Pays
le plus pauvre de l'Amérique du Sud, la Bolivie continue
de caresser l'idée de redevenir le pays minier qu'elle
était au début du siècle. Certains
parlent de l'exploitation, d'ici à 2001, d'un
important gisement d'argent récemment découvert
dans l'Altiplano
En attendant, Hugo Banzer s'est employé
à recentrer quelque peu une coalition gouvernementale
si large que l'on était bien en peine de lui trouver
une identité, et à minimiser son rôle
personnel dans l'opération Condor, qui a laissé
de sinistres souvenirs. En retrouvant son fauteuil présidentiel
à l'occasion du scrutin du 6 août 1997,
le général Hugo Banzer a assurément
créé un précédent : c'est en
effet le seul ex-putschiste d'Amérique du Sud qui
soit revenu au pouvoir par la voie des urnes. H. Banzer
avait dirigé la Bolivie de 1971 à 1978,
à la faveur d'un coup d'État militaire contre
le gouvernement du général Juan José
Torres. Ces années sombres la dictature
serait responsable de la mort de 200 personnes et de
la disparition de 150 autres ont fait un retour
inattendu à la faveur du procès du général
Pinochet. Le président H. Banzer est accusé,
avec ses homologues du Chili et de l'Argentine, les généraux
Augusto Pinochet et Jorge Videla, d'avoir trempé
dans l'opération Condor, opération qui visait
à décapiter les mouvements de gauche en Amérique
latine. Des dizaines de militants réfugiés
en Bolivie ont été enlevés et livrés
aux autorités chiliennes ou argentines. L'ancien
président J?J? Torres, celui-là même
que H. Banzer avait renversé, fut assassiné
à Buenos Aires.
L'affaire
de l'opération Condor, soulevée en novembre 1998,
a connu un nouveau rebondissement le 16 février
1999. Ce jour-là, le secrétaire général
de l'Assemblée permanente des droits de l'homme de
Bolivie (APDHB) a remis au juge espagnol Baltasar Garzón
de nouveaux documents faisant état de l'implication
du général Banzer dans l'opération
Condor. Pour autant, ces «révélations»
n'ont ni soulevé la colère populaire ni créé
une tempête politique. Le sentiment dominant est qu'il
serait peu souhaitable de réveiller le passé.
Les responsables du Mouvement de la gauche révolutionnaire
(MIR), créé en réponse à la
dictature du général Banzer, expliquent volontiers
que «l'époque était à la confrontation
et à la polarisation». Et de souligner qu'en 1999
le contexte est tout autre, puisque H. Banzer a été
démocratiquement élu deux ans plus tôt.
Il convient toutefois de signaler que le MIR est l'allié
du chef de l'État depuis 1989. Il reste que
ce point de vue conciliant est partagé par l'ex-dirigeant
syndical Oscar Salas, qui connut à l'époque
la déportation. On entendra le même son de
cloche dans les rangs du Mouvement Bolivie libre (MBL, opposition)
et, sans doute plus étonnant, chez le fils de l'ex-général
J.J. Torres, qui estime que «la famille Torres
n'est ni juge ni procureur». Quant au principal intéressé,
il s'est défendu en rappelant le contexte international
de l'époque, marqué par la rivalité
entre les deux blocs. Sur le plan politique, H.Banzer est
parvenu à recadrer la coalition gouvernementale libéraux,
populistes, sociaux-démocrates en expulsant
le parti populiste de gauche Condepa. Fort d'une majorité
un peu mieux identifiée, le chef de l'État
a poursuivi la lutte entamée contre les producteurs
de coca tout en maintenant un cap résolument néolibéral,
non sans avoir tenté de revenir sur certaines réformes,
notamment en matière de privatisations. Mais là,
la communauté internationale l'a rappelé à
l'ordre.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002