Premier
socialiste à accéder à la présidence
depuis la chute de Salvador Allende, renversé par
un coup d'État perpétré par le général
Augusto Pinochet en 1973, Ricardo Lagos a bénéficié
en 2001 d'une bonne conjoncture intérieure croissance
soutenue et bonne tenue de la balance commerciale. Comparé
à ses voisins et partenaires du cône sud, le
Chili aura mieux su tirer son épingle d'un jeu sur
lequel s'emploient à peser le Brésil et les
États-Unis. En matière de politique intérieure,
le cas Pinochet a largement dominé les autres débats.
Ricardo
Lagos, élu à la présidence en janvier
2000, a donc entamé la deuxième année
de son mandat dans de bonnes conditions politiques. Déjà,
en novembre 2000, les élections municipales avaient
confirmé la Concertation démocratique : cette
coalition de centre gauche, au pouvoir depuis le retour
de la démocratie en 1990, qui regroupe démocrates-chrétiens
et socialistes, s'est en effet adjugée 52 %
des suffrages exprimés. Seule ombre au tableau, la
mairie de Santiago est tombée dans l'escarcelle de
la droite rappelons que celle-ci avait dirigé
la capitale pendant les dix-sept ans de régime militaire.
Une politique économique ouverte Le Chili, à
l'instar de la plupart des pays d'Amérique latine,
a poursuivi sa politique d'ouverture économique.
Car s'il est vrai que la contestation des opposants à
la mondialisation a gagné en intensité médiatique
au cours des dernières années, les gouvernements
de la région ont décidé que seul le
libéralisme était susceptible de les aider
à surmonter les difficultés économiques
et sociales auxquelles ils sont confrontés. Les changements
politiques intervenus au Chili, mais aussi en Argentine,
au Mexique, en Équateur et au Pérou, auraient
pu laisser penser le contraire. Or il n'en a rien été,
pas même sous la forme d'une inflexion des politiques
conduites jusqu'alors. Seul le Venezuela du président
Hugo Chávez pour qui «le néolibéralisme
est le chemin de l'enfer» s'est distingué
en appelant de ses vux l'émergence d'un nouveau
modèle économique. Pour sa part, le Chili
s'est employé à peser sur la recomposition
en cours sur le continent sud-américain. Partant
du constat que le Mercosur ne se porte pas très bien,
le Chili a choisi de se tourner vers les États-Unis
afin d'engager des négociations destinées
à mettre en place un traité de libre-échange
entre les deux pays. Dans cette affaire, le Chili a clairement
indiqué qu'il ne s'interdisait aucun accord et qu'il
ne rejoindrait pas un bloc régional en
l'occurrence le Mercosur au mépris de
ses intérêts. Plus largement, le gouvernement
de Ricardo Lagos a signifié qu'il n'avait aucune
envie d'arbitrer entre deux leaderships : celui des États-Unis,
au nord, et celui du Brésil, au sud. En effet, le
rapprochement entre le Chili et les États-Unis a
été ressenti par le Brésil comme une
attaque directe de Washington pour contrer son leadership
régional. Il n'a pas échappé au Chili
que le Brésil, principal animateur du Mercosur, ne
pourra pas retarder l'instauration d'une zone de libre-échange,
de la Terre de Feu à l'Alaska.
Une croissance soutenue Sur le plan de la politique économique
intérieure, le Chili a connu une année 2001
plutôt bonne, notamment si l'on compare ses résultats
à ceux de ses voisins. En dépit du redressement
spectaculaire du prix du pétrole, et donc du renchérissement
de la facture énergétique, le Chili a pu enregistrer
une bonne tenue de la croissance du PIB (environ 6 %).
De même, la balance commerciale a-t-elle présenté
un profil équilibré auquel les exportations
de cuivre et de cellulose ont largement contribué.
Toutefois, comme en 2000, rien n'est venu infirmer la tendance
à la stagnation des importations de biens d'équipement.
Quant aux investissements étrangers, ils seront restés
très en deçà du niveau enregistré
en 1999 avec la ruée des capitaux espagnols. Mais
c'est surtout la situation du marché de l'emploi
qui a particulièrement retenu l'attention de tous
les acteurs économiques. En dépit de la création
au début de l'année d'un fonds d'urgence pour
l'emploi, le chômage n'a pas marqué le pas,
touchant quelque 10 % de la population active en 2001.
Alors que le président Lagos avait annoncé
la création de 200.000 emplois, ce ne sont que 60.000
qui ont effectivement vu le jour. Quant au projet, déjà
ancien, concernant la mise en place d'une assurance chômage,
il a de nouveau été enterré par un
Parlement où le gouvernement ne dispose pas de la
majorité.
La
détérioration du marché de l'emploi
n'a pas suffi à renvoyer dans l'ombre l'affaire Pinochet.
Le 8 mars, la cour d'appel de Santiago a rejeté
un recours formé par la défense du général
Pinochet demandant l'annulation de l'inculpation et de l'assignation
à résidence ordonnées par le juge Juan
Guzman. La cour a toutefois atténué l'intitulé
de l'accusation, le général Pinochet n'étant
plus considéré comme «auteur»
mais comme «complice» des crimes commis par
la Caravane de la mort, un commando qui avait enlevé
et exécuté sans procès 75 détenus
politiques en octobre 1973.
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