L'année 1999 a
été terriblement décevante pour la
Colombie. Le processus de paix n'a pas enregistré
de progrès spectaculaires, et le pays est de surcroît
entré en récession économique. La situation
en Colombie est devenue tellement préoccupante que
les pays voisins ont renforcé leurs dispositifs militaires
aux frontières.
L'année 1999 a
débuté par une humiliation pour le président
Andrés Pastrana. Celui-ci s'est en effet rendu, le
7 janvier, dans la petite ville de San Vicente del
Caguán, où il devait ouvrir des négociations
de paix, en compagnie de Manuel Marulanda Vélez,
dit «Tirofijo», le dirigeant de la principale
organisation de guérilla, les Forces armées
révolutionnaires de Colombie (FARC). Or ce dernier
décidait au dernier moment de ne pas participer à
la cérémonie. Pourtant, le gouvernement avait
satisfait la demande des FARC concernant la démilitarisation
totale de la zone de 42.000 kilomètres carrés
qui, depuis novembre 1998, a été évacuée
par les militaires dans le sud du pays.
Les
autres protagonistes de la crise colombienne ont réclamé
un traitement similaire à celui des FARC. Ainsi,
l'autre organisation de guérilla, l'Armée
de libération nationale (ELN), a exigé qu'une
zone sanctuarisée lui soit accordée, près
de la frontière vénézuélienne.
Quant aux groupes paramilitaires, les Autodéfenses
unies de Colombie (AUC), ils ont réclamé d'être
associés aux négociations de paix. Le gouvernement
s'est trouvé pris entre les exigences des AUC d'éliminer
la guérilla, et les exigences des guérillas
d'éliminer les paramilitaires, chaque clan appuyant
ses demandes par des massacres, sur fond de rivalités
pour contrôler la production et le trafic de drogue.
Le
problème des relations avec les paramilitaires s'est
ajouté à d'autres difficultés qui sont
apparues sur l'agenda des négociations avec les FARC,
concernant notamment le problème de l'humanisation
de la guerre ou du trafic de drogue. Les FARC souhaitaient
notamment procéder à un échange de
prisonniers de guerre, ce que refusait le gouvernement afin
de ne pas octroyer à la guérilla un statut
de belligérant.
Suspendues
dès la mi-janvier, les négociations ont repris
le 20 avril, et le 6 mai un accord était
conclu sur un agenda de négociation. Les concessions
du président Pastrana ont indisposé certains
officiers de l'armée et, le 26 mai, le ministre
de la Défense, Rodrigo Lloreda Caicedo, présentait
sa démission. Les négociations ne s'engageaient
toutefois pas tout de suite, les FARC refusant la proposition
du gouvernement d'installer une Commission internationale
d'accompagnement du processus de paix. Finalement, le gouvernement
a cédé, et les négociations ont débuté
le 24 octobre. Peu de progrès ont cependant
été réalisés en fin d'année,
et les violences se sont poursuivies.
En 1999,
la crise en Colombie a, par ailleurs, pris une dimension
plus internationale. Les mouvements de population et les
incursions des guérillas, des paramilitaires ou des
militaires, en territoires panaméen, vénézuélien,
péruvien, équatorien ou brésilien,
ont suscité de nombreux incidents. La possibilité
d'une force internationale d'intervention a été
évoquée dans divers milieux. Divers pays ont
offert leur médiation, notamment le Venezuela, l'Espagne,
le Costa Rica et le Mexique.
En
dépit de la faiblesse des progrès en matière
de paix, et de l'augmentation des superficies consacrées
à la culture de la coca, les relations avec les États-Unis
se sont sensiblement améliorées durant l'année.
Le président Pastrana s'est en effet montré
disposé à extrader des narco-trafiquants,
ce qui a satisfait une demande ancienne des États-Unis.
Toutefois, les États-Unis ont pris des mesures visant
à circonscrire la crise colombienne, en envoyant
des militaires en Équateur et au Pérou.
Alors
que la Colombie a été longtemps épargnée
par les difficultés économiques, l'année 1999 a
fait exception. La croissance s'est considérablement
ralentie, et le chômage a progressé rapidement
tout au long de l'année. Durant le premier trimestre,
le PIB a chuté de 5 %. Le 28 juin, la Banque
centrale procédait à une dévaluation
de 9 % de la monnaie.
Face
à la violence et aux difficultés économiques,
la société civile colombienne a fait preuve
de courage et de combativité. Ainsi, l'assassinat,
le 13 août, d'un célèbre caricaturiste
provoquait des manifestations massives dans tout le pays,
tandis que la reprise des négociations le 24 octobre
était accompagnée d'une mobilisation gigantesque
à travers toute la Colombie.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002