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ACTUALITES 2001 ARGENTINE

En dépit d'une réduction drastique des dépenses publiques (24 % du PIB), le déficit fiscal a finalement entraîné l'Argentine au fond de l'abîme. Ni la mise en œuvre d'un énième plan d'austérité ni le rappel de Domingo Cavallo à la tête du ministère de l'Économie n'ont réussi à éviter l'explosion. Après avoir décrété l'état de siège, le président Fernando de la Rua a dû prendre la fuite sous la pression de la rue, laissant la direction de l'État à Eduardo Duhalde.

Un nouveau plan d'austérité
Moins de deux ans après son arrivée au pouvoir, le gouvernement de la coalition de centre gauche de Fernando de la Rua (radical) se trouvait aux prises avec une crise économique de grande ampleur. Le 16 mars, le ministre de l'Économie, Ricardo Lopez Murphy, a donc dû lancer un vaste plan d'austérité afin de répondre aux engagements pris par l'Argentine auprès du Fonds monétaire international. Ce plan a pour objet, dans le détail, de réaliser des économies de 1.962 milliard de dollars en 2001 et 2.485 milliards en 2002. Parallèlement, les autorités argentines décidaient de mettre en œuvre un certain nombre de mesures destinées à jeter les bases d'une réforme de l'État pour réduire les dépenses d'environ 3,5 milliards de dollars en 2003. Afin de rassurer la communauté financière internationale, le gouvernement a réaffirmé qu'il n'était pas question de toucher au régime monétaire de convertibilité (parité entre le peso et le dollar américain) que le Parlement avait entériné en 1991.

Ce plan d'austérité - plus particulièrement l'amputation de plusieurs centaines de millions de dollars du budget des universités - a provoqué un véritable séisme dans la classe politique. Plusieurs ministres ont choisi de démissionner. Parmi eux, des membres influents du Front pour un pays solidaire (Frepaso), qui forme avec l'Union civique radicale, dirigée par Raúl Alfonsín, l'Alliance de gouvernement ayant porté au pouvoir Fernando de la Rua en 1999.

Le retour de Domingo Cavallo
Mais c'est incontestablement la démission de Ricardo Lopez Murphy qui a pris de court tous les commentateurs. En effet, le 20 mars, soit quelques jours après avoir porté sur les fonts baptismaux son plan d'austérité si controversé, le ministre de l'Économie a choisi de jeter l'éponge. Le chef de l'État a aussitôt appelé Domingo Cavallo pour tenter de redresser le tir et d'éviter une explosion sociale qui apparaissait alors réellement inévitable. L'ancien superministre de l'Économie de l'ex-président Carlos Menem (1989-1999) bénéficie en effet du respect du FMI et de la confiance des milieux d'affaires. Chacun se souvient que D. Cavallo avait redressé un pays moribond en inventant le système de la convertibilité, une parité fixe entre le dollar et le peso qui avait alors permis de mettre un terme à une inflation à quatre chiffres tout en redonnant confiance aux investisseurs étrangers. Mais personne n'a oublié que le "père du miracle argentin" s'était aussitôt attiré la haine des syndicats et de l'opposition, qui l'ont accusé à l'époque d'être responsable d'un taux de chômage record et d'une dégradation sociale sans précédent. Pour la majorité des observateurs, le retour aux affaires de D. Cavallo, député du parti Action pour la République qu'il a créé - et troisième force politique du pays -, n'a toutefois pas suffi à sauver le pays du chaos.

La démission du président de la Rua
La gravité de la situation a finalement tourné à l'émeute. En descendant par dizaines de milliers dans les rues de la capitale, les Argentins ont défié l'état de siège dès la promulgation, dans la nuit du 19 au 20 décembre. Les scènes de pillage et la répression policière ont installé un climat de violence qui a sans aucun doute rappelé aux Argentins les émeutes qui s'étaient produites en 1989, à l'époque de l'hyper-inflation, et qui avaient précipité le départ du gouvernement de l'ex-président Raúl Alfonsin. Cette fois, la situation a eu raison du ministre de l'Économie, symbole de l'effondrement financier du pays, qui a dû présenter sa démission, imité d'abord par l'ensemble du cabinet, puis par le président de la République lui-même. Acculé à la fuite sous la pression de la rue, ce dernier a laissé les rênes de l'État à Adolfo Rodriguez Saa, nommé président par intérim. Aussitôt investi, le nouveau président a choisi de suspendre le remboursement de l'écrasante dette argentine et de faire fonctionner la planche à billets afin de réduire la pauvreté et le chômage responsables des émeutes de la faim. Toutefois, le Congrès a mis brutalement un terme à la présidence par intérim en portant à la tête de l'État Eduardo Duhalde, une des figures de proue du Parti justicialiste (péroniste). Quant à la nouvelle monnaie, l'argentino, qui devait circuler à partir de mars 2002 aux côtés des pesos argentins et des dollars, elle semblait d'emblée condamnée à ne jamais voir le jour. Pour leur part, le FMI, les États-Unis et les banques étrangères ont reconnu que le coût politique et social du remboursement de la dette était devenu insupportable pour les millions d'Argentins touchés par les faillites et le chômage.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002
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