Année
présidentielle pour la Colombie, qui a élu
son nouveau chef de l'État, le libéral Ernesto
Samper. Celui-ci bénéficie de l'héritage
positif de son prédécesseur, César
Gaviria, et des revenus engendrés par la mise en
exploitation des champs pétrolifères de Cusiania
et de Cupiaga. Toutefois la bonne santé économique
ne peut masquer la violence endémique, un héritage
qui continue de pénaliser le développement
politique et social du pays.
Le
parti libéral se maintient au pouvoir En remportant
le second tour de l'élection présidentielle
avec 50,37 % des suffrages exprimés, Ernesto
Samper a permis au parti libéral de conserver le
pouvoir pour quatre nouvelles années. Le nouveau
président succède à César Gaviria,
qui a pris ses fondions du secrétaire général
de l'Organisation des États américains (OEA),
où il a été élu un mars. E. Samper
a fait la différence grâce au report des votes
de petites formations politiques et de groupes comme les
Évangélistes, les communautés noires
et indiennes, et d'une partie du l'électorat du M-19,
parti issu d'un ex-mouvement du guérilla. E. Samper
a réussi à surmonter l'hostilité de
la hiérarchie catholique, qui avait appelé
les sympathisants libéraux à voter blanc pour
protester contre un accord électoral conclu entre
leur parti et des Églises protestantes. Cette consigne
a finalement tourné à l'avantage du candidat
libéral. En effet, la querelle religieuse a ravivé
l'ardeur militante de la vieille garde du parti, jusqu'alors
plutôt réticente au modernisme affiché
par son candidat.
Economiste
de formation, ancien ministre du Développement économique
du président Gaviria, E. Samper a promis du
poursuivre la politique du son prédécesseur,
de mettre en pratique «le capitalisme à visage
humain», tout un procédant à ce «grand
bon social» qui devrait se traduire, selon lui, par
la création de 1.500.000 emplois et le doublement
des exportations. Des perspectives qui, à la lumière
des méthodes envisagées, risquent de figurer
au passif des promesses électorales. En effet, on
voit mal comment le gouvernement pourrait créer autant
d'emplois en continuant d'appliquer les recettes du néo-libéralisme
initiées par C. Gaviria et en privatisant de
nouveaux pans du secteur public. Quant aux investissements
sociaux, E. Samper entend les financer avec les revenus
pétroliers lors que le gigantesque gisement de Cusiania
fera doubler l'actuelle production de brut (450.000 barils/jours)
vers 1997.
L'ombre portée du cartel de la drogue Fort de ces
perspectives, le chef de l'État peut envisager l'avenir
avec sérénité. Toutefois, il devra
prendre garde à ne pas céder à l'euphorie
pernicieuse qui a valu de sérieux déboires
à certains pays s'étant subitement trouvés
devant pareille manne. Mais, contrairement à d'autres,
la Colombie n'a pratiquement pas été à
court de dollars et s'efforce plutôt d'éviter
la surabondance de capitaux, attirés sur place par
des taux d'intérêt élevés, de
bonnes perspectives d'investissement ou de blanchiment.
Bien que l'économie colombienne se porte globalement
plutôt bien, les experts ont toutefois pointé
du doigt quelques indicateurs qui devraient inciter E. Samper
à modérer son optimisme. Ainsi, une rapide
augmentation des importations a entraîné un
début de déséquilibre des comptes extérieurs.
Quant à l'inflation, elle est restée notable,
à près de 25 %. Reste que le narcoterrorisme
- une plaie béante dans le tissu social colombien
que la disparition du Pablo Escobar en 1993, pour spectaculaire
qu'elle fut, est loin d'avoir refermée - continue
de peser dans les comptes de la nation. Sur les 20 milliards
de dollars que rapporte l'activité des cartels de
la drogue, 6 milliards sont rapatriés en Colombie.
Si les trafiquants en consacrent une partie pour s'acheter
des indulgences et se ménager des complicités
dans l'administration, ils en réinjectent également
dans l'économie locale. Bien qu'il soit évidemment
impossible d'en chiffrer précisément l'incidence,
une étude officielle a révélé
qu'en 1993 les petites entreprises familiales, ou comptant
au maximum une dizaine de salariés, ont contribué
pour 40 % au PIB. Celles-ci emploient environ 2,8 millions
de personnes, contre 1,2 million pour les grandes compagnies.
Si l'activité des cartels de la drogue a valu à
la Colombie une triste réputation de leader en la
matière, le terrorisme politique est également
une «spécialité» locale à
laquelle le président a promis de s'attaquer.
Dans cette perspective, E. Samper s'est effectivement
engagé à renouer le dialogue avec les mouvements
de lutte armée, alors que la guérilla, même
si elle a perdu nombre de ses idéaux politiques et
révolutionnaires, reste néanmoins un des principaux
facteurs de la violence. Ainsi, les semaines précédant
l'élection présidentielle ont été
marquées par une recrudescence des attentats. Le
22 mai, un commando de la Coordination nationale de
la guérilla, un mouvement marxiste, s'est attaqué
à une patrouille de police à Medellín,
causant la mort du cinq de ses membres. Enfin, le jour même
du second tour de scrutin, et en dépit d'un déploiement
impressionnant de policiers et de soldats, des combattants
de l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste)
ont réussi à se mettre en évidence
en tuant trois représentants des forces de l'ordre.
Néanmoins, au chapitre de la lutte contre le terrorisme,
les représentants du gouvernement colombien auront
réussi à frapper un grand coup en procédant
à l'arrestation, le 22 juin, de Francisco Caraballo,
le chef de l'Armée populaire de libération
(EPL).
Si
la guérilla est toujours un véritable cancer
dans la vie politique colombienne, l'activité soutenue
des cartels de la drogue a contribué à jeter
un voile de suspicion sur l'élection du nouveau président,
accusé d'avoir financé sa campagne avec l'argent
de la cocaïne. Un soupçon qui n'est sans doute
pas étranger au refroidissement des relations entre
Washington et Bogotá.
Le
15 juillet, le Sénat américain a décidé
de geler l'aide américaine, d'un montant de 37 millions
de dollars, estimant que la Colombie ne coopérait
pas totalement à la lutte contre le trafic de drogue
entre les deux pays. Les autorités colombiennes ont
ressenti comme un camouflet la visite ratée du général
Oscar Vargas Silvia à Washington. En effet, le directeur
de la police nationale colombienne n'a pas été
reçu, comme prévu, par le chef de la Drug
Enfoncement Agency, la principale agence américaine
de lutte contre le trafic de drogue. Entré officiellement
en fonction le 7 août, E. Samper est donc
déjà placé sous la haute surveillance
des États-Unis.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002