Sommet
de l'Union des nations sud-américaines (Unasur)
Bolivie / crise - Lula endigue Chavez: l'Unasur soutient Morales,
mais le prie de dialoguer
L'Amérique
du Sud débat de ses problèmes sans les Etats-Unis
mardi
16 septembre 2008
(LatinReporters.com)
Dédié le 15 septembre à la crise en
Bolivie, le sommet extraordinaire de l'Union des nations sud-américaines
(Unasur) s'est conclu à Santiago du Chili par un net
appui politique au président socialiste bolivien Evo
Morales, prié cependant de dialoguer avec ses adversaires.
La forte influence modératrice du président
du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, a endigué
le radicalisme de son homologue vénézuélien
Hugo Chavez. La déclaration finale du sommet ne condamne
pas Washington. Mais que les 12 pays d'Amérique du
Sud aient pu débattre entre eux d'un dossier brûlant
de leur sous-continent sans asseoir les Etats-Unis à
leur table est considéré en soi comme un succès
collectif.
Le ministre des Relations extérieures du Chili,
Alejandro Foxley, révélait mardi au Canal 13
de la télévision chilienne avoir craint l'échec
du sommet à cause de l'exigence de Hugo Chavez d'inclure
dans la déclaration finale une condamnation de la supposée
intervention des Etats-Unis pour déstabiliser la Bolivie.
"Le ton [de Chavez] ne me paraissait pas propice à
un accord. Heureusement, les autres [participants au sommet]
ne l'ont pas suivi" a noté le ministre Foxley.
Parmi
les douze pays représentés au sommet, neuf l'étaient
par leur chef d'Etat (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili,
Colombie, Equateur, Paraguay, Uruguay et Venezuela), un par
son ministre des Affaires étrangères (Pérou)
et deux par des ambassadeurs (Guyana et Surinam). A l'exception
de la seule Colombie, tous ces pays sont gouvernés
par la gauche, modérée ou radicale.
Hugo Chavez
était devenu -et est toujours- l'un des éléments
de la crise bolivienne, l'attisant avant le sommet de Santiago
en menaçant d'intervenir militairement, de faire de
la Bolivie "un nouveau Vietnam" si Evo Morales était
écarté ou assassiné. Le président
vénézuélien avait aussi critiqué
publiquement le haut commandement militaire bolivien, trop
complaisant à ses yeux à l'égard des
cinq départements en révolte ouverte contre
le socialisme centralisateur et l'indigénisme exacerbé
qu'ils prêtent à Evo Morales et à son
projet de nouvelle Constitution.
Deux de
ces cinq départements, ceux de Tarija et de Santa Cruz,
renferment dans leur sous-sol la quasi totalité des
hydrocarbures boliviens et fournissent par gazoduc à
l'Etat de Sao Paulo, poumon industriel du Brésil voisin,
60% de sa consommation de gaz.
Ni la
présidente socialiste du Chili, Michelle Bachelet,
qui est aussi présidente en exercice de l'Unasur, ni
surtout le président socialiste brésilien Lula
da Silva, principal promoteur de cet organisme sous-continental
né le 23 mai dernier à Brasilia, ne voulaient
faire du premier sommet extraordinaire de l'Unasur une tribune
du populisme radical qui utilise les Etats-Unis comme bouc
émissaire des problèmes et erreurs des gouvernements
de la région. Que Lula ait obtenu raison confirme la
montée en puissance de la diplomatie brésilienne,
dont l'Unasur est à la fois le reflet et l'instrument.
La brève
Déclaration de La Moneda (du nom du palais présidentiel
chilien) qui a clôturé le sommet ignore totalement
les Etats-Unis et son rappel générique de l'un
des principes de l'Unasur, la "non ingérence dans
les affaires intérieures", vise peut-être
dans les circonstances actuelles plus Caracas que Washington.
Que les mots utilisés permettent à Chavez et
à ses alliés radicaux d'y lire le contraire
relève de l'art de la diplomatie.
Un "appui
entier et décidé au gouvernement constitutionnel
du président Evo Morales" est fermement exprimé
dans ce document final. Le texte prévient que les gouvernements
des pays de l'Unasur "rejettent énergiquement
et ne reconnaîtront pas toute situation impliquant une
tentative de putsch civil, la rupture de l'ordre institutionnel
ou compromettant l'intégrité territoriale de
la République de Bolivie".
Une commission
de l'Unasur enquêtera sur le massacre commis la semaine
dernière dans le département de Pando. La déclaration
finale évite d'en désigner les responsables,
alors que le gouvernement bolivien l'attribue à ses
opposants dans cette région.
Comme
"condition à l'ouverture d'un processus de dialogue",
les autorités des départements boliviens contestataires
sont priées de restituer les installations gouvernementales
dont elles ont pris le contrôle. La Déclaration
de la Moneda précise qu'une commission de l'Unasur
sera créée pour "accompagner les travaux
de la table de dialogue conduite par le gouvernement légitime
de la Bolivie".
Si Evo
Morales est conforté politiquement par la réaffirmation
collective de sa légitimité, il se voit néanmoins
ainsi acculé par ses pairs à un dialogue réel
et non seulement apparent avec des adversaires qu'il accusait
encore samedi dernier de tentative "de coup d'Etat fasciste
et raciste". Le président bolivien appelait même
alors ses partisans à "mourir pour la patrie"
plutôt qu'à céder. C'est précisément
cette voie de l'écrasement de l'adversaire, encouragée
par Hugo Chavez, que le sommet de l'Unasur vient donc de fermer,
du moins dans sa déclaration finale.
Hugo Chavez
et Evo Morales crient néanmoins victoire en soulignant
une réalité applaudie aussi par les autres participants
au sommet: l'Amérique du Sud traite désormais
de ses problèmes, en tout cas celui de la crise bolivienne,
sans la tutelle des Etats-Unis.
Source
latinreporters.com