Le
Venezuela contrôle les multinationales du pétrole
dimanche
2 avril 2006
Dans
leurs activités au Venezuela, les sociétés
pétrolières privées étrangères
et nationales ne sont plus autonomes depuis le 1er avril.
Le géant public Petroleos de Venezuela S.A. (PDVSA)
les coiffe désormais, avec une majorité d'au
moins 60%, au sein de nouvelles entreprises vénézuéliennes
mixtes.
"Les
entreprises transnationales deviennent tout simplement nos
associées, avec une participation de 40% au maximum,
contre 60% pour nous, et nous leur donnerons le bénéfice
correspondant à leur pourcentage" expliquait le
président vénézuélien Hugo Chavez
à la veille de cette mutation.
La position
de force que lui donne l'explosion des prix du pétrole
sur les marchés internationaux permettait à
Hugo Chavez d'ajouter: "Celui qui n'est pas content,
qu'il s'en aille!"
Selon
le président Chavez, "ce changement nous donnera
cette année un revenu additionnel de deux milliards
de dollars. Avant, cela partait vers les pays riches et ils
nous ont pillé ainsi pendant cent ans et plus"...
Le ministre
vénézuélien de l'Energie et du Pétrole,
Rafael Ramirez, également président de PDVSA,
estime qu'une production de 500.000 barils par jour passe
ainsi sous le contrôle de PDVSA, qui produit elle-même
plus de deux autres millions de barils quotidiens.
En présence
du président Chavez et du ministre Ramirez, les accords
avalisant la création des nouvelles entreprises mixtes
ont été signés vendredi à Caracas,
au palais présidentiel de Miraflores, par les représentants
de 17 sociétés pétrolières d'Europe,
d'Asie et d'Amérique du Nord et du Sud.
Il s'agit
de British Petroleum, Repsol YPF (hispano-argentine), Shell
(anglo-hollandaise), Nimir Petroleum (Royaume Uni), Statoil
(Norvège), Perenco (Royaume Uni), ENI (Italie), Total
(France), China National Petroleum, Harvest Vincler (USA),
Hocol (Colombie), Petrobras (Brésil), Teikoku (Japon),
Chevron (USA) et des vénézuéliennes Vinccler
Oil and Gas, Suelopetrol et West Falcon Samson.
Depuis
les années 1990, une politique dite à l'époque
"d'ouverture pétrolière" visant à
accroître la production leur permettait d'exploiter
une trentaine de concessions. Mais la Constitution "bolivarienne"
promulguée en 1999 par Hugo Chavez a consacré
le monopole de PDVSA dans le secteur pétrolier. Longue
à mettre en uvre, cette volonté nationaliste,
réaffirmée dans la Loi sur les Hydrocarbures
de 2001, prend donc la forme aujourd'hui d'entreprises mixtes.
Cette
formule reconnaît néanmoins, de par sa mixité,
l'utilité des multinationales dans les activités
pétrolières au Venezuela. Pour motiver les investisseurs
étrangers, le président Chavez réaffirmait
vendredi que 235 milliards de barils dorment dans la ceinture
de l'Orénoque.
Hugo Chavez
a évalué qu'il faudrait investir 70 milliards
de dollars pour exploiter ce gisement, le plus grand de la
planète, et il a demandé aux investisseurs étrangers
de contribuer à cette mise de fonds colossale.
"Nous
disons au monde qu'un projet nationaliste et révolutionnaire
n'est pas incompatible avec la présence d'entreprises
internationales dignes et avec celle du secteur privé
national" a insisté le chef de l'Etat vénézuélien.
Au nom
des 17 représentants de sociétés pétrolières
présents vendredi au palais de Miraflores, celui de
Repsol YPF, Nemesio Fernandez Cuesta, a estimé qu'être
"associés à PDVSA offre une pleine sécurité
juridique, d'autant plus que les entreprises mixtes ont été
avalisées par l'Assemblée nationale" (le
30 mars, à l'unanimité des 167 députés,
tous "chavistes", l'opposition ayant boycotté
les élections législatives du 4 décembre
2005).
Le contrôle
par le Venezuela, sur la base d'une majorité d'au moins
60%, d'activités pétrolières menées
avec des multinationales pourrait inspirer en Bolivie le président
Evo Morales. Avant et après son triomphe électoral
du 18 décembre dernier, il avait promis de nationaliser
les hydrocarbures boliviens, en particulier le gaz naturel,
mais sans exproprier les multinationales, qu'il souhaite lui
aussi transformer en "associées".
Et au
Pérou également, une nationalisation des hydrocarbures
sans expropriation est prônée par Ollanta Humala,
candidat nationaliste à l'élection présidentielle
du 9 avril prochain. Cet ex-lieutenant colonel proche de Hugo
Chavez et d'Evo Morales est en tête des sondages.
Source
latinreporters.com