On
retiendra de l'année 1994 la création
d'une «commission de la vérité»
qui devrait préluder à la paix entre le gouvernement
et les anciens révolutionnaires guatémaltèques.
Une bonne nouvelle qu'il faut néanmoins relativiser
à l'issue du scrutin législatif qui a vu la
victoire d'Efraín Ríos Montt, un ex-putschiste
connu du temps de la guerre civile pour ses méthodes
particulièrement musclées à l'encontre
de la guérilla. Toutefois, ces troubles politiques
n'ont pas affecté la croissance économique
(4 %), pour une inflation de 13 %.
L'année
s'est ouverte sur un référendum constitutionnel
dont le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas passionné
la population: le 30 janvier, seuls 13 % des Guatémaltèques
se sont rendus aux urnes pour approuver, à 84 %
des suffrages exprimés, la réduction du nombre
de députés (de 116 à 80) et de la durée
du mandat présidentiel (de cinq à quatre ans).
En revanche, la population a suivi avec un bien plus vif
intérêt les négociations entre le gouvernement
et les guérilleros.
Les
délégués du gouvernement et les représentants
de l'Unité révolutionnaire nationale guatémaltèque
(URNG) ont décidé en juin de créer
une «commission de la vérité»
chargée de dresser le bilan des atteintes aux droits
de l'homme pendant la guerre civile. Cet accord représente
une étape décisive dans un processus de négociation
engagé il y a trois ans, mais plusieurs fois interrompu
en raison, notamment, de l'hostilité des militaires.
Médiateur du gouvernement pour les droits de l'homme
avant son accession à la tête de l'État
(5 juin 1993), le président Ramiro de León
Carpio s'est montré résolument optimiste,
affirmant que «la commission ne va pas chercher la
vengeance, mais la conciliation et le pardon».
Prévues
depuis janvier, les élections législatives
ont donc pu se dérouler à la date prévue
(15 août), et dans un climat plutôt serein.
Mais, contre toute attente, le parti du général
Efraín Ríos Montt, qui s'était illustré
par une répression féroce de la guérilla
au début des années 1980, a réussi
un retour surprenant sur la scène politique. Le front
républicain guatémaltèque a en effet
obtenu 39 % des voix, formant ainsi le groupe le plus
important du nouveau Congrès. Les formations de droite
ont fait preuve d'une belle santé puisque le Parti
de l'avance nationale (PAN) est arrivé en seconde
position, avec 35 % des suffrages, reléguant
la démocratie chrétienne (11 %), l'Union
du centre national (10 %) et le Mouvement d'action
solidaire (gauche, 5 %) dans des rôles de figuration.
Toutefois le scrutin a été marqué par
une abstention massive, 20 %, seulement des inscrits
s'étant déplacés. Les électeurs
ont donc clairement exprimé leur scepticisme à
l'égard du processus «d'épuration des
organismes d'État» entamé en janvier
par le président de la République.
Le
retour du général Efraín Ríos
Montt constitue sans nul doute le premier jalon d'une tentative
de reconquête du pouvoir (un putsch l'avait placé
à la tête de l'État en 1982-1983).
Parviendra-t-il à surmonter l'obstacle constitutionnel
qui interdit aux anciens dirigeants de se présenter
à une élection présidentielle ? Il
est vrai que l'influence de son parti dans le nouveau Congrès
lui permettra de peser sur la désignation de la nouvelle
cour de Justice chargée de valider ou non sa probable
candidature.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002