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L'actualité chilienne en 2000

Pour la première fois depuis le putsch de septembre 1973 dirigé contre Salvador Allende, un président socialiste a pris ses fonctions, au mois de mars, au palais de la Moneda. Pour autant, on se gardera de confondre le socialisme de Ricardo Lagos avec celui de Salvador Allende. Quoi qu'il en soit, il est ressorti de ce scrutin l'image d'un pays sur la voie de l'apaisement, quand bien même l'ombre du général Pinochet, de retour au pays, aura plané sur la campagne électorale.
Ricardo Lagos, qui portait les couleurs de la Concertation démocratique de centre gauche qui dirige le pays depuis dix ans — et qui regroupe le parti démocrate-chrétien, le parti socialiste, le Parti pour la démocratie et le parti radical —, a remporté le second tour de l'élection présidentielle organisée le 16 janvier 2000, avec 51,3 % des suffrages. Il était opposé, dans la course à la présidence, à l'économiste ultra-libéral Joaquin Lavin, candidat de droite de l'Alliance pour le Chili, formée de l'Union démocratique indépendante et du parti de la Rénovation nationale.
Une courte victoire Jusqu'au bout, l'issue du scrutin a été incertaine puisque, au premier tour, le 12 décembre 1999, Ricardo Lagos avait devancé son principal adversaire de 30.000 voix seulement, avec 48 % des suffrages contre 47,5 % pour Joaquin Lavin. C'est finalement le bon report des voix communistes au second tour qui a permis la victoire du candidat socialiste, bien que la direction du parti communiste n'ait donné aucune consigne de vote pour ce second tour — une position destinée à manifester son désaccord après le soutien apporté par Ricardo Lagos aux démarches du président Eduardo Frei en faveur de la libération d'Augusto Pinochet, arrêté à Londres en octobre 1998.
L'accession au pouvoir d'un socialiste confère à cette élection une portée symbolique qui n'a échappé à personne. Pour autant, on ne saurait masquer le fait que cette victoire a été acquise de justesse et que la Concertation démocratique ne peut se prévaloir d'un quelconque blanc-seing. Il suffit d'ailleurs de rappeler que les précédents candidats à l'élection présidentielle de la coalition au pouvoir, les démocrates-chrétiens Patricio Aylwin, en 1989, et Eduardo Frei, en 1993, avaient tous deux été élus au premier tour et avec un score moins serré que celui du duel Lagos-Lavin — ils avaient obtenu respectivement 55 % et 58 % des suffrages. De plus, la victoire du candidat présenté par la Concertation démocratique correspond aussi à un sensible regain d'audience de la droite, qui s'inscrit à l'évidence dans le cadre d'un processus de forte bipolarisation de la vie politique, les deux candidats arrivés en tête au premier tour s'étant ainsi partagés 95,5 % des suffrages. Et le score du candidat de l'opposition de droite — il n'a jamais été aussi élevé depuis 1990 —ne constitue pas le moindre paradoxe de ce scrutin.
L'ombre portée du général Pinochet L'annonce de la libération du général Pinochet quelques jours avant le second tour de scrutin a contraint les deux candidats à se prononcer explicitement en faveur du jugement de l'ancien caudillo dans son pays. En ressurgissant dans une campagne électorale jusqu'alors dominée par les enjeux économiques et sociaux, le général Pinochet a fait remonter à la surface un passé douloureux, contraignant Ricardo Lagos et Joaquin Lavin à intégrer ce nouveau paramètre dans leur campagne respective. Des deux candidats, il est vite apparu que Joaquin Lavin allait être davantage pénalisé. D'ailleurs, la droite, qui a vu immédiatement le handicap, s'est empressée de dénoncer un «complot de l'Internationale socialiste» dans la coïncidence entre la date de la décision du gouvernement britannique et le second tour de l'élection au Chili. Ce qui n'a été d'aucun secours à Joaquin Lavin, qui a dû à cette occasion renier son passé d'ancien collaborateur de la junte.
Pour autant, le pouvoir de nuisance du général Pinochet s'est révélé bien ténu. Ainsi, les forces armées, au sein desquelles l'ex-dictateur conserve de nombreux partisans, ne sont pas parvenues à peser significativement sur l'issue du scrutin. Et c'est à juste titre que la majorité des commentateurs chiliens, mais aussi étrangers, ont parlé de la pacification de la scène politique. Dès l'annonce des résultats, le candidat de la droite a reconnu sa défaite et s'est déclaré prêt à se mettre «à la disposition du nouveau gouvernement pour consolider l'unité des Chiliens». Les tensions idéologiques, tant à l'échelon du continent qu'à celui du pays, se sont aplanies, comme en témoignent les enjeux de la campagne électorale : le chômage, la délinquance, l'état des systèmes de santé et d'éducation.
Il reste à Ricardo Lagos, socialiste modéré, politicien pragmatique et partisan du consensus, à relever un pays qui connaît la pire récession depuis seize ans. Le Chili, pays dont on disait — il y a quelques années —qu'il était le «tigre de l'Amérique latine», affichait en 2000 de bien mauvais indicateurs. Le chômage — 12,5 % de la population, contre 8,5 % en 1991 —devrait constituer la priorité du gouvernement socialiste. Mais pour obtenir quelques résultats sur ce front, il faudra trouver le moyen de relancer une croissance aujourd'hui atone.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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