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ACTUALITES 1996 ARGENTINE

Leader populiste converti au néolibéralisme, Carlos Menem gouverne avec l'appui d'une confortable majorité parlementaire. Cependant, en dépit de ses assurances, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, et au cauchemar des années 80 - l'hyperinflation - a succédé celui de l'hyperchômage.

Élu une première fois à la présidence, en juillet 1989, à la tête du parti justicialiste (péroniste), brillamment réélu pour quatre ans, le 14 mai 1995, avec près de 50 % des voix, Carlos Menem est un chef d'État confiant. Il n'a plus en face de lui d'opposition forte. La puissance des syndicats a été brisée. L'armée, tant redoutée naguère, a vu ses effectifs se réduire sans que cela suscite de tentative de coup d'État. Et si la Constitution ne permet pas à C. Menem de se représenter en 1999, il n'a pas exclu de revenir à la Casa Rosada, le palais présidentiel, en 2003. Sur le front de l'économie, il continue d'afficher un optimisme d'airain, comme on a pu le remarquer lors de sa deuxième visite officielle en France, à la fin du mois de février.
Il est vrai qu'en 1996 l'économie argentine est repartie après un an de récession. Pour la première fois dans l'histoire récente de l'Argentine, un gouvernement a finalement maintenu son cap, et ce en dépit des réticences d'une partie de la majorité péroniste: le président n'a pas dévalué, et les "super-pouvoirs" qu'il a obtenus du Congrès ont confirmé sa volonté de poursuivre l'ajustement entamé en 1991. Ainsi, malgré le peso fort, les exportations ont progressé de plus de 30 % en 1995, un résultat qui restait à confirmer en 1996. En effet, les exportations, qui ne représentent encore guère plus de 7 % du PIB, n'ont pas bénéficié de hausses substantielles du prix des matières premières; la croissance s'est ralentie au Brésil, qui est devenu le premier client de l'Argentine, avec 26 % de ses achats. De plus, les exportations industrielles sont le fait d'une poignée de grandes firmes, et les PME réellement exportatrices sont peu nombreuses. En dépit de la confiance affichée par le président C. Menem, les zones d'ombre ne sont pas toutes en passe de se dissiper. Le gouvernement argentin, qui continue d'éprouver des difficultés à réduire les dépenses publiques, est aussi confronté à une croissance des paiements de sa dette, même si celle-ci, depuis longtemps restructurée, ne dépasse pas 30 % du PIB. Son montant - qui regroupe la dette du gouvernement central et celles des provinces - a augmenté sensiblement en quelques années, passant de 56 milliards de dollars environ en 1991 à plus de 83 milliards en 1996. Le besoin de financement de l'État est majoré de moitié par le déficit des provinces. Au cours des années fastes, celles-ci ont augmenté de 50 % leurs dépenses, notamment en recrutant de nouveaux salariés en dépit des sureffectifs antérieurs. Pour faire face à ses besoins de liquidités, l'État a poursuivi la privatisation des services publics (eau, électricité) et surtout celle des banques de province, avec une aide importante de la Banque mondiale et de la Banque interaméricaine de développement. Il reste que la restructuration des entreprises et des services publics argentins a continué à alimenter le chômage, que la crise de ces dernières années a porté à plus de 18 % de la population active. Pour créer de nouveaux emplois le gouvernement compte sur la possibilité offerte aux PME de renégocier les contrats de travail et de prévoir des périodes d'essai, ainsi que sur la nouvelle assurance sur les accidents de travail, une mesure destinée à convaincre les employeurs d'embaucher davantage.
Sept ans de pouvoir ont transformé Carlos Menem. Ce caudillo de province a depuis longtemps abandonné la "justice sociale" revendiquée par le général Juan Perón, dont il se réclame toujours, pour une politique libérale qu'il qualifie lui même de "chirurgie sans anesthésie". Un jugement partagé par un grand nombre d'Argentins pour qui le chômage constituait toujours une plaie douloureuse à la fin de l'année.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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