisième
et vaine tentative d'accéder à la charge suprême.
Selon
le leader du Parti Libéral, l'ex-président Cesar
Gaviria, "le paramilitarisme et l'argent facile ont joué
un rôle important dans l'élection parlementaire"
de dimanche.
Regroupée
pour la première fois sous le sigle PDA (Pôle
Démocratique Alternatif), une autre gauche naissante,
plus radicale et plus moderne, mais non révolutionnaire
(quoiqu'elle compte d'ex-guérilleros du M-19), a obtenu
un score non négligeable, près de 10% des suffrages
(et 11 des 102 sénateurs).
Cette
nouvelle gauche avait remporté une victoire significative
en octobre 2003, lorsque le syndicaliste Luis Eduardo Garzon,
surnommé alors le "Lula colombien", fut élu
maire de Bogota. Le PDA sera conduit à la présidentielle
par un ex-président de la Cour constitutionnelle, Carlos
Gaviria.
Si, le
28 mai, Alvaro Uribe n'était pas réélu
à la présidence de la Colombie dès le
premier tour, le Parti Libéral et le PDA pourraient
tenter d'unir les forces antiuribistes avant le 18 juin, date
d'un second tour éventuel.
Source
latinreporters.com