Sous
la houlette du président Eduardo Frei qui
est aussi chef du gouvernement , le Chili a continué
la lutte contre la pauvreté et a déployé
une grande énergie pour promouvoir l'éducation.
Les excellentes performances de l'économie chilienne,
et la confirmation de son intégration internationale,
ont permis aux autorités de Santiago de présenter
en la matière un bilan largement positif, bien que
de nombreuses grèves aient montré que l'horizon
n'était pas encore dégagé. Pour sa
part, la vie politique a été marquée
par de grandes manuvres d'appareils, chacun entendant
se positionner au mieux dans la perspective de l'élection
présidentielle qui se déroulera en 1999.
L'échéance présidentielle de 1999
Sur le plan de la politique intérieure, l'année 1996
s'était close sur les élections municipales.
Un scrutin particulièrement important dans la mesure
où aucune consultation électorale ne devrait
se tenir avant l'élection présidentielle prévue
en 1999. C'est donc dans cette perspective que tous
les partis politiques ont mis à profit les enseignements
des municipales pour redéfinir leur stratégie.
En dépit d'une sensible érosion due à
l'usure du pouvoir, la Concertation des partis pour la démocratie
coalition regroupant le parti démocrate-chrétien,
le parti radical, le parti socialiste (PS) et le Parti pour
la démocratie (PPD) pouvait envisager l'échéance
de 1999 avec sérénité. Parmi les
membres de la coalition, le parti démocrate-chrétien
a paru le plus actif: en juillet, il organisait des élections
internes afin de choisir dans ses rangs un nouveau président.
Élu au terme d'un scrutin particulièrement
mouvementé, Enrique Krauss, ancien ministre de l'Intérieur,
a défendu l'idée que le prochain candidat
à la présidence de la République devrait
nécessairement appartenir
au parti démocrate-chrétien.
Une prise de position qui n'est pas allée sans susciter
quelques remous au sein de la Concertation. Ce fut nettement
perceptible dans les rangs du PS et du PPD, qui tous deux
ont opté pour la candidature de Ricardo Lagos.
Du
côté de l'opposition, incarnée principalement
par l'Union démocratique indépendante (UDI),
Joaquín Lavin, réélu à Las Condes
(banlieue de Santiago) avec 77,7 % des voix, paraissait
le mieux à même de contester le candidat de
la Concertation. Quoi qu'il en soit, les observateurs de
la politique chilienne ne minimisaient pas les chances de
la droite traditionnelle: avec 84 maires, et une progression
de 60 % par rapport au scrutin de 1992, la Rénovation
nationale (RN) n'entend certes pas jouer les utilités.
Concernant
les institutions, le gouvernement, qui n'avait pas réussi
à amender la Constitution en avril 1996, a tenté
une seconde fois, sans plus de succès, de présenter
un projet de réforme destinée à écarter
l'armée de la vie politique. En effet, neuf sièges
de sénateur sont toujours désignés
par les militaires. C'est d'ailleurs parce qu'il n'a pas
trouvé de soutien au Sénat alors que
la Chambre des députés avait approuvé
la réforme que le gouvernement a dû
renoncer au «toilettage» des institutions.
Le « dragon » d'Amérique latine
Le gouvernement du président Frei se sera consolé
de cet échec en présentant un bilan économique
de bonne facture. Avec un taux de croissance supérieur
pour la troisième année consécutive
à 7 %, le Chili s'affirme de plus en plus comme
le «dragon» de l'Amérique latine. Les
autres indicateurs témoignaient de la bonne santé
de l'économie nationale: une inflation maîtrisée
(6,6 %) et un taux de chômage qui s'établissait
autour de 7 % de la population active. De plus, le
Chili a réussi à rompre avec une tradition
de non-partage de la croissance largement répandue
dans le continent latino-américain: ainsi, le nombre
des personnes vivant au-dessous du seuil de la pauvreté
est tombé de 40 à 25 % entre 1990
et 1996.
L'année 1997 a
aussi confirmé l'intégration de l'économie
chilienne au Mercosur le marché unique du
cône Sud. Par ailleurs, un an après la signature
d'un traité de libre commerce avec le Canada, 80 %
des échanges entre les deux pays étaient totalement
libérés (juillet). Le Chili a donc désormais
un pied dans l'ALENA (Accord de libre-échange nord-américain,
entre le Canada, le Mexique et les États-Unis). Si
l'on considère en plus son adhésion à
l'APEC (Coopération économique de la zone
Asie-Pacifique), dont les membres ont pris des engagements
en matière de libéralisation des échanges,
notamment celui d'abaisser les tarifs douaniers dans le
domaine de la technologie de l'information, force est de
conclure que Santiago a réussi à rattraper
son retard en matière d'insertion internationale.
De nouvelles possibilités s'ouvrent donc au Chili,
qui a vu ses exportations progresser d'environ 14 %,
tirées, il est vrai, essentiellement par les ventes
de cuivre, dont le pays est le premier producteur mondial
(2,22 millions de tonnes, soit 24 % de la production
mondiale). Toutefois, la part trop importante du cuivre
et des produits agroalimentaires dans les exportation (75 %
des recettes totales) rend l'économie chilienne très
dépendante de l'évolution des marchés
internationaux.
Le
gouvernement a également pu se féliciter de
la bonne tenue des investissements étrangers, qui
avaient déjà quadruplé en 1996.
Les autorités estiment que cette manne devrait encore
augmenter dans les prochaines années, l'ouverture
de nouveaux chantiers de travaux publics et la privatisation
en cours des entreprises de traitement et de distribution
d'eau exerçant un attrait certain en matière
d'afflux de capitaux, jusqu'à présent essentiellement
concentrés dans l'industrie minière (cuivre,
argent et or). En dépit de ces indéniables
performances, le Chili a connu, comme en 1996, une
année sociale non exempte de tensions. De nombreuses
manifestations de rue ont témoigné du mécontentement
des mineurs (charbonnage), des enseignants, des personnels
de la santé et des employés municipaux. À
plusieurs reprises, des mouvements de grève ont paralysé
le pays bien que le chef de l'État ait rappelé
que 70 % du budget de l'État étaient
assignés à «l'investissement social».
On
ajoutera que le Chili est cité en exemple, même
dans les pays riches, pour s'être doté d'un
système de retraites par fonds de pensions.
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