Inflation
galopante, chômage en hausse, croissance atone, dette
abyssale et corruption endémique ont constitué
le legs du président sortant, Abdala Bucaram, populiste
jusqu'au délire. C'est donc les rênes d'un
pays en quasi-faillite qu'a repris Jamil Mahauad, élu
le 12 juillet à la tête de l'État.
Il lui faudra retrouver la confiance des investisseurs étrangers
et, tout aussi difficile, celle d'une population qui n'a
plus foi dans les capacités de la classe politique
à améliorer son sort.
En 1996,
personne ne croyait réellement aux chances d'Abdala
Bucaram d'accéder à la présidence du
pays. Et pourtant, celui que l'on a surnommé «El
Loco» était parvenu à la magistrature
suprême, par la voie des urnes, avant d'être
destitué en 1997 pour «incapacité
physique et mentale». Profondément marqués
par cet épisode, les responsables politiques équatoriens,
tout comme les milieux d'affaires et une bonne partie de
la population, ont repoussé par leurs votes la tentation
populiste incarnée par Alvaro Noboa. Ce dernier,
dit «EI Gordito» (le petit gros), l'homme le
plus riche du pays, a en effet été encouragé
à se présenter par Abdala Bucaram, réfugié
au Panamá. Comme prévu par les sondages, aucun
des six candidats n'a réussi à obtenir la
majorité à l'issue du premier tour le 31 mai
qui a vu arriver au coude à coude Alvaro Noboa, soutenu
par le Parti rodoltiste équatorien, et Jamil Mahauad,
maire de Quito et candidat de Démocratie populaire
(DP). Mais instruits par le précédent du président
sortant, la plupart des candidats évincés
le 31 mai ont appelé leurs électeurs
à reporter leurs voix sur le maire de la capitale.
D'ailleurs, ce front aura constitué la grande nouveauté
de l'élection, faisant dire à beaucoup que
«le passage d'Abdala Bucaram a obligé les Équatoriens
à une salutaire prise de conscience».
Si
le populisme a marqué le pas d'abord en raison de
la personnalité de Noboa perçu à
juste titre comme un avatar du président destitué
, la dégradation de la situation économique
par rapport à la campagne de 1996 a de
toute évidence pesé sur le choix des Équatoriens.
La chute des cours du pétrole, qui constituait 40 %
des ressources de l'État, s'est ajoutée à
la catastrophe climatique d'El Niño pour enfoncer
un peu plus le pays dans la dépression. Aussi, en 1998,
tous les indicateurs économiques étaient au
rouge: à l'entrée de l'automne, les prévisions
les plus optimistes en matière d'inflation faisaient
état d'un taux de 38 % et il était d'ores
et déjà acquis que la croissance ne dépasserait
pas 1,5 %. Situation tout aussi sombre sur le front
du déficit budgétaire, estimé à
1,4 milliard de dollars, soit l'équivalent de 7 %
du PIB. Quant à la dette publique extérieure,
elle semblait devoir dépasser 134 milliards de dollars,
ce qui, ajouté à la dette du secteur privé,
faisait de l'Équateur le pays le plus endetté
de toute l'Amérique latine.
Et
pour dire les choses plus prosaïquement, l'Équateur
est au bord de l'insolvabilité. Un état des
lieux inquiétant souligné sans ambiguïté
par Osvaldo Hurtado, un analyste politique respecté
de tous, pour qui «l'Équateur est un pays naufragé
et Jamil Mahuad, une bouée». Pour autant, la
tâche du nouveau président n'en paraissait
pas moins écrasante dans la mesure où la population
ne nourrit guère de sympathie à l'endroit
d'une classe politique jugée «corrompue et
incompétente», selon les mots de Rodrigo Boria,
ancien président de la République (1988-1992).
C'est d'ailleurs parce que la démocratie ne leur
a rien apporté que les Équatoriens se sont
jetés en 1996 dans les bras d'un escroc. Un
sondage réalisé avant le déroulement
du scrutin présidentiel montrait que les Équatoriens,
quel que soit le résultat, restaient pour le moins
pessimistes: ils étaient en effet 59 % pour
estimer que l'avenir allait être encore plus sombre,
que le nouveau président soit le populiste Alvaro
Noboa ou le démocrate Jamil Mahuad.
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