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L'actualité de l'Equateur en 1998

Inflation galopante, chômage en hausse, croissance atone, dette abyssale et corruption endémique ont constitué le legs du président sortant, Abdala Bucaram, populiste jusqu'au délire. C'est donc les rênes d'un pays en quasi-faillite qu'a repris Jamil Mahauad, élu le 12 juillet à la tête de l'État. Il lui faudra retrouver la confiance des investisseurs étrangers et, tout aussi difficile, celle d'une population qui n'a plus foi dans les capacités de la classe politique à améliorer son sort.
En 1996, personne ne croyait réellement aux chances d'Abdala Bucaram d'accéder à la présidence du pays. Et pourtant, celui que l'on a surnommé «El Loco» était parvenu à la magistrature suprême, par la voie des urnes, avant d'être destitué en 1997 pour «incapacité physique et mentale». Profondément marqués par cet épisode, les responsables politiques équatoriens, tout comme les milieux d'affaires et une bonne partie de la population, ont repoussé par leurs votes la tentation populiste incarnée par Alvaro Noboa. Ce dernier, dit «EI Gordito» (le petit gros), l'homme le plus riche du pays, a en effet été encouragé à se présenter par Abdala Bucaram, réfugié au Panamá. Comme prévu par les sondages, aucun des six candidats n'a réussi à obtenir la majorité à l'issue du premier tour le 31 mai qui a vu arriver au coude à coude Alvaro Noboa, soutenu par le Parti rodoltiste équatorien, et Jamil Mahauad, maire de Quito et candidat de Démocratie populaire (DP). Mais instruits par le précédent du président sortant, la plupart des candidats évincés le 31 mai ont appelé leurs électeurs à reporter leurs voix sur le maire de la capitale. D'ailleurs, ce front aura constitué la grande nouveauté de l'élection, faisant dire à beaucoup que «le passage d'Abdala Bucaram a obligé les Équatoriens à une salutaire prise de conscience».
Si le populisme a marqué le pas d'abord en raison de la personnalité de Noboa – perçu à juste titre comme un avatar du président destitué –, la dégradation de la situation économique par rapport à la campagne de 1996 a de toute évidence pesé sur le choix des Équatoriens. La chute des cours du pétrole, qui constituait 40 % des ressources de l'État, s'est ajoutée à la catastrophe climatique d'El Niño pour enfoncer un peu plus le pays dans la dépression. Aussi, en 1998, tous les indicateurs économiques étaient au rouge: à l'entrée de l'automne, les prévisions les plus optimistes en matière d'inflation faisaient état d'un taux de 38 % et il était d'ores et déjà acquis que la croissance ne dépasserait pas 1,5 %. Situation tout aussi sombre sur le front du déficit budgétaire, estimé à 1,4 milliard de dollars, soit l'équivalent de 7 % du PIB. Quant à la dette publique extérieure, elle semblait devoir dépasser 134 milliards de dollars, ce qui, ajouté à la dette du secteur privé, faisait de l'Équateur le pays le plus endetté de toute l'Amérique latine.
Et pour dire les choses plus prosaïquement, l'Équateur est au bord de l'insolvabilité. Un état des lieux inquiétant souligné sans ambiguïté par Osvaldo Hurtado, un analyste politique respecté de tous, pour qui «l'Équateur est un pays naufragé et Jamil Mahuad, une bouée». Pour autant, la tâche du nouveau président n'en paraissait pas moins écrasante dans la mesure où la population ne nourrit guère de sympathie à l'endroit d'une classe politique jugée «corrompue et incompétente», selon les mots de Rodrigo Boria, ancien président de la République (1988-1992). C'est d'ailleurs parce que la démocratie ne leur a rien apporté que les Équatoriens se sont jetés en 1996 dans les bras d'un escroc. Un sondage réalisé avant le déroulement du scrutin présidentiel montrait que les Équatoriens, quel que soit le résultat, restaient pour le moins pessimistes: ils étaient en effet 59 % pour estimer que l'avenir allait être encore plus sombre, que le nouveau président soit le populiste Alvaro Noboa ou le démocrate Jamil Mahuad.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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