La
participation de la gauche à l'élection présidentielle
suffirait à elle seule à témoigner
que les temps ont changé au Guatemala depuis le coup
d'État qui mit fin à l'expérience socialiste
du colonel Jacobo Arbenz en 1964. Mais la montée
de la délinquance nourrit aussi la colère
de nombreux nostalgiques de la politique musclée
de la dictature.
Ouvertes en 1991 pour mettre fin à plus de trente
ans d'un conflit qui aurait fait environ 100.000 morts,
et interrompues à plusieurs reprises, les négociations
entre le gouvernement et la guérilla ont quelque
peu progressé avec la signature, le 11 mars 1995,
d'un «accord sur l'identité et les droits des
peuples indigènes». On s'étonnera toutefois
qu'il ait fallu des années de lutte pour qu'un document
officiel admette que «le Guatemala est un pays multi-ethnique
et multilingue» alors que la population est composée
d'une majorité d'Amérindiens. Mais les négociations
ne sont pas la paix. Et même si le président
Ramiro de León Carpio semble désireux d'aboutir
avant la fin de son mandat, il restait encore trop de points
litigieux réforme agraire, démilitarisation,
réformes institutionnelles et réinsertion
de l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque
(URNG) dans la vie politique.
L'actualité
politique a été dominée par la perspective
de l'élection présidentielle du 12 novembre
et par la déconfiture du général Ríos
Montt. Après avoir gagné avec son parti, le
Front républicain guatémaltèque (FRG),
les élections législatives en août 1994,
et s'être fait élire président de l'Assemblée
nationale le 14 janvier 1995, le général,
qui appartient à une Église évangéliste,
a essuyé deux défaites décisives, sa
candidature à l'élection présidentielle
a été écartée du fait de sa
participation à un coup d'État militaire en 1982
et son immunité parlementaire suspendue à
la suite de manuvres douteuses au détriment
des autorités électorales. Ce double échec
a été accueilli avec un profond soulagement
par l'ensemble de la classe politique, mais aussi par l'URNG,
qui a décidé une «trêve unilatérale»
pour ne pas gêner le scrutin. Le représentant
du Parti pour l'avancement national (PAN, conservateur),
Álvaro Arzú, est arrivé en tête
à l'issue du premier tour, devançant Alfonso
Portillo, candidat du FRG. Mais aucun des candidats n'ayant
dépassé la barre des 50 %, un second
tour était prévu le 7 janvier 1996.
©
Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002