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L'actualité chilienne en 1999

Le Chili a vécu en 1999 une année électorale dans un contexte économique difficile et un climat politique délétère.
L'arrestation du général Augusto Pinochet en septembre 1998 en Angleterre a profondément divisé la société chilienne. L'enquête du juge espagnol Garzón a mis à nu un passé que beaucoup de Chiliens souhaitaient oublier. Elle a en revanche constitué un motif d'immense satisfaction pour les familles des victimes disparues pendant les années de dictature (1973-1989). Dès le début de l'année 1999, une enquête du Centre d'études de la réalité contemporaine (CERC) montrait que 43 % des Chiliens approuvaient la position de leur gouvernement selon laquelle la détention de l'ancien dictateur constituait une violation de la souveraineté du pays, tandis que 43 % ne partageaient pas cette opinion. Par ailleurs, 54 % des Chiliens estimaient possible la réconciliation, contre 41 % qui l'estimaient impossible. Tout au long de l'année, les Chiliens ont suivi avec passion l'évolution de l'affaire Pinochet, applaudissant ou maudissant la décision des Lords, prise le 24 mars, de donner suite à la demande espagnole d'extradition. De même les déclarations de Pinochet, en juillet, selon lesquelles il n'était pas au courant des exactions de sa police secrète, la DINA, ont provoqué la consternation d'une bonne partie de la classe politique qui se rappelle que le dictateur a créé la DINA et a été accusé par son ancien dirigeant emprisonné, le général Contreras, d'avoir supervisé ses méthodes. À la fin de l'année 1999, il ne restait plus au gouvernement que l'argument humanitaire, faisant état de l'âge et de la fragilité de la santé de Pinochet pour réclamer son retour au pays.
La perspective d'un procès d'Augusto Pinochet en Espagne a par ailleurs provoqué une crise dans les relations diplomatiques entre Santiago et Madrid. Ainsi le président Frei n'a pas participé au neuvième sommet ibéro-américain de La Havane en novembre, entraînant avec lui le président argentin Carlos Menem.
Au plan intérieur, le ministre de la Défense, Edmundo Pérez Yoma, prenait en août l'initiative de réunir des représentants des forces armées et des défenseurs des droits de l'homme pour discuter du thème des personnes disparues. Bien que l'association Groupement des familles de détenus disparus (AFDD) se soit montrée opposée à un tel dialogue, de peur qu'il n'aboutisse à officialiser l'impunité, cette initiative était une première dans le pays.
Les principaux candidats à l'élection présidentielle de décembre 1999 sont longtemps restés discrets sur l'affaire Pinochet. Officiellement, tant le candidat de la Concertation démocratique, la coalition de partis au pouvoir depuis 1989, que celui de l'opposition, soutenaient la position du gouvernement qui consistait à réclamer le retour au pays du général, s'appuyant sur son statut d'ancien président de la République et de sénateur à vie pour réclamer une immunité. Pour la première fois cependant, la Concertation s'est choisie un candidat socialiste, en la personne du ministre des Travaux publics, Ricardo Lagos, et non un démocrate-chrétien comme en 1989 (Patricio Aylwin, élu président pour la période 1990-1993) et en 1993 (Eduardo Frei, élu président pour la période 1994-1999). S'il a évité de parler du cas Pinochet pendant sa campagne, Ricardo Lagos ne cachait pas qu'il souhaitait voir l'ancien dictateur jugé, mais de préférence au Chili. Le candidat de la droite, Joaquín Lavín, représentait clairement les secteurs favorables au général Pinochet, mais Lavín s'est présenté tout au long de sa campagne comme un candidat porteur d'un message pour l'avenir. Il n'a pas hésité à aller rencontrer des Chiliens de toutes les catégories sociales dans tout le pays pour évoquer leurs problèmes. Ce style non traditionnel a séduit les jeunes n'ayant pas connu les années de dictature, et Lavín a progressivement rattrapé Lagos dans les sondages, parvenant le 12 décembre à faire jeu égal avec son adversaire. Lagos a obtenu 47,96 % des voix, contre 47,52 % pour Lavín, soit un écart de 30.000 voix sur 7 millions de suffrages exprimés. Le pays apparaissait bien divisé en deux forces politiques égales, qui devaient se départager lors d'un second tour le 16 janvier 2000 où Ricardo Lagos l'emporta finalement avec 51,32 % des suffrages.
Au plan économique, l'année 1999 a été la plus mauvaise de la décennie. Déjà sérieusement affecté par la crise asiatique, qui s'est traduite par une chute des exportations et une baisse des cours du cuivre, le Chili a subi les effets de la dévaluation brésilienne de janvier 1999. Les marchés argentin et brésilien représentent la moitié des exportations chiliennes en Amérique latine, et la crise dans le Mercosur, auquel le Chili est associé, s'est manifestée par une contraction de la demande qui a ralenti la croissance chilienne.
Dès le 15 janvier, le gouvernement a procédé à une série d'ajustements, et tout au long de l'année, diverses mesures ont dû être prises pour soutenir l'activité.
Alors que la croissance a atteint un taux moyen de 7 % entre 1990 et 1998, elle a été inférieure à 4 % en 1998 et s'est encore ralentie en 1999, avec -1 %. Le chômage, qui était inférieur à 7 % en 1998, a augmenté pour atteindre presque 10 %.
Cependant, la récession chilienne n'est apparue que passagère. L'économie chilienne, sur bien des points, est demeurée saine et vigoureuse, avec une inflation maîtrisée et un excédent de la balance commerciale, il est vrai surtout dû à la faiblesse de la demande intérieure. Signe de la bonne réputation du Chili, les investissements étrangers ont continué d'affluer dans le pays. Avec un montant de 8 milliards de dollars pour les six premiers mois de l'année, les investissements étrangers étaient déjà supérieurs à ceux de toute l'année 1998. Dès le mois de septembre, le gouvernement annonçait officiellement que la récession était terminée, car pour la première fois en un an, l'activité montrait des signes de reprise. Et pour l'année 2000, le président de la Banque centrale prévoyait un croissance de l'ordre de 5 %.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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