Après
une campagne électorale particulièrement véhémente,
Abdalá Bucaram a accédé, au troisième
essai, à la magistrature suprême. Personnage
controversé, célèbre pour son goût
de la provocation, le candidat du Parti roldosiste équatorien
a convaincu une petite majorité de ses concitoyens
de lui faire confiance, tout en effrayant les milieux d'affaires,
inquiets des promesses faites par «El Loco».
Plus
connu pour ses exploits sportifs il avait représenté
l'Équateur aux Jeux Olympiques de Munich (1972) en
courant le 200 m que pour son sens politique,
le populiste Abdalá Bucaram n'en a pas moins remporté
la course à la présidence avec 54,3 %
des suffrages, contre 45,7 % à son concurrent,
l'avocat Jaime Nebot, du parti social-chrétien (PSC,
droite). La campagne électorale, qualifiée
de «guerre sale» par la plupart des observateurs,
aura été l'une des plus controversées
depuis la restauration de la démocratie en 1979.
Dire du nouveau président qu'il est une forte personnalité
relèverait d'un doux euphémisme. Surnommé
«El Loco» («le Fou»), Abdalá
Bucaram n'hésite pas à affirmer que «Hitler
est un des plus grands génies de l'humanité»,
et partage avec ce dernier un sens avéré de
la mise en scène: candidat à la présidence
en 1988 et en 1992, il s'était fait remarquer
en se déguisant en Batman et en conduisant de vigoureuses
changes contre ses adversaires. En 1988, il était
la «force des pauvres», véritable incarnation
du «peuple contre l'oligarchie». Cette fois-ci,
il se sera contenté de traiter son rival malheureux
d'«Antéchrist». Quoi qu'il en soit, les
électeurs équatoriens auront été
sensibles à sa dénonciation de la classe politique
traditionnelle, dévalorisée par des scandales
successifs, et surtout incapable de combattre avec succès
la pauvreté.
Malgré
la crise politique ouverte par la démission du vice-président,
Alberto Dahic, réfugié au Costa Rica pour
échapper à la justice de son pays, du conflit
frontalier avec le Pérou (en janvier et février 1995),
de la sécheresse persistante et du rationnement de
l'électricité, qui pénalise cruellement
l'industrie, l'Équateur a réussi à
maintenir sa croissance économique autour de 2 à
3 % tout en se prévalant d'un produit intérieur
brut de quelque 17 milliards de dollars. Riche en pétrole,
ce petit pays andin peu peuplé exporte 32 %
de sa production pétrolière, ainsi que des
bananes, des crevettes et des fleurs. Le président
sortant, Sixto Durán Ballán, aura réussi
à réduire l'inflation, passée en quatre
ans de 60 à 23 %, et à restructurer la
dette extérieure. Mais le paiement de cette dernière
(elle représentait près de 40 % du budget
national en 1996) constituera sans nul doute une lourde
charge pour le nouveau gouvernement. Mais la croissance,
toujours au rendez-vous, et la bonne santé des exportations
ne peuvent masquer l'accroissement dramatique de la pauvreté.
Celle-ci touche en effet 40 % de la population urbaine
et 67 % de la population rurale. Immédiatement
après son élection, le nouveau président
a promis de consacrer 30 % du budget de l'État
à l'éducation, de réformer la fiscalité
et de renégocier la dette externe. Très à
l'aise dans les effets d'annonce il prévoyait
une croissance de 8 % et une inflation de 2,8 %
dès la seconde année de sa présidence
, Abdalá Bucaram n'a sans doute pas réussi
à convaincre les milieux financiers et les industriels,
pour qui les incantations démagogiques n'ont jamais
constitué un instrument de politique économique
efficace.
Par
ailleurs, un séisme a frappé, le 28 mars
au soir, le centre de l'Équateur, faisant une trentaine
de morts, 70 blessés et quelque 3.000 sans-abri.
La plupart des victimes sont des paysans indiens, dont les
maisons de torchis n'ont pas résisté à
la secousse d'une magnitude de 5,7 sur l'échelle
de Richter. L'épicentre a été localisé
à une centaine de kilomètres au sud de la
capitale, Quito.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002