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L'actualité de l'Equateur en 1999

Crise ministérielle, flambée des prix, envolée du dollar, fermeture des banques, grève générale, état d'urgence ont dessiné une année particulièrement noire. Avec des problèmes structurels jamais résolus, une crise politique larvée et une corruption généralisée, l'Équateur a semblé au bord de l'effondrement. Seul point positif : l'accord frontalier avec le Pérou devrait alléger le poids des dépenses militaires. Sur le plan extérieur, l'année 1999 a donc été marquée par le règlement du contentieux frontalier qui oppose l'Équateur et le Pérou. La délimitation de la frontière amazonienne entre les deux pays, en suspens depuis des décennies, a provoqué plusieurs conflits meurtriers, dont le dernier remonte à janvier-février 1995. Ainsi, le 13 mai 1999, le président équatorien Jamil Mahauad et son homologue péruvien Alberto Fujimori se sont rencontrés à la dernière borne, «la 21», pour sceller solennellement un accord jugé historique. Il est vrai que cette cérémonie de réconciliation intervenait cinquante-sept ans après la signature du protocole de Rio de Janeiro qui prétendait, déjà, résoudre définitivement le problème : le différend frontalier avait été engendré par le processus d'indépendance du début du XIXe siècle. En crevant cet abcès, les deux chefs d'État espèrent pouvoir diminuer la part des dépenses militaires dans leur budget respectif. Pendant des décennies, ces dépenses ont limité les investissements dans des secteurs prioritaires, notamment ceux de la santé et de l'éducation. La poignée de main échangée par A. Fujimori et J. Mahauad a été saluée par la communauté internationale, désormais disposée à investir 3 milliards de dollars pour encourager le développement de cette région. Eu égard au délabrement de l'économie équatorienne, cette manne, conjuguée à une baisse des dépenses militaires, ne pourra être que la bienvenue. Les problèmes structurels et les difficultés conjoncturelles ont contribué à élargir un peu plus le fossé entre les millions de miséreux — 70 % de la population est pauvre, 15 %, sont au chômage et 55 % sous-employés — et la poignée de nantis. Faute d'argent, l'État n'a pas pu payer les employés du secteur public, notamment les professionnels de la santé, et on a pu voir les murs de la capitale se couvrir d'étranges graffitis rouges peints par les médecins et les infirmières avec leur propre sang. La situation ne semblait guère enviable dans le secteur privé, où la moitié des entreprises ont dû licencier une partie de leur personnel. L'effondrement du secteur bancaire — 10 banques sur 40 se sont déclarées en faillite — n'a pu être évité qu'au prix de la confiscation des dépôts des épargnants.
Depuis son investiture, en août 1998, le président Jamil Mahauad s'est trouvé confronté à l'hostilité du Congrès, où ses partisans sont minoritaires, et les mesures qu'il a voulu prendre ont subi un boycottage de la part des députés. Le chef de l'État aurait même été tenté par un «autoputsch» — qui se serait traduit par la fermeture du Congrès —, avant de renoncer dans le souci de ne pas s'aliéner l'appui de Washington. L'assassinat du député Jaime Hurtado, au début de l'année, a été interprété comme un signe avant-coureur d'un retour de la violence politique. Les experts du FMI n'ont pu que dresser un état des lieux accablant. Mais pour le président Mahauad, appliquer un programme draconien quand on ne dispose ni de la majorité parlementaire ni de l'appui populaire semble difficile. Le FMI sait pertinemment que l'Équateur n'a d'autre solution que la fuite en avant.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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