Très
longtemps envié pour son modèle démocratique,
le Costa Rica semble avoir perdu la confiance de sa population.
Ainsi, selon un sondage réalisé en 1996,
78 % des Costaricains estimaient que seule la venue
d'un «homme fort» serait de nature à
résoudre leurs problèmes.
Au
lendemain de la guerre froide, qui avait permis au Costa
Rica de devenir une vitrine de la démocratie grâce
à la générosité des États-Unis,
le président José Maria Figueres, au pouvoir
depuis février 1994, contraint de faire face
à ses obligations financières internationales,
s'était vu assigner la tâche de mettre fin
à l'État providence. Il s'était ensuivi
un vote par le Parlement des nouveaux impôts exigés
par le FMI pour ramener, notamment, le déficit fiscal
de 8,2 % du PIB en 1994 à 3,5 % en 1995
et à 0,5 % en 1996. De plus, depuis novembre 1995,
les 22 banques privées peuvent capter l'épargne
publique, mettant un terme brutal au monopole exercé
par l'État dans ce domaine.
La
potion aura sans doute paru bien amère, puisque les
réformes économiques ont été
jugées mauvaises par 86 % de la population,
selon un sondage réalisé en janvier 1996.
Et ils n'étaient que 10 % à considérer
favorablement la gestion de leur président. Autant
dire que le chef de l'État, arrivé au milieu
de son mandat, est pour le moins impopulaire. La tenue exécrable
de l'économie suffit à elle seule à
expliquer la situation. En effet, à l'exception des
exportations, qui ont continué de progresser, les
principaux indicateurs étaient en détérioration:
la progression du PIB est tombée au-dessous de 2 %
en 1995 (6,3 % en 1993 et 4,5 % en 1994);
et si les chiffres pour 1996 n'étaient pas encore
disponibles, on savait déjà que la tendance
à la baisse allait se poursuivre. Quant à
l'inflation, elle devait dépasser les 20 % en
rythme annuel. Par ailleurs, les problèmes d'insécurité
ont contribué à empoisonner un climat social
déjà bien morose. Le nombre des délits
comptabilisés a doublé au cours des dix dernières
années, contraignant le pouvoir a recourir à
des mesures autoritaires: la loi dite de justice pénale
juvénile, votée en février 1996,
prévoit des peines d'emprisonnement allant jusqu'à
15 ans pour les mineurs.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002