Si
les onze années de politique économique ultra-libérale
ont permis de maintenir la stabilité macroéconomique
du pays, leur coût social s'est révélé
particulièrement élevé; et la vague
de manifestation qui a secoué la Bolivie en 1996 a
clairement montré que les syndicats étaient
prêts à durcir le ton.
La
nouvelle direction de la Confédération des
travailleurs boliviens (COB), qui a pris ses fonctions en
septembre 1996, a paru bien décidée à
engager l'épreuve de force avec le gouvernement,
en appelant ses adhérents à l'insurrection
populaire. C'est ainsi que des milliers de travailleurs
ont défilé le 18 septembre dans les rues
de la capitale bolivienne pour exprimer leur opposition
à la privatisation du secteur pétrolier et
au plan de réforme des pensions et retraites. Une
démonstration de force sans équivalent depuis
dix ans, alimentée par une rhétorique sans
ambiguïté: «Désormais les travailleurs
passeront de la résistance passive à la résistance
subversive, assenant des coups au régime néolibéral
pour l'affaiblir, jusqu'à le mettre en pièces.»
Outre leur opposition à la politique conduite par
le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR, centre
droit au pouvoir), les manifestants ont également
exprimé leur solidarité avec les paysans menacés
par un projet gouvernemental de redistribution des terres.
Les manifestations de septembre, tout comme celles qui,
en mars, avaient paralysé la Bolivie pendant plus
d'un mois, n'ont toutefois pas paru de nature à freiner
la course contre la montre engagée par le président
Gonzalo Sanchez de Lozada pour boucler son plan de réformes:
s'il respecte son programme, plus une seule entreprise publique
ne devrait exister au début de 1997. Par ailleurs,
la Bolivie a signé un accord avec le Mercosur qui
entrera en vigueur le 1er janvier 1997. Il reste que
70 % de la population vivent dans une extrême
pauvreté, et le blocage politique actuel ne laisse
guère présager une amélioration rapide
de leur sort.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002