Révélation:
pourquoi les FARC vont libérer Ingrid Betancourt
Vendredi, 22 février 2008
(LatinReporters.com)
La
guérilla a perdu la bataille sur le terrain en Colombie,
mais elle va remporter une victoire diplomatique primordiale.
En échange de la prochaine libération d'Ingrid
Betancourt, les FARC ne seront plus qualifiées de terroristes,
disposeront d'un statut similaire à une organisation
de libération nationale et pourront installer des antennes
dans les grandes capitales mondiales, dont Paris.
C'est
le prochain chapitre prévisible dans le drame des otages
que je suis en mesure de vous révéler. J'ai
longtemps écrit que l'ex-candidate à la présidentielle
en Colombie, otage des FARC depuis le 23 février 2002,
serait la dernière à être relâchée
par ses ravisseurs. Les pressions publiques de Paris sur le
pouvoir à Bogota pour l'inciter à céder
aux exigences des rebelles en avaient fait une poule aux oeufs
d'or. Plus la France criait, plus la guérilla se gonflait
d'importance et refusait la moindre concession. Deux éléments
de taille ont changé la donne dans les derniers mois
et expliquent l'évolution de ma position:
1.
Les FARC ont été laminées par l'armée
depuis la première élection en mai 2002 d'Alvaro
Uribe, réélu en 2006 pour un nouveau mandat
de quatre ans. Personne ne conteste cet état de fait.
Les 18.000 rebelles de 2002 ne sont plus que 8.000 en 2008.
Leurs rangs ont été décimés par
les opérations militaires tous azimuts et les défections
en chaîne. La guérilla n'est plus en mesure aujourd'hui
de menacer un seul des 350 maires sur les 1.100 municipalités
du pays andin qu'elle avait contraints à s'exiler
en 2002.
2.
Le président vénézuélien Hugo
Chavez, un populiste de gauche allié des FARC depuis
son élection en 1999, a fait l'unanimité contre
lui, d'abord à l'étranger, puis chez lui. Les
denrées de base manquent dans un pays où le
pétrole coule à flot, avec 2,3 millions de barils
par jour.
Conclusion
de ce constat: les FARC et Hugo Chavez ont un besoin commun,
pressant, de redorer leur blason. Qu'on en juge:
-
Les FARC ont perdu à jamais leur aura. Le scandale
Emmanuel, l'enfant de l'ex-otage Clara Rojas conçu
en captivité avec un guérillero, a bouleversé
le monde et décillé les yeux de ceux qui voyaient
dans les rebelles un mouvement romantique à la Che
Guevara. Le martyre de ce bébé arraché
à sa mère à l'âge de 8 mois puis
abandonné dans un état critique (paludisme,
leishmaniose, humérus brisé) jusqu'à
ce qu'il soit récupéré par l'Institut
social de Bogota, a révélé à des
millions de gens la barbarie d'une guérilla qui, encore
aujourd'hui, détient près de 800 otages dans
la jungle et tire ses revenus tant de leur rançonnement
que du trafic de cocaïne. Les images d'Ingrid amaigrie,
muette, sans vie apparente, ont achevé le sinistre
tableau. Les FARC ne peuvent plus jouer avec le feu en se
faisant passer pour victimes d'un conflit dont elles sont
les principales responsables avec la révélation
de leurs crimes contre l'humanité, comme à eu
le courage de les dénoncer, à peine libre, Clara
Rojas.
-
Hugo Chavez a été désavoué par
le peuple le 2 décembre 2007. Il a perdu son référendum
sur une réélection illimitée. Son siège
tangue. Seul un succès diplomatique international,
comme la libération d'Ingrid, peut lui permettre de
survivre à terme à la tête de l'Etat.
Cette
conjonction de facteurs objectifs oblige les deux alliés,
FARC et Hugo Chavez, à s'entendre pour retrouver un
ballon d'oxygène. Le président du Venezuela
n'a cessé d'abriter et armer la guérilla colombienne
derrière les 2.300 km de frontière qui séparent
les deux pays. Son nouvel objectif vise à les obliger
à libérer Ingrid Betancourt, sous peine d'être
privés de cette aide à même de compenser
leur échec sur le terrain.
En
échange, les FARC, une fois Ingrid libérée,
obtiendront d'être rayées de la liste terroriste
établie en juin 2002 par l'Union européenne.
Paris s'est déjà engagé à forcer
la main au reste de l'Europe dans une telle éventualité.
Dans la foulée, la guérilla sera reconnue à
l'ONU comme une force de libération nationale et ouvrira
des "ambassades" à l'étranger, comme
ce fut le cas pour le Fatah palestinien. La guérilla
aura tout loisir d'intoxiquer les médias par des mensonges
répétés, dans la ligne de Goebbels, pour
faire passer sa "vérité". Il suffit
pour s'en convaincre de lire les textes publiés par
les agences ANNCOL et ABP, bras politiques des FARC, basées
en Suède et en Espagne respectivement.
Le
résultat est à vomir, mais il est proche de
se concrétiser. Après la libération d'Ingrid
Betancourt, les autres otages, près de 800, pourront
continuer de pourrir dans la jungle. Ils en sortiront hélas
les pieds les premiers, mais Paris se sera fermé les
yeux en connaissant d'avance cette issue tragique
par
Jacques Thomet
ancien directeur
de l'AFP à Bogota