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L'actualité colombienne en 1995

Chaque jour de l'année a offert son lot de «révélations» plus ou moins crédibles au sujet du financement douteux de la campagne électorale du président Ernesto Samper, élu en juin 1994. Il reviendra à une commission spéciale du Parlement d'établir le degré de responsabilité du président. Celui-ci sera-t-il le troisième chef d'État latino-américain de la décennie à démissionner en cours de mandat, après le Brésilien Collor de Mello et le Vénézuélien Andrés Pérez.
Ce pays de 34,5 millions d'habitants détient un titre peu enviable, celui de champion en matière de criminalité. Au cours des six premiers mois de l'année 1995, on a pu recenser près de 20.000 homicides et plus de 700 enlèvements. De plus en plus liés au trafic de drogue, les plus anciens mouvements de guérilla du continent – qui comptent parmi les derniers à n'avoir pas négocié leur démobilisation –, ainsi que divers groupes paramilitaires, ont multiplié au cours de l'année leurs actions meurtrières, à un moment où le gouvernement Samper est apparu particulièrement vulnérable. Il est vrai qu'en Colombie les luttes se sont toujours déroulées sur un arrière-plan de grande faiblesse de l'État de droit, de concentration des richesses entre les mains d'une minorité (on estime que 36 % de la population vit sous le seuil de pauvreté)... et de bons résultats macroéconomiques: en 1995, la croissance du PIB devait atteindre 5 %, soit une performance voisine de celle de l'année précédente.
Arguant de cette violence endémique, le président Ernesto Samper a annoncé une série de mesures d'exception destinées à «réprimer les délits de droit commun, le trafic de drogue, les rebelles d'extrême gauche et les groupes paramilitaires». En décrétant l'état de siège, avec l'appui des dirigeants des secteurs économiques, le chef de l'État a aussitôt été suspecté de se livrer à une manœuvre de diversion pour faire oublier les derniers avatars d'un scandale autour du financement de sa campagne électorale avec de l'argent du cartel de Cali, qui contrôle 60 % du trafic mondial de la cocaïne. Personne n'ignore en Colombie que l'«argent sale» de cette organisation, qui, contrairement à ses anciens rivaux du cartel de Medellìn, a évité de recourir à la violence aveugle, a corrompu tous les rouages de l'État et tous les niveaux de l'establishment. La liste des personnes inculpées est édifiante. S'y côtoient le ministre de la Défense, Fernando Botero (le fils du peintre et sculpteur), contraint à la démission, l'ancien trésorier de la campagne libérale, Santiago Medina, des députés, des journalistes, etc. Avant même son entrée en fonction comme président, les États-Unis avaient accusé Ernesto Samper de combattre le trafic de drogue avec trop de laxisme. Depuis, Washington a accrédité de graves allégations selon lesquelles tous les indices donnant à penser que le cartel de Cali aurait financé la campagne du chef de l'État ont un certain degré de crédibilité. Toutefois, les États-Unis n'ont pas intérêt à pousser Ernesto Samper vers la sortie. Les risques sont grands de voir l'armée et la guérilla profiter du climat d'instabilité qui pourrait en résulter. Il n'a pas échappé à la Maison-Blanche que les généraux colombiens ont obligé le gouvernement Samper à revenir sur ses propositions de démilitariser certaines zones du pays, ce qui aurait pourtant facilité des négociations de paix avec la guérilla.
D'ailleurs, par crainte de profonds désordres, les formations de l'opposition n'ont pas poussé les feux du scandale, à commencer par le parti conservateur, qui a décidé de maintenir ses trois ministres au sein du gouvernement. La menace pourrait venir du fiscal (procureur de la nation, indépendant du gouvernement, aux pouvoirs très importants), qui semble s'être lancé dans une véritable guerre ouverte contre la vénalité favorisée par les trafiquants de drogue. Quitte à frapper au sommet de l'État.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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