Brésil
: l'adieu de Lula à la gauche fait des vagues
vendredi
15 décembre 2006
(LatinReporters.com)
Le président brésilien Lula : gauche et cheveux
blancs incompatibles?
"Si un adulte est de gauche, c'est parce qu'il a des
problèmes. Si un jeune est de droite, c'est parce qu'il
a aussi des problèmes... Moi, j'ai viré vers
la social-démocratie. Quand on a 61 ans, on atteint
l'équilibre". Moins de deux mois après
sa réélection à la présidence
du Brésil, cette sorte d'adieu de Lula à la
gauche fait des vagues.
Ancien
syndicaliste et ouvrier métallurgiste, fondateur du
Parti des travailleurs (PT), le plus grand parti de gauche
d'Amérique latine, et réélu pour quatre
ans à la magistrature suprême le 29 octobre dernier
en se présentant comme le "candidat des pauvres",
Luiz Inacio Lula da Silva jugerait donc incompatibles gauche
et cheveux blancs lorsqu'on est doté de raison... Une
musique céleste pour les chefs d'entreprise qui applaudissaient
le président, le 11 décembre dernier dans un
hôtel de Sao Paulo, lors de la remise des prix aux "Brésiliens
de l'année", dont Lula, désignés
par la revue Istoé.
Préférant
se définir comme syndicaliste, Lula n'a jamais trop
apprécié les étiquettes politiques. Néanmoins,
il était devenu une icône mondiale de la gauche
altermondialiste après son élection à
la présidence du Brésil en 2002, année
du premier grand triomphe de son PT, parti longtemps considéré
comme "révolutionnaire".
A Sao
Paulo, Lula amusa beaucoup son auditoire d'industriels, de
banquiers et d'intellectuels en appliquant le darwinisme à
la politique. "C'est, disait-il, l'évolution de
l'espèce humaine. Celui qui est de gauche devient plus
centriste, plus social-démocrate et moins de gauche.
Et cela dépend de la quantité de cheveux blancs."
Exemple
pratique cité par Lula pour illustrer sa théorie
évolutionniste: "J'ai critiqué pendant
tant d'années l'ex-ministre Delfim Neto [en charge
de l'Economie pendant la dictature militaire, 1964-1985; ndlr]
et aujourd'hui, il est mon grand ami".
Immédiate,
la tempête de réactions ne s'apaise pas.
"Les
déclarations du chef de l'Etat renforcent l'opinion
selon laquelle son gouvernement est de droite" s'est
exclamé Cristovam Buarque. Dissident du PT auquel il
reproche son "embourgeoisement", ex-ministre de
l'Education de Lula et candidat au premier tour de l'élection
présidentielle d'octobre dernier, Cristovam Buarque
avait contribué à la mise en ballottage de Lula,
contraint de disputer un second tour contre Geraldo Alckmin,
candidat de l'aile conservatrice du Parti de la social-démocratie
brésilienne (PSDB).
"J'ai
73 ans et je suis toujours de gauche. Ce qu'a dit Lula est
lamentable" enrage pour sa part le sociologue Francisco
de Oliveira, dirigeant du Parti socialisme et liberté
(PSOL). Ce parti avait lui aussi empêché Lula
d'être réélu dès le premier tour
de la présidentielle en présentant la candidature
de la sénatrice Heloisa Helena, autre dissidente du
PT. Cristovam Buarque et Heloisa Helena avaient récolté
un total de 9,49% des suffrages.
"J'attendais
autre chose de Lula" grogne Markus Sokol, qui appartient
pourtant au directoire du PT présidentiel. Sa réaction
reflète les doutes des secteurs les plus revendicatifs
du parti et de diverses gauches qui avaient appuyé
la réélection de Lula dans l'espoir d'un retour
aux principes originels du PT. Trente-quatre représentants
d'organisations dites progressistes se sont réunis
le 13 décembre avec le chef de l'Etat pour le prier
de mener une politique "réellement de gauche".
"Le
président a été élu par une base
de gauche et il sait que les mouvements sociaux ont un pouvoir
de mobilisation et peuvent faire face au capital financier"
prévient Joao Paulo Rodrigues, porte-parole du Mouvement
des sans terre (MST).
Lula se
succédera officiellement à lui-même le
1er janvier 2007. Des analystes brésiliens estiment
que ses propos sur son virage au centre visent à placer
son second mandat sous le signe d'une confiance accrue des
marchés et des investisseurs.
Source
latinreporters.com
par Christian Galloy