Accueil

ACTUALITES 1994 ARGENTINE

Fort de sa majorité au Congrès, le Parti justicialiste, au pouvoir depuis 1989, a obtenu une révision de la Constitution qui permet au président Carlos Menem d'envisager un second mandat en toute sérénité. Stabilité politique et confirmation de la croissance, régulièrement aux rendez-vous économiques de ces dernières années, ont permis de réduire au silence les syndicats, les forces armées et l'opposition. Seule ombre au tableau, 80 % des Argentins déclarent ne plus croire en la justice de leur pays.

Modification de la Constitution
Depuis le 24 août, Carlos Menem sait qu'il pourra se représenter à l'élection présidentielle de 1995. Pour ce faire, il lui a fallu obtenir une modification de la charte fondamentale de l'Argentine, datant de 1853 et qui interdisait au président sortant de postuler un second mandat. En avril, les Argentins ont en effet choisi, dans la proportion de deux sur trois, d'envoyer à l'Assemblée constituante des hommes décidés à modifier la charte fondamentale dans le sens souhaité par Carlos Menem. Déjà, le Parti justicialiste (péroniste), qui a recueilli 38 % des voix - soit un peu moins que ce que lui promettaient les sondages -, est apparu bien placé pour voir triompher son candidat en 1995.

Outre le point précis du second mandat, la nouvelle Constitution n'assujettit plus le président à la religion catholique et crée un poste de chef de cabinet, une sorte de Premier ministre. Le système fédéral d'impôts est modifié dans le sens d'une coparticipation des provinces. La réforme constitutionnelle réserve un article dissuasif à l'intention des candidats putschistes: en effet, les coups d'État sont expressément condamnés, et leurs auteurs, non amnistiables, se verraient dans l'incapacité irrévocable d'occuper à l'avenir une charge politique.

Des neuf dispositions internationales relatives à la protection des droits de l'homme figurant dans le nouveau texte, on retiendra la reconnaissance de l'identité ethnique et culturelle des peuples indigènes. Enfin, la Constitution de 1994 affirme la "souveraineté de l'Argentine sur les îles Malouines" et son "objectif permanent" de récupérer la jouissance de ces territoires de façon pacifique.

 

Nouvel attentat terroriste
Ce n'est toutefois pas le différend anglo-argentin au sujet des Malouines qui a valu à Londres et à Buenos Aires de se retrouver, à quelques jours d'intervalle, à la une de tous les médias. Le 18 juillet, une voiture piégée explosait devant le siège de l'Association mutuelle israélite, faisant prés de cent victimes. Le 26 juillet, une forte explosion secouait les abords de l'ambassade d'Israël à Londres. Rien ne prouve cependant que les deux attentats aient eu et mêmes commanditaires. Celui de Londres serait, à première vue, un message adressé à l'État d'Israël par un autre État, dont on ignore encore l'identité. Celui de Buenos Aires, qui relève de la volonté de "tuer du juif" et de traumatiser toute la diaspora est sans doute d'origine différente. D'ailleurs, la piste iranienne, qui semblait la plus probable, a été abandonnée par les enquêteurs argentins. Quoi qu'il en soit, il semble cependant que des extrémistes islamiques disposent d'une base en Argentine, ce qui leur avait permis, en 1992, de faire voler en éclats l'ambassade d'Israël à Buenos Aires. Mais, deux ans après cet attentat, qui s'était soldé par la mort de trente personnes, aucune certitude n'a pu être établie quant à l'identité de ses auteurs.

La croissance au rendez-vous
La stabilité politique, condition sine qua non de la réforme constitutionnelle, est dans une large mesure le fruit d'une bonne santé de l'économie argentine.

Buenos Aires a maintenu, en 1994, un cap résolument libéral, ce qui lui a permis de ramener le taux annuel de l'inflation à 7,4 %; il atteignait 5?000 % lors de l'arrivée au pouvoir de Carlos Menem en 1989. Autre bonne surprise, la croissance continue d'être tout à fait étonnante, atteignant 8 %, alors qu'en 1993 les prévisions les plus optimistes ne tablaient pas sur un taux supérieur à 5 %. La parité entre la monnaie locale et le dollar - clé de voûte du plan Cavallo - a été maintenue (1 peso = 1 dollar). Aussi, l'assainissement des finances publiques a rétabli la confiance des banquiers internationaux et des investisseurs étrangers. Quant au programme de privatisations, il est pratiquement achevé: la compagnie d'aviation Aerolinas, celles du téléphone, des eaux, du gaz et de l'électricité ont été transférées aux mains du secteur privé, principalement étranger. Quant à la privatisation des aéroports, sous forme de concessions, elle était en passe de se réaliser à la fin de l'année. Toutefois, l'Argentine, qui a ouvert largement ses frontières, n'affronte pas sans graves dommages la concurrence internationale. Certains secteurs particulièrement menacés, comme le textile et le papier, ont dû être à nouveau protégés à titre provisoire. Mais l'Argentine, qui avait fêté en 1993 ses dix ans de retour à la démocratie et la fin d'une dictature militaire sanglante (1976-1983) qui avait ruiné sa crédibilité dans le monde, apparaît comme un des pays les plus stables de l'Amérique du Sud.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

 L'actualité en  1994  -  1995  -  1996  -  1997  -  1998  -  1999  -  2000  -  2001 

L'ARGENTINE en France, Belgique, Suisse et Canada

Facebook