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L'actualité de l'Equateur en 1997

Le président équatorien Abdala Bucaram, qui s'est souvent comparé à Batman, à Jésus-Christ ou à Gandhi, se targuait de surcroît d'être fou. Le Congrès l'a pris au mot et l'a destitué. La question de sa succession, à l'origine d'une courte crise institutionnelle, aura finalement été réglée par l'armée, celle-ci préférant le président du Congrès, Fabian Alarcon, à la vice-présidente, Rosalia Arteaga.
La crise politique qui avait commencé au début du mois de février par une grève générale suivie de la destitution, pour incapacité «physique et mentale», de A. Bucaram s'est terminée avec l'élection, le 11 février, à la tête de l'État du président du Congrès, Fabian Alarcon. Nommé par le Parlement président par intérim jusqu'au 10 août 1998, il a été chargé d'organiser durant son mandat de nouvelles élections générales et de procéder à une révision constitutionnelle.
Une des raisons de la crise – après la mise à l'écart de A. Bucaram – tenait précisément à l'obscurité des textes quant aux prérogatives des uns et des autres: en effet, la vice-présidente Rosalia Arteaga avait revendiqué le titre de chef de l'État avant d'accepter, quelques jours plus tard, de renoncer. C'est finalement l'armée, et particulièrement son chef, le général Paco Moncayo, héros de la guerre contre le Pérou, qui aura fait la différence entre les deux politiciens équatoriens: en refusant d'imposer l'état d'urgence ordonné par le président Bucaram, les militaires ont provoqué sa chute sans donner l'impression, dans un premier temps, de vouloir privilégier l'un ou l'autre de ses successeurs. Finalement imposé par l'armée, F. Alarcon ne semble pas prêt à jouer les utilités. Désigné comme président, une première fois, par le Congrès, démis, puis réélu, il aura fait preuve d'un art consommé de la manœuvre politique. Cet avocat avait déjà montré tout son savoir-faire lorsque, leader d'un petit parti, le Frente radical Alfarista (FRA, deux parlementaires sur les quatre-vingt-deux qui composent le Congrès), il était parvenu à présider l'Assemblée grâce à l'alliance passée avec le Parti roldosiste équatorien (PRE, populiste), la formation de l'ancien président Bucaram.
De son côté, Mme R. Arteaga, en obtenant d'être de nouveau nommée vice-présidente, a clairement laissé entendre qu'elle n'avait pas baissé les bras. Femme aux convictions politiques fluctuantes, spécialiste de l'éducation, elle avait rallié à la dernière minute le président Bucaram lors de la campagne électorale de 1996: les péripéties du mois de février laissent à penser qu'il faudra encore compter avec elle. Quant à celui qui revendique haut et fort le surnom d'«El Loco», il a choisi de quitter le pays non sans clamer qu'il est toujours le président et qu'il reviendra, en l'an 2000.
Dans cette affaire, les militaires ont, quant à eux, montré qu'ils pesaient d'un poids significatif dans la vie politique équatorienne. À l'origine donc du compromis qui a porté F. Alarcon à la tête de l'État, l'armée, qui contrôle la gestion d'une soixantaine d'entreprises publiques et perçoit aussi d'importantes redevances provenant de l'exploitation pétrolière, pourrait bien ne pas rester indéfiniment neutre si la crise institutionnelle ne trouvait pas de solution stable.
Il appartient donc à F. Alarcon de présider aux destinées de ce pays où la pauvreté atteint environ 40 % de la population urbaine et 60 % de la population rurale. La tâche est assurément ardue tant la gestion de son prédécesseur parait incohérente et son bilan peu glorieux: en moins d'un an (pour mémoire, A. Bucaram avait été élu le 10 août 1996), «El Loco» a décrété des hausses vertigineuses du prix de l'électricité et du gaz, la privatisation brutale des ports, des routes et du téléphone au seul motif que tel était son bon plaisir. Ne justifiait-il pas ses décisions d'une formule stupéfiante: «C'est parce que j'en avais une grosse envie» ?

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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