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L'actualité chilienne en 1996

Si le modèle économique chilien connaît un succès qui contribue dans une large mesure à favoriser le consensus, il en va différemment de la situation politique et institutionnelle. Le Chili peine en effet à éliminer toutes les conséquences de la dictature, notamment en matière de droits de l'homme.
Échec de la réforme constitutionnelle La vieille garde parlementaire acquise au général Pinochet a démontré, une nouvelle fois, ses capacités de nuisance. C'est ainsi que le projet de démocratisation des institutions, conçu dès août 1995 par le président de la République, Eduardo Frei, et présenté en avril 1996, n'a pas passé la rampe du Sénat. En votant systématiquement contre toutes les propositions gouvernementales, la minorité de parlementaires ultra conservateurs est parvenue à empêcher que les réformes constitutionnelles obtiennent le quorum requis pour leur approbation.
La Constitution de 1981, véritable clé de voûte du régime militaire, a été révisée en 1989, soit quelques mois avant que les forces armées ne regagnent leurs casernes. Dans l'esprit du chef de l'État, il s'agissait cette fois d'effacer les derniers aspects autoritaires de la Loi fondamentale, notamment on ce qui concerne la composition du Conseil constitutionnel et du Conseil national de sécurité, au sein duquel les généraux bénéficient d'un droit de regard sur les affaires publiques. De plus, Eduardo Frei entendait révoquer les sénateurs désignés par les précédentes autorités – dans la majorité des cas nettement marqués à droite – afin que les membres de la Chambre haute soient élus au suffrage universel. Si le président a échoué sur le front de la réforme constitutionnelle, son initiative aura eu l'avantage de diviser profondément le camp conservateur, dont le principal parti d'opposition, Rénovation nationale. Celui-ci est en effet apparu écartelé entre une majorité favorable aux réformes et la faction sénatoriale antiréformiste. En dépit de longs mois de tractations, le projet présidentiel n'avait aucune chance sérieuse d'aboutir, dans la mesure où il se heurtait à l'opposition irréductible des «pouvoirs de fait» dénoncés par le leader de Rénovation nationale, Andrès Allamand, c'est-à-dire, selon lui, le patronat et les militaires, appuis avérés de la droite parlementaire. Il reste que l'échec de la présidence a été accueilli avec fatalisme par la coalition de contre gauche qui gouverne le pays.
Le nouveau membre du Mercosur Les performances économiques du Chili continuent de lui valoir la réputation d'être l'un des pays les plus stables et dynamiques de l'Amérique latine. Un taux d'inflation d'environ 8 %, une croissance de l'ordre de 7 % et une progression des exportations de quelque 10 % permettent au Chili d'attirer encore de nombreux investissements, en dépit de la méfiance persistante des investisseurs internationaux à l'égard du continent sud-américain. La déréglementation de nombreux secteurs, en particulier les télécommunications, et les résultats de l'industrie minière – qui a continué en 1996 à profiter du prix exceptionnel du cuivre sur les marchés internationaux – ne sont pas étrangers à cet engouement des financiers internationaux à l'endroit de la place chilienne. La vitalité économique du Chili lui a finalement permis de rejoindre le Mercosur.
Le 25 juin, le président Frei a pu signer avec les quatre chefs d'État des pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) l'accord associant le Chili à ce «marché commun du cône Sud» de quelque 192 millions d'habitants. Cet accord prévoit la suppression des barrières douanières et des restrictions aux échanges entre les États membres en dix ans. Il n'est toutefois pas allé sans difficulté. Il a d'ailleurs failli buter sur les exceptions au libre-échange, notamment les produits agricoles. Les Chiliens voulaient protéger une partie de leur agriculture, céréalière notamment, restée traditionnelle et peu productive, de la concurrence argentine. Finalement, Santiago a obtenu que le délai de suppression des barrières douanières soit porté à dix-huit ans pour certains produits, dont les céréales. Mais le problème le plus délicat, apparu tardivement, et résolu in extremis, a été la question des règles d'origine. Le Chili entendait obtenir, comme le Paraguay, la possibilité d'inclure 50 % d'éléments étrangers dans ses produits, alors que la norme du Mercosur est de 40 %. Ces obstacles ont pu être surmontés grâce à la volonté politique des cinq présidents concernés et à une «reconversion» du Chili, qui a donné longtemps la priorité à une association avec l'ALENA, l'Accord de libre-échange nord-américain qui lie les États-Unis, le Canada et le Mexique. Il y a finalement renoncé devant l'impossibilité d'y parvenir rapidement.
Toutefois, la bonne tenue de l'économie a été acquise au prix d'une accumulation des déficits sociaux, qui constituent une menace latente pour la stabilité économique et politique du pays. Entre 1992 et 1994, les plus démunis, dont le nombre est estimé à environ 10 % de la population, ont vu leurs revenus chuter de 4 %. Et s'il est prématuré de pondérer les conséquences de la fracture sociale, celle-ci reste indéniable; ce qu'atteste l'augmentation de 8 % de la part du social dans le budget 1996 de l'État, dans un pays par ailleurs peu enclin par tradition à accroître les dépenses publiques. Il reste donc aux autorités gouvernementales à parfaire la démocratie et à accentuer la lutte contre la pauvreté. Un programme certes au centre des préoccupations du gouvernement, mais qui se heurte à un double écueil. D'une part, les militaires, qui s'opposent à tout ce qui pourrait représenter une mainmise sur les forces armées, de l'autre, l'opposition de droite, bien peu disposée à perdre ne serait-ce qu'une part de la portion de pouvoir dont elle jouit grâce aux dispositions constitutionnelles. Enfin, le président de la République doit aussi compter avec la gauche et les associations des droits de l'homme, opposées à toute tentative de tourner la page tant que restera une part d'ombre concernant le sort des centaines de prisonniers disparus du temps du général Pinochet. De la «démocratie imparfaite», selon l'expression du chef de l'État, à la paix sociale, le chemin est encore semé d'embûches.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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