Le
président équatorien Abdala Bucaram, qui s'est
souvent comparé à Batman, à Jésus-Christ
ou à Gandhi, se targuait de surcroît d'être
fou. Le Congrès l'a pris au mot et l'a destitué.
La question de sa succession, à l'origine d'une courte
crise institutionnelle, aura finalement été
réglée par l'armée, celle-ci préférant
le président du Congrès, Fabian Alarcon, à
la vice-présidente, Rosalia Arteaga.
La
crise politique qui avait commencé au début
du mois de février par une grève générale
suivie de la destitution, pour incapacité «physique
et mentale», de A. Bucaram s'est terminée
avec l'élection, le 11 février, à
la tête de l'État du président du Congrès,
Fabian Alarcon. Nommé par le Parlement président
par intérim jusqu'au 10 août 1998,
il a été chargé d'organiser durant
son mandat de nouvelles élections générales
et de procéder à une révision constitutionnelle.
Une
des raisons de la crise après la mise à
l'écart de A. Bucaram tenait précisément
à l'obscurité des textes quant aux prérogatives
des uns et des autres: en effet, la vice-présidente
Rosalia Arteaga avait revendiqué le titre de chef
de l'État avant d'accepter, quelques jours plus tard,
de renoncer. C'est finalement l'armée, et particulièrement
son chef, le général Paco Moncayo, héros
de la guerre contre le Pérou, qui aura fait la différence
entre les deux politiciens équatoriens: en refusant
d'imposer l'état d'urgence ordonné par le
président Bucaram, les militaires ont provoqué
sa chute sans donner l'impression, dans un premier temps,
de vouloir privilégier l'un ou l'autre de ses successeurs.
Finalement imposé par l'armée, F. Alarcon
ne semble pas prêt à jouer les utilités.
Désigné comme président, une première
fois, par le Congrès, démis, puis réélu,
il aura fait preuve d'un art consommé de la manuvre
politique. Cet avocat avait déjà montré
tout son savoir-faire lorsque, leader d'un petit parti,
le Frente radical Alfarista (FRA, deux parlementaires sur
les quatre-vingt-deux qui composent le Congrès),
il était parvenu à présider l'Assemblée
grâce à l'alliance passée avec le Parti
roldosiste équatorien (PRE, populiste), la formation
de l'ancien président Bucaram.
De
son côté, Mme R. Arteaga, en obtenant
d'être de nouveau nommée vice-présidente,
a clairement laissé entendre qu'elle n'avait pas
baissé les bras. Femme aux convictions politiques
fluctuantes, spécialiste de l'éducation, elle
avait rallié à la dernière minute le
président Bucaram lors de la campagne électorale
de 1996: les péripéties du mois de février
laissent à penser qu'il faudra encore compter avec
elle. Quant à celui qui revendique haut et fort le
surnom d'«El Loco», il a choisi de quitter le
pays non sans clamer qu'il est toujours le président
et qu'il reviendra, en l'an 2000.
Dans
cette affaire, les militaires ont, quant à eux, montré
qu'ils pesaient d'un poids significatif dans la vie politique
équatorienne. À l'origine donc du compromis
qui a porté F. Alarcon à la tête
de l'État, l'armée, qui contrôle la
gestion d'une soixantaine d'entreprises publiques et perçoit
aussi d'importantes redevances provenant de l'exploitation
pétrolière, pourrait bien ne pas rester indéfiniment
neutre si la crise institutionnelle ne trouvait pas de solution
stable.
Il
appartient donc à F. Alarcon de présider
aux destinées de ce pays où la pauvreté
atteint environ 40 % de la population urbaine et 60 %
de la population rurale. La tâche est assurément
ardue tant la gestion de son prédécesseur
parait incohérente et son bilan peu glorieux: en
moins d'un an (pour mémoire, A. Bucaram avait
été élu le 10 août 1996),
«El Loco» a décrété des
hausses vertigineuses du prix de l'électricité
et du gaz, la privatisation brutale des ports, des routes
et du téléphone au seul motif que tel était
son bon plaisir. Ne justifiait-il pas ses décisions
d'une formule stupéfiante: «C'est parce que
j'en avais une grosse envie» ?
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