Lula:
60,83% - Alckmin: 39,17%
Brésil: réélu président, Lula
promet croissance, unité et priorité aux pauvres
lundi
30 octobre 2006 (LatinReporters.com)
Croissance économique dans la discipline budgétaire,
avec attention prioritaire aux pauvres, et unité, tant
intérieure que de l'Amérique du Sud autour de
son marché commun Mercosur, sont les promesses faites
dimanche soir à Sao Paulo par Luiz Inacio Lula da Silva
après sa réélection triomphale à
la présidence du Brésil.
Candidat
du Parti des travailleurs (PT, gauche), premier ouvrier élu
chef de l'Etat brésilien (en 2002 avec 61,3% des voix)
et icône de la gauche latino-américaine, Lula
a obtenu au second tour de l'élection présidentielle
60,83% des suffrages (48,61% au premier tour) contre 39,17%
à son adversaire Geraldo Alckmin (41,64% au premier
tour), candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne
(PSDB, centre droit). En dépit de l'obligation de vote,
18,99% des 126 millions d'électeurs brésiliens
ne se sont pas rendus aux urnes.
Décrochant
son second (et constitutionnellement dernier) mandat de quatre
ans avec quelque 58,3 millions de voix, chiffre record dans
l'histoire électorale du Brésil, Lula gagne
11,6 millions de suffrages par rapport au premier tour du
1er octobre. Par contre, les 37,5 millions de voix de Geraldo
Alckmin marquent un recul de 2,4 millions en comparaison du
même premier tour.
Lula l'emporte
dans quatre des cinq ensembles régionaux du pays, Nord,
Nord-Est, Centre-Ouest et Sud-Est. Alckmin n'est en tête
que dans le Sud, alors qu'au premier tour il dominait en plus
le Sud-Est et le Centre-Ouest. Les résultats du second
tour réduisent ainsi la portée des multiples
analyses sur une cassure régionale qu'auraient dessinée
les votes du premier tour entre un Brésil des pauvres
et un autre des riches. Il est néanmoins vrai que le
poumon économique du pays, l'Etat et la ville de Sao
Paulo, demeure le fief de Geraldo Alckmin.
Cela n'a
pas empêché Lula d'y fêter sa victoire.
Portant un tee-shirt frappé de l'inscription "A
vitória é do Brasil" (La victoire est celle
du Brésil), l'ex-ouvrier métallurgiste, âgé
de 61 ans, a fait ses premières promesses post-électorales
aux milliers de sympathisants qui l'acclamaient en agitant
des drapeaux sur l'Avenida Paulista de Sao Paulo.
Après
avoir salué ce "moment magique" de la démocratie
brésilienne, capable de "mettre en haut ceux qui
viennent d'en bas", Lula a annoncé pour 2007 une
croissance de 5%, soit le double du taux actuel. La faible
croissance par rapport aux autres pays d'Amérique du
Sud fut l'une des principales critiques, avec la corruption,
adressée par Alckmin à Lula.
Parmi
les catalyseurs de cette relance économique, Lula a
cité la construction de voies ferrées, d'usines
hydro-électriques et de lignes à haute tension,
ainsi que d'importants investissements du géant public
des hydrocarbures brésiliens, Petrobras, notamment
dans la construction de 4.000 km de gazoducs.
Mais Lula
a prévenu qu'il maintiendra "une politique fiscale
dure", mots que les observateurs traduisent par discipline
budgétaire. "On ne peut pas dépenser plus
que ce qu'on gagne... Au-delà des revendications de
mes compagnons syndicalistes, on ne pourra donner aux gens
que ce que permet la responsabilité" a lancé
le président réélu. Cette profession
de foi dément peut-être un récent virage
plus marqué à gauche parfois imputé à
Lula, qui semble plutôt vouloir conserver la confiance
qu'il a gagnée lors de son premier mandat au sein des
milieux financiers, mais au prix de critiques de l'aile dure
du PT.
En
contrepartie, Lula accordera "la priorité absolue
aux plus pauvres". Ses programmes sociaux d'aide immédiate,
telle la Bourse-Famille, lui avaient permis de se présenter
à l'élection présidentielle comme "le
candidat des pauvres", un slogan qui contribua à
sa victoire.
En politique
intérieure, minée par l'impossibilité
de tout parti de réunir à lui seul une majorité
tant de députés que de sénateurs (un
morcellement confirmé par les législatives du
1er octobre), Lula prône l'unité en faveur des
priorités économiques qui seraient coulées
dans un plan de développement national. Lula tentera
par ailleurs de mener à bien une réforme politique
visant à garantir la fidélité des parlementaires
au parti qui les a fait élire.
Les transfuges
et marchandages politiques pour tenter de construire une majorité
parlementaire ont été à l'origine de
scandales de corruption qui éclaboussent depuis plus
d'un an le PT de Lula. Il s'y référait implicitement
en affirmant, dimanche soir à la foule de ses partisans
en liesse, que le gouvernement "n'a désormais
plus le droit moral, éthique ni politique de commettre
des erreurs".
Le dialogue
national souhaité par Lula pourrait être favorisé
par le soutien d'une majorité de gouverneurs des Etats
élus également ce mois d'octobre. Le PT ne contrôle
directement l'exécutif régional que dans 5 des
27 Etats du Brésil, mais alors qu'une majorité
des Etats était hostile à Lula lors de son premier
mandat, 15 des 27 gouverneurs l'appuieront probablement désormais.
Le président a par ailleurs apprécié
la courtoisie de son adversaire Geraldo Alckmin, qui avait
félicité Lula par téléphone avant
même le décompte total des bulletins de vote.
Sur le
plan continental, Lula a renouvelé sa confiance dans
le développement du Mercosur, marché commun
sud-américain créé par le Brésil,
l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay et qu'a rejoint cette
année le Venezuela d'Hugo Chavez. Selon le président
brésilien, le Mercosur doit devenir pour l'ensemble
de l'Amérique latine le mécanisme d'intégration
de référence. Alors que sur ce chapitre Hugo
Chavez ne cesse d'attribuer à Washington un rôle
déstabilisateur, Lula s'est gardé, dimanche,
de critiquer les Etats-Unis.
Source
latinreporters.com
par Christian Galloy