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ACTUALITES 1995 ARGENTINE

Une nouvelle fois, Carlos Menem a su convaincre la majorité des électeurs argentins qu'il était l'homme de la stabilité politique et le mieux à même de préparer l'Argentine à jouer un rôle de premier plan dans une Amérique latine encore sous le choc de la crise financière qui a mis le Mexique - pourtant le "premier de la classe" selon les critères du FMI - à genou.

Une victoire sans appel. En dépassant de 4 points la barre des 45 % requis pour une élection au premier tour, Caros Menem, le président-candidat du Parti justicialiste (péroniste), a amélioré son score de 1989. Son adversaire, José Octavio Bordon, leader de la coalition de centre gauche FREPASO (Front pour un pays solidaire), a mis fin, avec 30 % des voix, au traditionnel système tripartite en Argentine, en reléguant à une lointaine troisième place Horacio Massaccessi. Ce dernier a signé, avec 17 % des voix, le plus mauvais résultat de l'Union civique radicale en cent ans d'existence. Une déconfiture atténuée par le résultat obtenu dans la province de Córdoba, la deuxième ville du pays, qui permet à l'Union civique d'en garder le contrôle. Quant aux scores de l'extrême droite (1,7 % des voix) et des dix autres candidats en lice, pour la plupart d'extrême gauche, ils ont été insignifiants.

Le succès du président sortant tient à deux facteurs. À l'évidence, les Argentins ont été sensibles à l'argument massue de ses partisans: la stabilité avec Menem ou le retour de l'inflation avec ses adversaires. En dépit de la montée du chômage, le souvenir de l'effondrement monétaire qui marqua la fin du mandat de Raúl Alfonsin, le prédécesseur radical de C. Menem, aura fait basculer nombre d'indécis dans le camp péroniste. Une victoire qui s'explique aussi par les moyens mis en œuvre par le pouvoir. À cet égard la dispendieuse campagne du populiste Eduardo Duhalde, brillamment réélu gouverneur de la province de Buenos Aires et prétendant virtuel à la présidence de 1999, aura servi de locomotive au train ménémiste. Bénéficiant d'un fonds spécial, dit de "réparation historique", le prodigue E. Duhalde s'est fait le champion des œuvres sociales, dans la plus pure tradition du péronisme originel. Le détail du vote en faveur de C. Menem montre bien que se sont additionnées les voix des descendants des descamisados (les "sans-chemises", pour qui Eva Perón était la madone des pauvres) et celles des conservateurs séduits par une politique néolibérale. De son côté, le sénateur J. O. Bordon a pu se féliciter d'un résultat qui en fait le chef virtuel d'une opposition condamnée à s'entendre. Une coalition il est vrai quelque peu disparate et informelle, où se côtoient dissidents péronistes et radicaux, démocrates-chrétiens et socialistes..

C. Menem a eu toutefois le triomphe modeste, relevant qu'une bonne moitié des électeurs avait exprimé leur mécontentement. Dans ces conditions, l'"étape de consolidation", comme il a désigné son prochain mandat de quatre ans, s'annonce rien moins que difficile. Une modestie tempérée par l'ambition affichée, celle de "pulvériser le chômage comme il l'avait fait avec l'inflation". Le président a assuré que les privatisations continueraient et qu'il reconduisait son gouvernement. Une perspective qui a rassuré les investisseurs, qui craignaient par-dessus tout l'hypothèse d'un ballottage qui aurait donné le coup d'envoi d'une nouvelle fuite massive de capitaux. Il reste que l'onde de choc due à la crise financière intervenue au Mexique en décembre 1994 n'a pas épargné l'Argentine, qui, ne disposant pas de fortes réserves de devises, demeure toujours à la merci des spéculateurs, et dont le destin est lié aux "recommandations" des grands argentiers de la planète. Outre sa victoire personnelle, C. Menem s'est félicité du succès de son parti aux élections législatives partielles. Désormais, le Parti justicialiste dispose de la majorité absolue à la Chambre des députés.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002
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