Une
année difficile pour le gouvernement du président
Fernando de la Rua dont l'image de rigueur et de transparence
a été mise à mal par un scandale de corruption.
Ce qui, dans un contexte économique largement déprimé,
n'a pas peu contribué à exacerber les tensions
sociales. Par ailleurs, les "années noires"
de la dictature militaire ont fait un retour remarqué
sur la place publique à la lumière de ce que
l'on appelle l'"effet Pinochet".
Scandales
On se souvient que le gouvernement de Fernando de la Rua avait
rallié le suffrage des électeurs lors de l'élection
présidentielle notamment grâce à son image
d'austérité et de transparence. Huit mois plus
tard, un scandale de corruption a entaché cette réputation.
En effet, le gouvernement est accusé n'avoir versé
des dessous-de-table à des sénateurs pour qu'ils
votent en faveur de la loi controversée sur la réforme
du droit du travail, adoptée en avril. Dès que
cette affaire a affleuré, le leader de la Confédération
générale des travailleurs (CGT), le syndicat
qui était farouchement opposé à cette
réforme, a exigé que la loi soit annulée
; parallèlement, certains députés en
appelaient à des élections anticipées.
L'affaire s'est compliquée quand Carlos Alvarez, vice-président
de la République et président du Sénat,
a personnellement dénoncé les faits devant la
justice, le 23 août, avant de convoquer une grande réunion
de son parti, le Frepaso (gauche), qui gouverne avec le parti
radical de F. de la Rua. Les explications du ministre du Travail,
Alberto Flamarique, qui a catégoriquement démenti
devant le Sénat le versement de pots-de-vin, n'ont
guère été convaincantes. Ce scandale
ne pouvait guère tomber plus mal pour le gouvernement,
qui a dû affronter une difficile situation économique.
Tensions
sociales
Face à la faiblesse des rentrées fiscales, le
ministre de l'Économie, Jose Luis Machinea, s'est trouvé
dans l'obligation de solliciter auprès du FMI une renégociation
des engagements pris par l'Argentine, qui s'engageait à
ne pas dépasser, en 2000, 4,7 milliards de dollars
de déficit budgétaire, soit 1,6 % du PIB, en
échange d'une enveloppe globale de crédits de
soutien d'un montant de 7,3 milliards de dollars. Le FMI a
donné son accord de principe, tout en exigeant une
accélération des réformes destinées
à baisser les dépenses publiques et à
encourager les investissements. De son côté,
le président de la République a promis qu'il
n'y aurait ni nouvelles hausses d'impôts ni nouveaux
réajustements salariaux. En juin, le gouvernement avait
imposé une réduction de 12 % à 15 % sur
les salaires de quelque 140.000 fonctionnaires et des retenues
sur les avoirs de l'ensemble des salariés afin de réduire
le déficit public. Ces mesures sont d'autant plus impopulaires
qu'elles frappent essentiellement une classe moyenne appauvrie
par plus de deux années de récession : le produit
intérieur brut a reculé de 3 % en 1999 et personne
ne voyait l'amorce de la reprise pour 2000. D'ailleurs, les
principaux indicateurs macroéconomiques ne pouvaient
guère inciter à l'optimisme. Le chômage
touchait officiellement 15,4 % de la population active, un
chiffre auquel il faut ajouter une "sous-occupation"
qui concernerait environ 14,5 %. Ce sont donc quelque 4 millions
d'Argentins qui se débattent avec des problèmes
d'emploi. En conséquence, le pays a connu tout au long
de l'année de nombreuses manifestations, notamment
dans le Nord-Est, à Salta et à Jujuy, où
la moitié de la population vit dans la pauvreté,
avec un taux de chômage de plus de 25 % et de bien maigres
indices de développement. Quant à la province
de Buenos Aires, elle voit augmenter les actes de délinquance,
tandis que les affaires de corruption qui affectent les forces
de police font régulièrement la "une"
des journaux. Face à l'aggravation de la crise sociale,
l'épiscopat de la capitale a dénoncé
la "grave corruption morale" de la société
argentine et "l'énorme situation d'inégalité
sociale".
L'
"effet Pinochet"
La levée de l'immunité parlementaire au général
Augusto Pinochet et l'annonce de son prochain jugement au
Chili même ont encouragé les juges et les organisations
luttant pour les droits de l'homme dans les pays sud-américains
qui ont connu des "années noires" de dictature
militaire. L'Argentine, où la répression fut
particulièrement forte, faisant entre 10.000 et 30.000
victimes, n'a pas échappé à ce que l'on
a rapidement appelé l'"effet Pinochet". Ainsi,
le juge espagnol Baltasar Garzón a lancé des
mandats d'arrêt internationaux contre 48 Argentins.
Le juge français Le Loire a souhaité entendre
en Argentine 140 personnes soupçonnées d'être
impliquées dans la disparition de citoyens français
pendant la dictature militaire, dont l'ex-général
Carlos Suarez Masón, l'un des protagonistes du coup
d'État militaire de 1976. Alors que les Mères
de la place de Mai manifestent depuis vingt-quatre ans tous
les jeudis après-midi devant le palais présidentiel
pour réclamer justice, la levée de l'immunité
du général Pinochet a de toute évidence
fait sauter un verrou supplémentaire : les conditions
politiques, judiciaires, éthiques et sociales sont
désormais réunies pour que la justice soit rendue
en Argentine.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002