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L'actualité chilienne en 1994

Le nouveau président de la République, Eduardo Frei, a hérité d'une situation plutôt enviable. La stabilité politique et la croissance économique, même si celle-ci est moins spectaculaire que lors des quatre années précédentes, ont à l'évidence permis à la coalition sortante de retrouver le pouvoir. Dans ces conditions, le chef de l'État a pu définir les grandes lignes de son action, parmi lesquelles la question sociale est apparue comme étant la plus haute priorité.
Sensible recul de la coalition démocratique
Première année de présidence pour le démocrate-chrétien Eduardo Frei, porté à la tête de l'État, le 11 décembre 1993, avec 58 % des suffrages exprimés. Le candidat de la coalition de centre gauche, la Concertation pour la démocratie (parti démocrate-chrétien, parti radical, parti socialiste et parti pour la démocratie), est le deuxième président élu démocratiquement après seize ans de dictature militaire. Entré un fonction début mars pour succéder à Patricio Aylwin, lui aussi membre du parti démocrate-chrétien, E. Frei aura toutefois pu former son gouvernement dès janvier en respectant la coalition de centre gauche.
Première année de législature également pour le nouveau Parlement. Mais la Concertation pour la démocratie n'a pas réussi aux législatives et aux sénatoriales le score enviable de son candidat à la présidence, échouant à obtenir la majorité des deux tiers qui lui aurait permis de modifier la Constitution. C'est ainsi que la perte de 1 siège de sénateur et 2 députés a laissé à la coalition seulement 21 représentants - dont 8 nommés par l'ancien dictateur Augusto Pinochet selon la Constitution de 1989 - sur 46 au Sénat et 70 sièges sur 120 à l'Assemblée. Les 10 sièges qui ont fait défaut à la Concertation permettent donc au général Pinochet de rester à la tête de l'armée de terre. Quoi qu'il en soit, l'ombre portée de l'ancien chef de l'État n'a pas empêché le nouveau gouvernement d'impulser un nouvel élan à la justice. C'est ainsi que les premières condamnations à perpétuité de policiers pour des crimes commis sous la dictature ont été prononcées dès le mois de mars.
L'analyse du scrutin parlementaire permet de dégager les raisons de la sensible érosion électorale de la Concertation. Les pertes résultent, d'une part, de l'intégration du parti populiste l'Union du centre centre (UCC) à la coalition de centre droit, et, d'autre part, à la présence de listes indépendantes de la gauche communiste et des groupes écologistes, qui, pour n'avoir certes pas obtenu de représentants, n'en ont pas moins privé la coalition de précieuses voix. Enfin, on retiendra que, parmi les partis formant la Concertation pour la démocratie, c'est la plus centriste des formations socialistes du Chili, le Parti pour la démocratie, qui a obtenu le meilleur score. Son principal dirigeant, Ricardo Lagos, se trouve donc en position favorable pour la future élection présidentielle de 1999.
La croissance au rendez-vous de 1994…
Les élections générales de décembre 1993 se sont déroulées dans un calme qui est, à bien des égards, le fruit d'une bonne santé de l'économie chilienne. D'ailleurs, E. Frei avait lui-même mis l'accent sur la stabilité exceptionnelle du pays, déclarant devant la Chambre de commerce franco-chilienne: «Pour la première fois dans l'histoire du Chili, la période électorale ne s'est pas traduite par une paralysie de l'activité économique. Au contraire, le Chili aura investi en 1993 près de 28 % de son PIB, un taux que seuls Singapour, la Chine ou la Malaisie dépassent.» Si l'on considère les premiers indicateurs disponibles pour l'année 1994, le Chili a connu sa onzième année de croissance consécutive dans le cadre d'une inflation maîtrisée (entre 10 et 12 %).
Selon la banque centrale, la croissance réelle du PIB s'est établie autour de 5?6 %, tandis que le taux de chômage se serait maintenu à son plancher historique de 1993, c'est-à-dire 4,6 % de la population active. Ces quelques chiffres ont à l'évidence valeur de bilan positif pour le gouvernement sortant, qui peut se féliciter d'avoir réussi à conduire la transition politique sans mettre en péril la stabilité économique. Un gouvernement qui s'est également adressé un satisfecit, cette fois plus mesuré, dans la lutte contre la pauvreté, estimant avoir ramené en quatre ans le nombre de pauvres de 5 à 4 millions sur un total de 13 millions d'habitants. Mais le problème de l'extrême pauvreté - elle touche encore 13 % de la population active - demeure toujours d'actualité et constitue pour le nouveau gouvernement une préoccupation quotidienne. À cela, il convient d'ajouter que les revendications sociales, émanant d'un secteur public sinistré, qui avaient touché le Chili en 1993 n'ont pas marqué le pas en 1994. En témoignent les grèves qui ont durement touché les secteurs de la santé et de l'éducation. Quant aux compromis temporaires adoptés en 1993, ils n'ont pu que montrer très vite leurs limites l'année suivante.
…Mais une économie encore fragile
Outre les divers avatars de la grogne sociale, d'autres signaux sont venus tempérer l'optimisme de la Concertation pour la démocratie. Le Chili, qui a opté sous la dictature de Pinochet pour un modèle de croissance par les exportations, apparaît aujourd?hui de plus en plus dépendant de l'évolution de la conjoncture internationale. Or le déficit de la balance commerciale devrait dépasser les 800 millions de dollars. Ce chiffre, qui représente 2 % du PIB, correspond ni plus ni moins aux pertes liées à la variation des taux des termes de l'échange: en clair, à la baisse des cours internationaux des produits exportés. Ainsi, le cuivre, la farine de poisson et la cellulose - produits qui représentent à eux seuls plus de la moitié des exportations chiliennes - ont vu leurs cours chuter respectivement de 12, de 20 et de 22 % pour les sept premiers mois de l'année.
C'est la prise de conscience de sa dépendance vis-à-vis du commerce mondial qui avait poussé le Chili à militer pour que les accords du GATT concluant le cycle de l'Uruguay Round soient signés au plus tôt. Dans le même ordre d'idées, le nouveau gouvernement n'a pas caché son désir que le Chili rejoigne un jour l'ALENA (l'Accord de libre-échange nord-américain) et a confirmé qu'il était toujours candidat à la Coopération économique Asie-Pacifique (CEAP). Plus que jamais, le Chili entend donc jouer dans la cour des grands. Signe encourageant, la Standard and Poors a accordé au Chili un coefficient de risques faible.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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