Après
la mort de Manuel Marulanda
Colombie, otages, FARC d'Alfonso Cano: les scénarios
optimistes
mercredi
28 mai 2008
(LatinReporters.com)
Pour la libération des centaines d'otages des FARC
-ne considérer qu'une trentaine de séquestrés
dits importants, dont Ingrid Betancourt, est immoral-, deux
scénarios favorables quoiqu'incertains peuvent se dessiner
suite à la prise en mains de cette guérilla
marxiste par l'idéologue Alfonso Cano après
la mort du leader historique Manuel Marulanda. Envisager ces
schémas ne signifie pas que le pire soit conjuré
en Colombie.
Premier
scénario, exagérément optimiste, mais
non utopique: déroute militaire des FARC (Forces armées
révolutionnaires de Colombie) accélérée
par l'effondrement psychologique de leurs combattants. Guérilleros
et chefs locaux déserteraient massivement et libéreraient
les otages. Guillermo Leon Saenz, plus connu sous son nom
de guerre Alfonso Cano, ne serait alors qu'un vaincu sans
importance, réduit peut-être, comme ses compagnons
d'un état-major isolé, à l'exil au Venezuela
ou à Cuba.
"Certains
chefs du groupe terroriste des FARC ont appelé pour
dire au gouvernement qu'ils sont disposés à
déserter et à libérer les séquestrés,
Ingrid Betancourt en tête. Ils ont demandé si
leur propre liberté serait garantie " révélait
le 24 mai le président colombien Alvaro Uribe. Il a
promis récompense financière et liberté
conditionnelle en exil, par exemple en France, aux déserteurs
des FARC qui livreraient effectivement leurs otages.
Se contentant
plus modestement de mesures de réinsertion sociale
et de la même mansuétude de la justice que celle
offerte à leurs anciens adversaires paramilitaires
démobilisés, quelque 7.000 guérilleros
des FARC, quasi la moitié des 17.000 combattants d'il
y a 5 ou 6 ans, ont déjà déserté
le mouvement rebelle, qui peine à recruter.
Même
Bernard Kouchner ne pleure pas Marulanda
Au cours
du seul mois de mars, les FARC ont perdu trois des sept membres
de leur secrétariat, le commandement collectif suprême:
Raul Reyes (bombardé dans son sanctuaire au nord de
l'Equateur), Ivan Rios (assassiné par le chef de sa
garde personnelle) et le mythique Manuel Marulanda. Selon
la guérilla, ce dernier aurait succombé, à
78 ans, à un infarctus. Mais le ministre colombien
de la Défense, Juan Manuel Santos, n'exclut pas qu'il
ait été blessé à mort dans un
bombardement aérien ciblé par les services de
renseignement.
On ne
compte plus, en outre, le nombre de chefs rebelles locaux
abattus ou arrêtés récemment. Et à
la mi-mai, la légendaire guérillera Karina,
longtemps symbole de la fougue révolutionnaire, se
rendait et admettait avoir lutté vingt ans pour rien.
Affrontements
militaires, combat psychologique et espionnage de l'adversaire
accentuent l'avantage du gouvernement du président
Alvaro Uribe. Preuve en est que la guérilla a attendu
le 25 mai pour annoncer la mort, deux mois plus tôt,
de son chef suprême Manuel Marulanda. Elle aurait probablement
retardé davantage cette annonce, qui démoralisera
nombre de guérilleros, si le ministre Santos n'avait
pas révélé 24 heures plus tôt non
seulement cette mort, mais aussi sa date exacte, sa cause
probable et l'identité du successeur de Marulanda.
Même
le ministre français des Affaires étrangères,
Bernard Kouchner note que "la mort de Marulanda, la désertion
d'un certain nombre de responsables [de la guérilla]
et l'assassinat d'autres, hélas, semble un contexte
favorable pour que les otages sortent". Et d'ajouter:
"On ne peut pas être content de la mort de quelqu'un
[Marulanda], mais je ne vais pas pleurer, franchement".
Si l'hypothèse
d'un effondrement des FARC avec libération des otages
par les guérilleros déserteurs se concrétisait,
le président Alvaro Uribe, dont la popularité
intérieure surpasse celle de tous les chefs d'Etat
des Amériques, aurait droit à de nombreuses
excuses. Surtout celles de la France, longtemps moins proche
de Bogota que de la guérilla et de son allié
vénézuélien Hugo Chavez dans l'espoir
vain de hâter la libération de la "Franco-Colombienne"
Ingrid betancourt. Excuses que devraient aussi la famille
Betancourt, qui aide peu Ingrid en tentant de dresser les
médias européens contre l'actuelle démocratie
colombienne, certes imparfaite.
Alfonso
Cano a déjà négocié plusieurs
fois avec Bogota
Quant
au second scénario optimiste, il repose sur la réputation
d'idéologue, de guérillero moins militaire que
politique, accolée au nouveau leader des FARC, Guillermo
Leon Saenz, alias Alfonso Cano, tout de même condamné
par contumace à 40 ans de prison pour exécution
sommaire de 40 de ses propres guérilleros.
Sous réserve
de possibles remous internes, ce barbu de 59 ans s'est imposé
à Jorge Briceño, alias el Mono Jojoy, chef de
l'aile militaire d'une guérilla dont le flanc politique,
étayé par diverses sympathies internationales
et surtout vénézuéliennes, est devenu
sa bouée de sauvetage.
Quoique
pétrie d'un communisme originel peu modéré,
la fibre politique d'Alfonso Cano, qui étudia l'anthropologie
à l'Université nationale de Colombie, pourrait
faciliter d'éventuelles négociations visant
notamment à la libération d'otages. Visant peut-être
aussi, au risque plonger à nouveau dans l'optimisme
chimérique, à une réinsertion dans le
jeu politique de la guérilla qui abandonnerait enlèvements,
massacres et narcotrafic lui valant aujourd'hui l'étiquette,
encombrante même pour ses alliés idéologiques,
d'organisation terroriste aux yeux des 27 pays de l'Union
européenne, des Etats-Unis et de la Colombie.
Après
tout, Alfonso Cano fut dans les années 1980 l'un des
promoteurs de la première expression politique légale
des FARC, l'Union patriotique. Mais à l'époque,
la guérilla prétendait jouer sur les deux tableaux
à la fois, l'insurrection armée et la représentation
politique constitutionnelle. La réaction fut brutale.
Quelque 3.000 membres de l'Union patriotique, antenne alors
la plus exposée des FARC, tombèrent sous les
balles de paramilitaires et de sicaires.
Alfonso
Cano participa aussi, à des degrés divers, à
trois négociations avec le gouvernement colombien,
en 1991, puis en 1992 et enfin lors de la période dorée
des FARC, lorsque de 1998 à 2002 le président
Andres Pastrana crut utile pour la paix de leur offrir dans
la jungle méridionale du Caguan une zone démilitarisée
de 42.000 km² (la superficie de la Suisse), reconquise
par l'armée après l'échec d'interminables
pourparlers.
Coordination
Continentale Bolivarienne
A l'époque
du Caguan, Alfonso Cano fut l'un des précurseurs en
Colombie du Mouvement bolivarien, allié naturel du
socialisme dit bolivarien du président vénézuélien
Hugo Chavez. Aujourd'hui, le nouveau leader des FARC est l'un
des présidents de la Coordination Continentale Bolivarienne.
Cette CCB crée dans plusieurs pays latino-américains
des cellules promouvant, sous le signe du socialisme radical
et antiaméricain cher à Hugo Chavez, l'Union
de l'Amérique du Sud tentée au 19e siècle
par le libertador historique Simon Bolivar.
Le conjonction
Chavez-FARC est donc ancienne, profonde et ambitieuse, comme
le confirme le contenu, authentifié par Interpol, des
ordinateurs saisis le 1er mars par l'armée colombienne
dans le camp bombardé où succomba le nº2
de la guérilla, Raul Reyes.
Sincère
ou non, Hugo Chavez a souligné plusieurs fois publiquement,
en parlant des FARC, que l'évolution politique régionale
montre que la gauche n'a plus besoin de brandir les armes
pour conquérir le pouvoir. Au sud de Panama, toute
l'Amérique du Sud, à l'exception de la seule
Colombie, relève en effet aujourd'hui de gauches radicales
ou modérées installées par les urnes
Alors,
Alfonso Cano bientôt président d'un parti bolivarien
colombien, légalisé après renoncement
à la lutte armée et libération de tous
les otages des FARC? La planète entière applaudirait.
Mais compte tenu des centaines de millions de dollars engrangés
chaque année par la guérilla marxiste grâce
au narcotrafic, au racket d'entreprises et au rançonnement
des familles de séquestrés, il est à
craindre que la libération des plus de 700 otages des
FARC relèvera plutôt de la première hypothèse
optimiste, la déroute militaire complète des
insurgés.
D'ici
là, un accord partiel sera peut-être négocié
pour ne rendre la liberté qu'à 20 ou 30 otages,
dont Ingrid Betancourt, en échange de l'élargissement
de guérilleros prisonniers et éventuellement
de concessions politiques peu glorieuses, par exemple l'élimination
des FARC de la liste des organisations terroristes tenue par
l'Union européenne.
Source
latinreporters.com
par Christian Galloy