En
dépit de la dollarisation de l'économie, de
quelques ouvertures et de concessions mineures au capitalisme,
les Cubains vivaient moins bien en 1997 qu'en 1996
et, malheureusement, sans doute mieux qu'en 1999. Seule
la visite du pape Jean-Paul II, qui a exhorté
Cuba à «s'ouvrir au monde» et «le
monde à Cuba», a paru apporter quelque espoir
à une population héroïne malgré
elle de la chronique d'un marasme annoncé.
Depuis
l'instauration, en 1991, après l'effondrement
du bloc communiste, de la «période spéciale»,
la situation économique de l'île n'a cessé
de se dégrader au point d'être qualifiée
de «désastreuse» par la majorité
des Cubains. Il est vrai que, quels que soient les indicateurs
pris en compte, rien n'incite à l'optimisme. Les
deux principales activités et sources de revenus
de Cuba, le tourisme et l'industrie sucrière, se
portent chaque année un peu plus mal. Depuis 1996-1997,
les envois des émigrés (remesas) constituent
la plus forte contribution au PNB du pays. Le gouvernement
ne s'y est pas trompé qui accorde aux remesas un
régime de faveur en les dispensant de toute taxation
sur le revenu. Plus généralement, l'ouverture
à l'investissement étranger et au tourisme,
la légalisation de la détention et de l'usage
de dollars, la réouverture des marchés libres
paysans, l'autorisation de commerces indépendants
ont été adoptées dans l'urgence, la
situation créée par la disparition de l'URSS
ayant conditionné ces choix.
En
réalité, le gouvernement cubain n'a effectué
aucune réforme de fond susceptible de modifier le
fonctionnement structurel de l'économie. Et aucune
des mesures adoptées ne semble à même
de remettre en cause les fondements du régime: la
primauté de l'État dans la définition
des objectifs et des moyens de l'économie reste la
règle absolue Castro l'a réaffirmé
avec fermeté à l'occasion du dernier congrès
du parti communiste. Quant aux quelques manifestations d'initiatives
privées, elles sont moins une concession du régime
en forme d'ouverture qu'une tolérance destinée
à pallier son incompétence. Ainsi, les travailleurs
privés (restaurateurs, chauffeurs de taxi, réparateurs,
etc.) n'ont d'existence que dans la mesure où ils
contribuent à résorber le chômage qui
a touché les employés des grandes entreprises
étatiques au début des années 1990.
De même, les marchés libres agroalimentaires
qui existaient dans tous les pays communistes d'Europe
n'ont été tolérés que
récemment, après une résistance des
«durs» du parti, fondée sur le respect
des dogmes.
Une
amélioration est-elle possible ? Rien n'est moins
sûr puisqu'on estime qu'il faudrait une croissance
annuelle de 5 % du PIB pendant au moins cinq ans pour
que l'île retrouve le niveau qui était le sien
avant 1989. Pis, l'état abyssal de la dette
extérieure semble interdire d'envisager un scénario
un tant soit peu optimiste. En effet, cette dette n'a fait
que s'accroître au cours de ces dernières années:
en important deux fois plus qu'elle n'exporte, Cuba ne peut
que creuser son déficit. En 1997-1998, la dette
à l'égard des pays occidentaux était
estimée à 10 milliards de dollars; quant au
résidu de la dette vis-à-vis de la Russie,
il serait de 24 milliards de dollars.
C'est
donc un pays replié sur lui-même qui a accueilli
chaleureusement le pape Jean-Paul II le 21 janvier.
Dans ses diverses interventions, ce dernier sera allé
aussi loin qu'il était possible dans l'analyse de
la décomposition du système, condamnant les
délits de conscience et les atteintes aux libertés,
réclamant la libération des prisonniers politiques
et revendiquant un espace plus grand pour son Église.
Mais ceux qui attendaient de cette rencontre un choc entre
le diable et le Bon Dieu ont vu le pape renvoyer dos à
dos les partisans de l'ultralibéralisme et ceux du
collectivisme. Et si Jean-Paul II a dénoncé
l'embargo économique que les États-Unis imposent
depuis presque quatre décennies, il n'a en rien ébranlé
la détermination de Washington.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002