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L'actualité bolivienne en 2000

Si l'ajustement structurel mis en place il y a une quinzaine d'années a ramené la croissance, le bilan social apparaît proprement calamiteux, la misère touchant environ 70 % de la population. C'est pourquoi, sous l'égide du FMI et de la Banque mondiale, la Bolivie a lancé en 2000 un nouveau «dialogue national» dans le cadre de l'initiative pour les pays pauvres très endettés.
Sur le plan politique, Hugo Banzer, qui était parvenu en 1999 à recadrer la coalition gouvernementale — libéraux, populistes, sociaux-démocrates — en expulsant le parti populiste de gauche Condepa, a bénéficié d'un horizon dégagé. Fort d'une majorité un peu mieux identifiée, le chef de l'État a donc pu poursuivre la lutte entamée contre les producteurs de coca, tout en maintenant un cap résolument néo-libéral. Mais, malgré ses efforts, la Bolivie figure encore parmi les pays les plus pauvres et les plus endettés de la planète. La dette extérieure atteignait quelque 4,8 milliards de dollars en décembre 1999, dont 3,2 milliards de dette multilatérale, le pays consacrant un tiers des exportations à son remboursement. C'est pourquoi la Bolivie a été le premier pays latino-américain et le second du monde — après l'Ouganda — à bénéficier du programme pilote mis en œuvre par le FMI et la Banque mondiale dans le cadre de l'initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE). Un nouveau programme, dit «PPTE 2», a été lancé en février 2000. Représentant 1,3 milliard de dollars, il devrait entraîner une réduction de 30 % de la dette extérieure en quinze ans, avec un allègement de son service de 115 millions de dollars en 2001 et de 122 millions en 2002. Mais ce nouveau programme a été subordonné à la mise en place d'un cadre stratégique de lutte contre la pauvreté établi et exécuté par les forces vives du pays afin d'éviter les détournements de fonds et le centralisme. Un «dialogue national» a réuni à La Paz, du 28 août au 1er septembre, les délégués de la société civile qui se sont fixé comme objectif de traiter les quatre piliers de ce programme : opportunité (croissance mieux distribuée), équité (amélioration du niveau de vie des laissés-pour-compte), institutionnalisation (efficacité de l'administration) et dignité (sortir du circuit de la drogue). Sur les 90 millions de dollars libérés par l'initiative PPTE 2, 70 % seront administrés par les autorités municipales, le reste étant du ressort des départements. Quant aux critères d'attribution, suivant les indicateurs de pauvreté, ils seront révisés tous les cinq ans. Ce nouveau «dialogue national» — le précédent remonte à 1997 — intervient après quinze ans d'ajustement structurel sous l'égide du FMI et de la Banque mondiale. S'il est vrai que les résultats ont été spectaculaires — l'inflation a été ramenée de 235 % en 1985 à 3,1 % en 1999 —, le défi de la pauvreté, dans laquelle continuent de se débattre quelque 70 % de la population, n'a pas pu être relevé. Ici, le PIB annuel moyen par habitant reste inférieur à 1.000 dollars. Et les principaux indicateurs sociaux sont assez comparables à ceux des pays africains du Sahara méridional, comme en témoignent le taux de mortalité infantile (69 ‰) et la dénutrition dont souffrent 10 % des enfants de moins de cinq ans. Quant à la scolarisation, elle ne dépasse guère les classes du primaire. Enfin, seul le tiers de la population a accès à l'électricité, à l'eau potable ou au tout-à-l'égout.
À l'heure de tourner la page du XXe siècle, la Bolivie doit encore prouver que la société civile saura surveiller l'usage des ressources publiques. Un pari qui n'est pas gagné d'avance. Il reste qu'en cas d'échec du PPTE 2 et du «dialogue national» le modèle ultralibéral serait pour le moins ébranlé, et avec lui les fondements de la démocratie en place depuis 1982.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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