L'Équateur
a connu en 2000 une période d'extrême instabilité
politique marquée par le limogeage du président
Jamil Mahauad, une mobilisation générale des
mouvements sociaux et des affrontements musclés entre
parlementaires. Avec, en toile de fond, la pire crise économique
qu'ait affrontée le pays depuis soixante-dix ans.
L'année
a commencé avec le soulèvement pacifique des
indigènes, appuyés sans équivoque possible
par une partie de l'armée de terre. Un soulèvement
qui devait provoquer, le 21 janvier, le départ
du président démocrate-chrétien Jamil
Mahauad. Rapidement, Gustavo Noboa, son successeur, a dû
faire face à une intensification de l'agitation sociale
dont ont témoigné de nombreuses grèves
dans le secteur pétrolier premier produit
d'exportation et dans l'électricité.
La représentation nationale n'a pas échappé
aux effets de la tension ambiante. Ainsi, le 1er août,
les parlementaires du Parti social-chrétien (conservateurs,
tendance populiste) et ceux du centre et du centre gauche
en sont venus aux mains au moment d'élire leurs présidences.
Une vacance qui a permis au président Noboa de promulguer,
sans débat parlementaire, une loi pour promouvoir
les investissements et la participation sociale. Dans les
faits, cette loi, connue sous le nom de «loi Trolley 2»,
a donné le feu vert au processus de privatisation
du secteur public et a attisé l'agitation sociale
qui couvait depuis le printemps, après la mise en
place de la dollarisation de l'économie. Conscient
des risques d'explosion sociale, le chef de l'État
s'est empressé d'annoncer qu'une «loi Trolley 3»
était à l'étude afin de corriger les
déficiences du précédent texte en y
intégrant les suggestions formulées par les
différents groupes politiques et les syndicats. Une
annonce qui n'a pas dissuadé les représentants
de la Confédération des nationalités
indigènes de l'Équateur et ceux des divers
mouvements sociaux de signer un manifeste contre la «dictature
civile».
En
dépit de ces fortes turbulences, la secrétaire
d'État américaine, Madeleine Albright, en
tournée dans cinq pays d'Amérique du Sud,
a fait l'éloge des mesures adoptées par le
président Noboa. Joignant le geste à la parole,
elle a apporté quelque 20 millions de dollars
en aide alimentaire, représentant la contribution
la plus importante accordée en 2000 à un pays
latino-américain. Mieux, Mme Albright a promis 15 millions
de dollars pour compenser l'éventuelle arrivée
massive de réfugiés colombiens fuyant leur
pays par crainte des retombées de l'offensive antidrogue,
le plan Colombie mis au point avec les États-Unis.
Pour sa part, le Fonds monétaire international s'est
montré très satisfait des lois Trolley en
accordant, le 28 août, le second déboursement
d'un accord stand by d'un montant global de 300 millions
de dollars. Les créanciers privés internationaux
ont consenti à alléger le fardeau de l'Équateur
en approuvant la transformation de 6,6 milliards de
dollars de leurs créances en instruments financiers
émis par l'État. Ainsi, l'Équateur
devrait bénéficier d'une remise de dette externe
de près de 2,6 milliards de dollars, soit 20 %
de son produit intérieur brut. Parallèlement,
des négociations sur le rééchelonnement
de la dette à l'égard du Club de Paris (les
créanciers publics) se sont engagées dans
la capitale française à la mi-septembre. Il
est vrai qu'avec une chute du PIB de 7,5 %, un taux
d'inflation de 61 % et un indice de pauvreté
de 65 % tous les concours sont les bienvenus.
©
Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002