L'année
1997 s'était terminée sur une note amère
pour le président Carlos Menem. Pour la première
fois depuis 1989, date de l'arrivée au pouvoir du chef
de l'État, le parti justicialiste (péroniste)
perdait une élection, lors de législatives partielles.
Un an plus tard, l'onde de choc de ce revers était
encore perceptible; suffisamment pour que Carlos Menem évoque
l'hypothèse d'une troisième candidature à
la présidentielle, troublant ainsi le jeu politique
argentin.
En
évoquant son souhait de concourir dans le cadre de
l'élection présidentielle de 1999, le président
argentin a réussi à paralyser la toute jeune
et fragile Alliance d'opposition - qui regroupe l'Union civique
radicale (UCR) de l'ancien président Raul Alfonsin
et le Front pour un pays solidaire (Frepaso), formé
de péronistes dissidents et de militants de centre
gauche, tout en contrariant les candidats déclarés
du parti péroniste. Pour avoir su ébranler l'ensemble
de la classe politique, Carlos Menem s'est néanmoins
heurté à un obstacle de taille: pour se représenter,
il lui faut obtenir une réforme de la Constitution
et réunir, pour cela, l'approbation des deux tiers
des membres de chacune des deux Chambres du Congrès.
Mais en perdant la majorité au sein de la Chambre des
députés lors des élections législatives
partielles d'octobre 1997, le parti péroniste s'est
privé de fait de la possibilité de ce "bricolage"
constitutionnel. Aussi, afin de passer outre cet obstacle,
l'entourage du chef de l'État n'a pas ménagé
sa peine pour faire monter la pression, lançant plus
particulièrement une vaste offensive en faveur du recours
à un référendum. La manuvre ne
manque pas de pertinence dans la mesure où, sous le
coup d'une éventuelle pression populaire, la Cour suprême
de justice, au sein de laquelle Carlos Menem dispose de l'appui
de cinq des neuf jeunes, pourrait abolir l'article de la réforme
constitutionnelle de 1994 prohibant une deuxième réélection.
S'il est séduisant sur le papier, ce scénario
- que les péronistes se sont bien gardés de
tester - n'a en réalité que peu de chances de
se réaliser eu égard à l'impopularité
du chef de l'État. Il reste que, avec 17 % d'opinions
favorables, le gouvernement n'a pas manqué une occasion
de brandir la menace du chaos si d'aventure l'Alliance parvenait
au pouvoir. Il est vrai qu'en dépit de son succès
d'octobre 1997, celle-ci est loin d'avoir réussi à
mettre sur pied un véritable programme d'alternance.
Les
Argentins sont donc entrés dans une zone d'incertitude
politique au moment où leur horizon économique
se trouvait bouché par les effets de la crise financière
du Sud-Est asiatique. Celle-ci est venue rappeler combien
l'Argentine dépend des capitaux étrangers et
de son grand voisin brésilien, qui absorbe 33 % des
exportations nationales. Dès la fin de 1997, le secteur
des petites et moyennes entreprises a dû affronter une
hausse des taux d'intérêt et une restriction
des crédits bancaires - une tendance qui n'a fait que
se confirmer au cours de l'année 1998. L'ombre portée
de l'élection présidentielle de 1999 - et les
interrogations sur la solidité de la démocratie
- et le spectre de la crise économique - qui, venue
d'Asie, pourrait frapper l'Argentine via le Brésil
- ont révélé l'extrême profondeur
de la crise sociale. Au travers de l'optimisme de façade
affiché par les autorités, le tableau de bord
de l'économie argentine a laissé deviner quelques
indicateurs inquiétants.
Ainsi
du chômage, dont le taux réel est nettement plus
important que ne le disent les chiffres officiels (15,8 %).
Une catégorie de nouveaux pauvres est apparue ces dernières
années au sein d'une classe moyenne traditionnellement
importante et aisée. Mais en dépit de cette
situation, Carlos Menem a surtout paru préoccupé
d'assurer son pouvoir jusqu'à la fin de son mandat
et de préparer son avenir politique, que ce soit comme
faiseur de candidat, futur chef de l'opposition ou nouveau
candidat en 1999.
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