Une
nouvelle fois, Carlos Menem a su convaincre la majorité
des électeurs argentins qu'il était l'homme
de la stabilité politique et le mieux à même
de préparer l'Argentine à jouer un rôle
de premier plan dans une Amérique latine encore sous
le choc de la crise financière qui a mis le Mexique
- pourtant le "premier de la classe" selon les critères
du FMI - à genou.
Une
victoire sans appel. En dépassant de 4 points la barre
des 45 % requis pour une élection au premier tour,
Caros Menem, le président-candidat du Parti justicialiste
(péroniste), a amélioré son score de
1989. Son adversaire, José Octavio Bordon, leader de
la coalition de centre gauche FREPASO (Front pour un pays
solidaire), a mis fin, avec 30 % des voix, au traditionnel
système tripartite en Argentine, en reléguant
à une lointaine troisième place Horacio Massaccessi.
Ce dernier a signé, avec 17 % des voix, le plus mauvais
résultat de l'Union civique radicale en cent ans d'existence.
Une déconfiture atténuée par le résultat
obtenu dans la province de Córdoba, la deuxième
ville du pays, qui permet à l'Union civique d'en garder
le contrôle. Quant aux scores de l'extrême droite
(1,7 % des voix) et des dix autres candidats en lice, pour
la plupart d'extrême gauche, ils ont été
insignifiants.
Le succès du président sortant tient à
deux facteurs. À l'évidence, les Argentins ont
été sensibles à l'argument massue de
ses partisans: la stabilité avec Menem ou le retour
de l'inflation avec ses adversaires. En dépit de la
montée du chômage, le souvenir de l'effondrement
monétaire qui marqua la fin du mandat de Raúl
Alfonsin, le prédécesseur radical de C. Menem,
aura fait basculer nombre d'indécis dans le camp péroniste.
Une victoire qui s'explique aussi par les moyens mis en uvre
par le pouvoir. À cet égard la dispendieuse
campagne du populiste Eduardo Duhalde, brillamment réélu
gouverneur de la province de Buenos Aires et prétendant
virtuel à la présidence de 1999, aura servi
de locomotive au train ménémiste. Bénéficiant
d'un fonds spécial, dit de "réparation
historique", le prodigue E. Duhalde s'est fait le champion
des uvres sociales, dans la plus pure tradition du péronisme
originel. Le détail du vote en faveur de C. Menem montre
bien que se sont additionnées les voix des descendants
des descamisados (les "sans-chemises", pour qui
Eva Perón était la madone des pauvres) et celles
des conservateurs séduits par une politique néolibérale.
De son côté, le sénateur J. O. Bordon
a pu se féliciter d'un résultat qui en fait
le chef virtuel d'une opposition condamnée à
s'entendre. Une coalition il est vrai quelque peu disparate
et informelle, où se côtoient dissidents péronistes
et radicaux, démocrates-chrétiens et socialistes.
C.
Menem a eu toutefois le triomphe modeste, relevant qu'une
bonne moitié des électeurs avait exprimé
leur mécontentement. Dans ces conditions, l'"étape
de consolidation", comme il a désigné son
prochain mandat de quatre ans, s'annonce rien moins que difficile.
Une modestie tempérée par l'ambition affichée,
celle de "pulvériser le chômage comme il
l'avait fait avec l'inflation". Le président a
assuré que les privatisations continueraient et qu'il
reconduisait son gouvernement. Une perspective qui a rassuré
les investisseurs, qui craignaient par-dessus tout l'hypothèse
d'un ballottage qui aurait donné le coup d'envoi d'une
nouvelle fuite massive de capitaux. Il reste que l'onde de
choc due à la crise financière intervenue au
Mexique en décembre 1994 n'a pas épargné
l'Argentine, qui, ne disposant pas de fortes réserves
de devises, demeure toujours à la merci des spéculateurs,
et dont le destin est lié aux "recommandations"
des grands argentiers de la planète. Outre sa victoire
personnelle, C. Menem s'est félicité du succès
de son parti aux élections législatives partielles.
Désormais, le Parti justicialiste dispose de la majorité
absolue à la Chambre des députés.
©
Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002