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L'actualité de l'Equateur en 2001

Un an après le coup d'État larvé qui avait conduit le président Jamil Mahauad, démocratiquement élu, à démissionner, l'Équateur était littéralement au bord du gouffre. Les Indiens ont choisi de ne pas relâcher leur pression, obligeant le gouvernement du président Gustavo Noboa à renoncer aux réformes qui s'imposent pourtant dans un pays où le taux d'inflation n'en finit pas de s'envoler (90 %) et où, selon la Banque mondiale, près de la moitié de la population vit dans la plus grande pauvreté.
Pour la majorité des observateurs étrangers, l'Équateur constitue un véritable paradoxe. Voilà un pays doté d'une position géographique exceptionnelle sur la côte pacifique, qui dispose de nombreuses ressources naturelles et de conditions climatiques excellentes, qui perçoit une rente pétrolière conséquente. Pourtant, en dépit de ces nombreux atouts, l'Équateur paraît aussi infortuné que Haïti, offrant un exemple des plus achevés de la décomposition économique et politique sur le continent américain.
Après avoir instauré l'état d'urgence, le président Gustavo Noboa a fini par lâcher du lest sans qu'aucun problème de fond ne soit réellement réglé. D'ailleurs, les manifestations des Indiens, à l'origine du départ de Jamil Mahauad en janvier 2000, se sont succédé tout au long de l'année, portant à son comble l'instabilité politique. Parmi les nombreuses manifestations qui ont émaillé l'année, celle qui a réuni des milliers d'Indiens dans la capitale au début du mois de février 2001 a fait vaciller le pouvoir. Si les manifestants n'ont pas obtenu l'annulation des hausses de prix de l'énergie et des transports publics qu'ils réclamaient, cette démonstration de force leur a permis de se compter et de prendre la mesure de leur influence : il ne fait de doute pour personne que les Indiens, qui représentent plus d'un tiers de la population, sont devenus une force incontournable de la vie politique équatorienne. On peut légitimement penser que cette influence n'offre pas toutes les garanties d'un fonctionnement démocratique. Déjà, lors du coup d'État de janvier 2000, le leader indien équatorien Antonio Vargas n'avait pas hésité à déclarer «que le peuple peut parvenir au pouvoir sans bulletin de vote». Il est vrai que l'instabilité est intimement liée au «paysage» politique équatorien. En effet, le pays a connu cinq présidents en cinq ans, dont deux ont été destitués au mépris de la Constitution. Les raisons de cette instabilité tiennent en quelques chiffres : au cours des années 1999-2000, la valeur en dollars du PIB a chuté de 47 %, le revenu par habitant est passé de 1 600 à 850 dollars, les niveaux du chômage et du sous-emploi ont atteint 75 % de la force de travail. Pour la majorité des déshérités, le nouveau président aura renoncé à modifier le cours des choses en reprenant à son compte la dollarisation proclamée par son prédécesseur quelques jours avant d'être renversé. Face à l'ampleur des problèmes, le gouvernement a misé sur l'exploitation intensive du pétrole, la vente des entreprises publiques et l'endettement externe. Ce qui n'a pas suffi pour enregistrer une amélioration significative de la situation.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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