Accueil

ACTUALITES 1999 ARGENTINE

L'année 1999 a été marquée en Argentine par les répercussions de la crise brésilienne et la préparation des élections présidentielles. Au plan économique, le bilan de l'année est assez sombre, tandis qu'au plan politique, une période de dix années de présidence de Carlos Menem s'est achevée par la victoire de l'opposition.

Associée au Brésil, ainsi qu'au Paraguay et à l'Uruguay, dans le cadre du Marché commun du sud (MERCOSUR), l'Argentine a, au cours des années 1990, beaucoup développé ses échanges avec le Brésil. Ce pays est devenu le premier partenaire commercial de l'Argentine, avec 27 % de ses échanges commerciaux, à tel point que certains observateurs n'hésitent plus à évoquer une dépendance vis-à-vis du puissant voisin du nord. Depuis le milieu des années 1990, l'Argentine possédait par ailleurs une balance commerciale excédentaire dans ses échanges avec le Brésil.

Dans ces conditions, la dévaluation de près de 40 % de la monnaie brésilienne, au mois de janvier 1999, a entraîné l'Argentine dans la crise. Le gouvernement s'est alors trouvéconfronté à la nécessité de faire face aux conséquences de cette dévaluation, sans violer les règles de l'accord de libre-échange. Sous la pression des milieux industriels, le gouvernement a pris des mesures, dès le mois de février, visant à éviter que le pays ne soit envahi de produits brésiliens. Le gouvernement craignait aussi que les produits argentins ne deviennent trop chers au Brésil, et que les exportateurs brésiliens, par exemple de soja, ne prennent la place des exportateurs argentins sur les marchés mondiaux. Les secteurs industriels, -notamment l'industrie automobile, le textile ou la chaussure-, mais aussi agricoles, -produits laitiers ou riz-, apparaissaient vulnérables. Durant tout le premier semestre de l'année, les analystes ont rivalisé de pessimisme sur l'ampleur de la récession induite par la crise brésilienne. De fait, le PIB argentin se contractait de -3 % au cours du premier semestre 1999. Une série de disputes commerciales apparaissaient qui envenimaient les relations avec le Brésil et mettaient en péril le Mercosur.

L'Argentine, dont la monnaie est liée au dollar depuis 1991 en vertu d'un régime fixe de convertibilité, ne disposait d'aucune marge de manœuvre pour dévaluer à son tour, et le gouvernement de Carlos Menem évoquait la possibilité d'une dollarisation complète. Pourtant, dès la fin du premier semestre, il apparaissait que l'impact de la crise brésilienne ne serait pas aussi dramatique qu'annoncé. L'Argentine terminait l'année avec une croissance négative, de l'ordre de -3 %, mais prévoyait un rebond en l'an 2000.

Au plan politique, les craintes engendrées par la crise brésilienne ont, dans un premier temps, favorisé le Parti justicialiste (PJ) au pouvoir. En 1995 déjà, la crise économique et la montée du chômage avait permis à Carlos Menem d'être facilement réélu pour un second mandat. En 1999, il a longtemps entretenu le doute quant à ses intentions, laissant penser qu'il pourrait se représenter, en dépit d'une interdiction légale. Le 4 juillet, Eduardo Duhalde, gouverneur de la province de Buenos Aires, était finalement investi pour représenter le PJ. Donné battu par son adversaire d'opposition, Duhalde recourait à un discours populiste, critiquant durement le FMI.

L'opposition, réunie autour de la candidature de Fernando de la Rua, associait l'Union civique radicale (UCR) et la coalition de gauche Front pour un pays solidaire (Frepaso). Sa campagne sur la corruption et le "déficit social" des politiques menées dans les années 1990, séduisait un électorat lassé par les extravagances du président sortant. Une série d'études montraient que la pauvreté avait progressé rapidement durant les dernières années de la décennie, touchant 27,2 % des habitants du grand Buenos Aires.

Le 24 octobre, Fernando de la Rua emportait l'élection présidentielle dès le premier tour avec 48,5 % des suffrages, contre 38 % à son adversaire justicialiste, Eduardo Duhalde. La victoire de l'opposition n'était toutefois pas totale, dans la mesure où sa candidate pour le poste de gouverneur de Buenos Aires, Graciela Fernández Mejide, était battue par Carlos Ruchauf, du PJ. L'UCR, le plus vieux parti politique d'Argentine, avait déjà occupé la présidence de 1983 à 1989, avec Raúl Alfonsín, durant la délicate phase de transition à la démocratie. Le parti avait souffert de l'échec de la politique économique hétérodoxe conduite par Alfonsín, et Carlos Menem put longtemps se vanter d'avoir stabilisé l'économie argentine. Raúl Alfonsín avait toutefois à son crédit d'avoir fait juger et condamner un certain nombre de militaires responsables de violations des droits de l'homme durant les années de dictature (1976-1983). L'UCR revenait cette fois au pouvoir alliée à une coalition de partis de gauche sensible aux problèmes sociaux du pays, mais sans pour autant songer à remettre en question les acquis d'une décennie d'ajustements.

La première tâche de l'équipe de Fernando de la Rua a consisté à faire un audit des finances du pays. Il apparaissait en effet que le gouvernement de Carlos Menem avait masqué l'ampleur du déficit budgétaire du pays. Les finances des provinces se trouvaient notamment dans un état désastreux, ce qui risquait, comme par le passé, de provoquer des explosions sociales. Avec un déficit budgétaire de l'ordre de 6 milliards de dollars, alors que le gouvernement de Carlos Menem s'était fixé un plafond de 5,1 milliards, et une dette extérieure représentant 41,7 % du PIB, contre 28,5 % cinq ans plus tôt, l'action du nouveau président ne s'annonçait guère aisée.

Pour donner confiance aux investisseurs, Fernando de la Rua nommait de nombreux économistes dans son gouvernement, notamment José Luis Machinea à l'Économie, et Adalberto Rodríguez Giavarini aux Affaires étrangères. Le gouvernement annonçait d'emblée une restructuration de la dette des provinces, et un certain nombre de mesures pour réduire les déficits (hausse de la TVA et des taxes sur les cigarettes, l'alcool, notamment).

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

 L'actualité en 1994  -  1995  -  1996  -  1997  -  1998  -  1999  -  2000  -  2001 

L'ARGENTINE en France, Belgique, Suisse et Canada

Facebook