Après
le Nicaragua et le Salvador, c'est désormais au tour
du Guatemala d'entreprendre un processus de réconciliation
nationale. Mais s'il est exclu de douter de la volonté
du président Álvaro Arzú de tout mettre
en uvre pour consolider le processus de paix dans
lequel est engagé le pays depuis décembre 1996,
sa tâche paraît d'autant plus ardue que les
blessures sont profondes à l'issue de trente-six
ans de guerre civile.
Conscient
qu'il peut être parfois plus difficile de construire
la paix que de la signer, Arzú s'est dit toutefois
convaincu qu'il parviendra à surmonter les difficultés
qui seraient de nature à menacer le retour de son
pays à la normalité démocratique. En
juin, le président était en visite à
Paris pour y recevoir le prix Houphouët-Boigny qui
honore chaque année des lauréats ayant uvré
pour la paix. Il partageait le prix avec le commandant Rolando
Morán, membre fondateur de l'Union révolutionnaire
nationale du Guatemala (URNG), mouvement de guérilla
avec lequel le gouvernement avait signé la paix le
29 décembre 1996.
Parmi
les nombreux obstacles qui pourraient mettre à mal
le processus de paix, le chef de l'État a mentionné
des «privilèges qui se sont enrichis sur la
guerre». Une formule qui désigne sans grande
ambiguïté ces militaires, policiers et cadres
de l'administration des douanes qui, avec la complicité
d'hommes d'affaires, se sont partagés le pays pendant
plusieurs décennies. Ce ne sont hélas pas
les seuls à incarner le danger.
Avec
une criminalité en forte augmentation et une police
impuissante, des soldats démobilisés et inquiets
de leur avenir, des paysans expulsés de leurs terres,
des familles qui réclament justice pour leurs proches
sommairement exécutés, un système fiscal
qui, dans un pays de plus de 10 millions d'habitants,
n'arrive à faire payer l'impôt qu'à
60.000 contribuables, la pression de ce qui reste de l'oligarchie
militaire constitue l'une des données les plus délicates
de la situation guatémaltèque.
On
conçoit que, dans ces conditions, l'aide de la Communauté
européenne, moteur actif du processus de paix et
principal donateur, soit de première importance:
Bruxelles a versé 238 millions de francs en 1996
et s'est engagé à débourser 1,3 milliard
de francs entre 1997 et l'an 2000.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002