Année
noire pour le Brésil, qui a dû s'incliner en
finale de la Coupe du monde de football contre la France,
un pays «sans passé dans le football»,
selon les termes d'un supporter anéanti. Couleur
du deuil aussi pour l'Amazonie, victime d'un véritable
crime écologique et où la famine a touché
quelque 20.000 Indiens Yanomamis. Avenir incertain, enfin,
pour une économie qui, déjà bien peu
affermie, a dû subir de plein fouet l'onde de choc
des crises monétaires asiatique puis russe. Quoi
qu'il en soit, Fernando Henrique Cardoso a été
réélu dès le premier tour de l'élection
présidentielle du 4 octobre.
Feux de forêt et famine en Amazonie Après trois
mois de sécheresse, les fortes pluies qui sont tombées
au cours du mois d'avril ont permis de venir à bout
de la plupart des foyers qui s'étaient déclarés
dans la forêt amazonienne. À l'heure des comptes,
le bilan était dramatique: plus de 30.000 km2,
soit l'équivalent de la superficie de la Belgique,
sont partis en fumée dans l'État du Roraima,
à l'extrême nord du Brésil. Si la sécheresse
est indiscutablement due à El Niño, la responsabilité
de la catastrophe incombe entièrement aux colons
les brûlis sont pratiqués au mépris
de la prudence la plus élémentaire sur des
terrains récemment déboisés
et aux autorités, qui ont cru pouvoir faire l'économie
d'une véritable réforme agraire en transplantant
les populations misérables du Nordeste semi-aride
vers une Amazonie mythique, transformée en Terre
promise. Au bout du compte, à travers les affrontements
meurtriers entre grands propriétaires et paysans
sans terre, dans l'État voisin du Para, l'Amazonie
apparaît comme un exutoire au problème de la
question foncière au Brésil, où 2 %
des propriétaires possèdent plus de la moitié
des terres.
L'Amazonie
brésilienne est depuis le début des années 70
le théâtre d'une colonisation anarchique qui
répond à un impératif à la fois
simple et terrible: forcer, par tous les moyens, le peuplement
du nord du pays, jadis «désert vert»,
afin de l'intégrer au territoire national. Étrangement,
les états-majors ont pris l'habitude de légitimer
cette «stratégie» en parlant d'une prétendue
menace d'internationalisation qui planerait sur la région.
L'excuse prêterait à sourire si ses conséquences
n'étaient pas aussi dramatiques. On a pu entendre
le général Luis Edmundo de Carvalho, coordinateur
des opérations de lutte contre les incendies, déclarer,
au pire moment du sinistre, que «l'aide internationale
était parfaitement inutile». C'est peu de rappeler
que ces propos ont soulevé un véritable tollé
dans la presse brésilienne, qui a parlé de
«nationalisme rétrograde».
Pour
sa part, le président Fernando Henrique Cardoso,
que l'on sait être un sociologue de renom international,
n'a évoqué l'Amazonie que pour exprimer son
impuissance face aux saccages en cours. Depuis son élection
en 1994, 47.000 km2 de forêt une
superficie supérieure à celle de la Suisse
ont été rayés de la carte. En
dépit des activités illégales
comme l'exploitation de bois tropicaux dans des réserves
indiennes théoriquement protégées ,
dénoncées par toutes les organisations non
gouvernementales, les compagnies forestières asiatiques
se sont installées en masse et continuent
de le faire en Amazonie, avec la bénédiction
du pouvoir.
Dans les turbulences des crises asiatique et russe Après
l'effondrement du baht thaïlandais, en juillet 1997,
qui a entraîné dans sa chute la plupart des
monnaies de la région, la déconfiture de l'économie
russe a fait planer la menace d'une nouvelle attaque spéculative
contre le real brésilien. Les investisseurs n'ont
pas attendu la fin du mois d'août pour manifester
leur méfiance à l'égard des pays émergents,
ce qui s'est traduit pour le Brésil par la dépréciation
brutale des titres de la dette extérieure ainsi que
par la déprime persistante du marché des actions:
en trois semaines, l'indice de la Bourse de São Paulo
devait perdre près de 30 %.
De
toute évidence, la crise russe aura montré
la grande dépendance du plan real mis en place
en juillet 1994 pour lutter contre l'hyperinflation
à l'égard des capitaux étrangers.
Quelle
est au juste la vulnérabilité de l'économie
brésilienne? Pour les plus optimistes, le Brésil
se porte mieux que les pays déjà acculés
à la dévaluation. C'est la thèse centrale
défendue par le Wall Street Journal. On peut cependant
se demander s'il ne s'agit pas là d'un truisme aux
vertus rassurantes. En revanche, pour les pessimistes, la
plus grande prudence serait d'éviter d'investir au
Brésil, «la prochaine Russie», selon
le Financial Times. L'évolution alarmante du déficit
public brésilien 7,1 % du produit intérieur
brut en rythme annuel n'incite guère à
voir le tableau sous un jour aimable. D'autant que les mesures
fiscales et budgétaires lancées en novembre 1997,
soit au plus fort de la crise asiatique, n'ont pas réussi
à stopper la détérioration des finances
publiques. Bien au contraire, puisque le doublement du taux
d'intérêt de base de la banque centrale, porté
à l'époque à 44 % avant d'être
ramené à 19,75 %, n'a fait qu'alourdir
le service de la dette publique tout en freinant la croissance,
sans parler de l'incidence négative sur les rentrées
fiscales. Quant à la politique du real fort, elle
ne peut qu'avoir des effets négatifs, selon les plus
pessimistes, sur la croissance: il est vrai que la récession
était déjà visible au milieu de l'année
dans certains secteurs où le chômage a fait
un bond spectaculaire.
Les
autorités brésiliennes, qui naturellement
ont tout fait pour rassurer leurs concitoyens, n'ont toutefois
pas manqué de prendre rapidement la mesure de la
crise russe. Ainsi, le 24 août, le porte-parole
de la banque centrale de Brasilia a annoncé la suspension,
jusqu'à la fin de l'année, des restrictions
décrétées six mois plus tôt pour
décourager les placements en devises à très
court terme sur le marché financier brésilien.
Ces capitaux, jugés trop volatils, sont donc revenus
en odeur de sainteté et la préservation des
réserves de change a bien vite fait figure de priorité
pour les autorités monétaires du pays, qui
invoquent la nécessité de «rendre moins
inconfortable la traversée de la période de
turbulences», déclenchée par la crise
russe.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002