Chavez,
alliance bolivarienne et élections en Amérique
latine
lundi
1er mai 2006
Renforcée
par un "Traité commercial des peuples" (TCP)
conclu samedi à La Havane avec la Bolivie, l'alliance
"bolivarienne" contre "l'impérialisme
américain" promue par les présidents du
Venezuela, Hugo Chavez, et de Cuba, Fidel Castro, veut attirer
d'autres pays à la faveur d'élections présidentielles
en Amérique latine. Pérou, Colombie, Mexique,
Equateur et Nicaragua sont en ligne de mire.
Le sommet
"révolutionnaire" qui réunissait dans
la capitale cubaine les présidents Chavez, Castro et
leur homologue bolivien, l'Amérindien Evo Morales,
a débouché sur l'incorporation formelle de la
Bolivie à l'Alternative bolivarienne pour les Amériques
(ALBA) lancée par Hugo Chavez.
Se réclamant
du libertador vénézuélien Simon Bolivar,
héros au 19e siècle de l'indépendance
sud-américaine, le président Chavez oppose l'ALBA
à l'ALCA, appellation espagnole de la Zone de libre-échange
des Amériques (ZLEA) que le président américain
George W. Bush voudrait instaurer de l'Alaska à la
Terre de Feu. Les revenus pétroliers du Venezuela,
5e exportateur mondial de brut, crédibilisent Hugo
Chavez.
Texte
intégral, en espagnol, de l'accord principal signé
le 29 avril 2006 à La Havane par les présidents
Fidel Castro, Hugo Chavez et Evo Morales dans le cadre du
TCP et de l'ALBA
Signé samedi à La Havane, un accord tripartite
(texte intégral en espagnol) se réclamant à
la fois de l'ALBA et d'un "Traité commercial des
peuples" (concept non codifié apporté par
Evo Morales) articule les relations économiques entre
Cuba, le Venezuela et la Bolivie.
Pétrole
vénézuélien à prix préférentiel,
assistance cubaine dans les secteurs de la santé et
de l'éducation et contribution de la Bolivie à
"la sécurité énergétique
de nos pays avec sa production excédentaire d'hydrocarbures"
seront les piliers des relations triangulaires La Paz-Caracas-La
Havane. Avantages douaniers et investissements libres d'impôts
sur les bénéfices sont également prévus.
Le Venezuela
s'engage "à promouvoir une ample collaboration
dans le secteur énergétique et minier"
bolivien. Possédant les plus importantes réserves
de gaz naturel d'Amérique du Sud après celles
du Venezuela, la Bolivie les intègre de fait dans la
vision bolivarienne avant même d'avoir redéfini
ses relations avec les multinationales.
La brésilienne
Petrobras, l'hispano-argentine Repsol-YPF, la française
Total, l'américaine Exxon Mobil, British Gas et une
vingtaine d'autres sociétés ont gelé
ou freiné depuis décembre leurs investissements
en Bolivie dans l'attente des modalités de la nationalisation
des hydrocarbures promise par Evo Morales. La signature imminente
du décret de nationalisation par le président
Morales au cours de la journée du 1er mai, choisie
pour être la fête du travail, était annoncée
de manière inattendue vers midi par l'Agence bolivienne
d'information (ABI).
L'adhésion
de la Bolivie à l'ALBA et l'idée de "Traité
commercial des peuples" jouissent d'un fort impact médiatique
au moment où Hugo Chavez ébranle la plus vieille
assise d'une éventuelle unité sud-américaine.
Le président Chavez annonçait en effet le 19
avril le retrait du Venezuela de la Communauté andine
de nations (CAN), plongeant dans la crise cet ensemble de
120 millions d'habitants et cinq pays (Venezuela, Colombie,
Equateur, Pérou, Bolivie) qui assurent le tiers du
commerce sud-américain.
Hugo Chavez
justifiait sa décision par les coups mortels qu'auraient
portés à la CAN les accords de libre-échange
avec les Etats-Unis signés, mais non encore ratifiés,
par le Pérou et la Colombie. (L'Equateur tente à
son tour de finaliser un accord semblable avec Washington).
Succession
d'élections présidentielles
Opposer
la notion de "Traité commercial des peuples"
aux accords de libre-échange avec l'administration
nord-américaine, au plus bas de sa popularité
en Amérique latine, permet à Hugo Chavez et
à ses alliés de situer l'ALBA bolivarienne au
centre du débat politique d'une région animée
par une succession d'élections présidentielles.
En Colombie,
le président conservateur Alvaro Uribe tentera le 28
mai de se succéder à lui-même. La montée
dans les sondages de Carlos Gaviria, candidat de gauche du
PDA (Pôle Démocratique Alternatif), hostile à
la ratification de l'accord de libre-échange avec les
Etats-Unis, pourrait empêcher M. Uribe de réunir
la majorité absolue dès le premier tour.
Au Pérou,
probablement aussi le 28 mai, un allié d'Hugo Chavez
et d'Evo Morales, l'ex-officier nationaliste Ollanta Humala,
affrontera au second tour de la présidentielle le social-démocrate
Alan Garcia. L'appui explicite d'Hugo Chavez à Ollanta
Humala et les insultes échangées entre MM. Garcia
et Chavez provoquent une crise diplomatique entre Lima et
Caracas. En cas de victoire à la présidentielle,
Ollanta Humala mettrait vraisemblablement au frigo l'accord
de libre-échange avec Washington.
Le second
tour de l'élection présidentielle péruvienne
sera un combat inédit entre les deux gauches qui dominent
actuellement l'Amérique du Sud. A savoir, selon Alan
Garcia, la gauche "castriste" et "chaviste"
incarnée par Ollanta Humala, contre la gauche "démocrate-sociale"
que représenteraient le Brésil de Luiz Inacio
Lula da Silva, l'Uruguay de Tabaré Vazquez, l'Argentine
de Nestor Kirchner et le Chili de Michelle Bachelet.
Au Mexique,
qui ira aux urnes le 2 juillet, Hugo Chavez soutient Andrés
Manuel Lopez Obrador, candidat du Parti de la Révolution
Démocratique (PRD, gauche). Mais ce dernier, longtemps
favori, est désormais devancé dans les sondages
par le conservateur Felipe Calderon, candidat du Parti de
l'Action Nationale (PAN) du président Vicente Fox.
Depuis janvier 1994, l'Accord de libre-échange nord-américain
(ALENA) lie le Mexique aux Etats-Unis et au Canada.
En Equateur,
on votera le 15 octobre. Précandidat à la présidentielle,
l'ex-ministre de l'Economie Rafael Correa, très critique
des Etats-Unis, négocie avec les communautés
amérindiennes une alliance qu'applaudirait Hugo Chavez.
Le ministre bolivien des Finances, Luis Arce, a exprimé
au journal équatorien El Comercio son "espoir
d'un changement de gouvernement au Pérou et en Equateur"
qui pourrait ranimer la CAN.
Présent
samedi à La Havane aux côtés de MM. Castro,
Chavez et Morales, l'ex-président sandiniste Daniel
Ortega a promis de rallier l'ALBA s'il gagnait, le 5 novembre,
l'élection présidentielle au Nicaragua.
Le 29
octobre, Luiz Inacio Lula da Silva briguera sans doute un
second mandat présidentiel au Brésil. Une ingérence
ouverte peu probable dans la politique intérieure du
géant sud-américain ne servirait peut-être
pas les intérêts d'Hugo Chavez, qui sollicitera,
lui, sa réélection le 3 décembre.
Mais le
souhait d'Hugo Chavez de "restructurer à fond"
le Mercosur (marché commun sud-américain créé
par le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay),
auquel le Venezuela adhère progressivement en promettant
de financer un gazoduc quasi continental, pourrait attiser
à moyen terme les frictions entre "les deux gauches"
dont parlait le social-démocrate péruvien Alan
Garcia
Source
latinreporters.com
par Christian Galloy