Afin
de contrer la loi Helms-Burton (voir ci-dessous), Cuba a
voté la «loi de réaffirmation de la
dignité et de la souveraineté», qui
autorise le gouvernement à aider les entreprises
étrangères à dissimuler leurs investissements
par le biais de compagnies fiduciaires ou de fonds d'investissements
pour échapper aux sanctions américaines.
Un an après sa promulgation, le bilan de la loi Helms-Burton
paraissait pour le moins mitigé. Sur le plan diplomatique,
elle s'est transformée en pomme de discorde entre
Washington et ses alliés, canadien, européens
et mexicain. Quant à ses prétendues vertus
«démocratiques», on peut estimer que
leur principal effet est d'avoir freiné le timide
processus d'ouverture politique qui avait commencé
dans l'île. Certains spécialistes de Cuba estiment
que le gouvernement des États-Unis et la communauté
exilée de Miami ne pouvaient offrir de meilleur cadeau
à ceux qui, à l'intérieur du pouvoir
cubain, ne sont guère partisans des réformes.
Pour leur part, les autorités cubaines reconnaissent
que la loi Helms-Burton a eu un effet négatif sur
le flux des investissements et a dissuadé nombre
d'hommes d'affaires de traiter avec La Havane. Elle
a affecté la zafra, la récolte sucrière,
qui constitue la principale source de devises, en rendant
plus difficile l'obtention de financements internationaux.
Toutefois,
le vice-président cubain, Carlos Lage, a fait état
de la constitution de 42 nouvelles entreprises mixtes avec
des investissements étrangers depuis le vote de la
loi. Il reste qu'une société d'importance,
la cimenterie mexicaine Cemex, a décidé de
quitter l'île après avoir reçu un avertissement
des États-Unis lui reprochant d'avoir utilisé
une usine ayant appartenu à une compagnie américaine.
En revanche, quelques sociétés, comme le groupe
touristique espagnol Sol-Melia ou la canadienne Sherrit,
ont ouvertement défié les sanctions de Washington.
Le grand livre des relations américano-cubaines s'est
enrichi d'un nouveau chapitre avec la publication, fin janvier,
d'un rapport émanant de la Maison-Blanche et promettant
une aide de plusieurs milliards de dollars à Cuba
si le pays s'ouvrait à la démocratie. La réaction
de Fidel Castro a été on ne peut plus vive.
Devant plusieurs milliers de personnes réunies au
centre de La Havane, à l'issue d'une marche
aux flambeaux à la mémoire de José
Martí et de Che Guevara, le président cubain
a comparé les États-Unis à «un
dragon qui malgré ses avions et ses armes intelligentes
ne pourra jamais dévorer l'agneau cubain car cet
agneau est plus intelligent et ses veines sont remplies
de venin».
Plus
généralement, la détérioration
des relations cubano-américaines s'est traduite par
un coup de frein au mouvement de réformes économiques
mis en uvre après l'effondrement du camp socialiste.
C. Lage, principal artisan de ce plan, a pu déclarer
que la priorité du gouvernement n'était pas
d'autoriser l'ouverture de petites et moyennes entreprises,
mais de faire en sorte que les établissements publics
soient plus efficaces.
La loi Helms-Burton Le Cuban Liberty and Democratic Solidarity
Act (la loi Helms-Burton) vise à renforcer l'efficacité
de l'embargo commercial appliqué par les États-Unis
contre Cuba depuis le début des années 1960.
Conçue comme un moyen de protéger les droits
de propriété des citoyens américains
et de rétablir la démocratie dans l'île,
cette loi sanctionne «toute personne» (quelle
que soit sa nationalité) qui «trafique»
(selon le terme américain) avec des biens confisqués
par le gouvernement cubain après le 1er janvier 1959
et à propos desquels existent des réclamations
émanant de citoyens américains. Par «trafic»,
il convient d'entendre toute activité commerciale
réalisée à l'aide de ces biens.
Par
ailleurs, aucune distinction n'est faite selon que les biens
appartenaient, au moment de la nationalisation, à
des citoyens cubains ayant acquis ultérieurement
la nationalité américaine ou à des
citoyens américains.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002