Bien
que le gouvernement et la guérilla aient signé
un accord de paix en décembre 1996, le Guatemala
peine à soigner les séquelles de trente-six
années d'une guerre civile qui a fait quelque 100.000
morts. L'assassinat en avril de Monseigneur Juan Gerardi,
qui travaillait à faire la lumière sur les
exactions commises pendant le conflit, a témoigné
que la voie de l'apaisement n'est pas tout à fait
entamée.
À
bien des égards, la résolution de l'affaire
Gerardi, évêque auxiliaire du Guatemala, devrait
être le principal test de l'application des accords
de paix, mais les résistances sont nombreuses. Dans
les rangs de l'armée, d'abord, qui est rendue responsable
de 93 % des crimes commis pendant le conflit, mais
aussi du côté des guérilleros de l'Union
révolutionnaire nationale guatémaltèque
(URNG), accusés d'avoir perpétré 44
massacres au sein des communautés indigènes
qui refusaient de les appuyer (3 % des assassinats
sont attribués aux guérilleros). L'Église,
le gouvernement et la Mission des Nations unies pour le
Guatemala (Minugua) sont en effet convaincus que la condamnation
des véritables responsables de ce crime ne pourra
que contribuer à la réconciliation nationale,
qui passe nécessairement par la consolidation du
système judiciaire et la fin de l'impunité.
On le voit, la Commission de la vérité, en
dépit du soutien appuyé du président
Arzú, est loin d'en avoir fini avec ses enquêtes.
Par ailleurs, les membres de la Commission sur l'identité
des peuples indigènes ont poursuivi leurs travaux
et commencé à rédiger les réformes
constitutionnelles destinées à mettre un terme
à la discrimination exercée à l'égard
de ces populations. Sur le plan économique, en dépit
d'une croissance soutenue, d'une inflation maîtrisée
(9 %), d'un accroissement des investissements étrangers,
notamment dans le secteur du tourisme, la fragilité
du corps social contribue à rendre difficile l'application
des réformes qui permettraient au pays de sortir
de la pauvreté. Toutefois, le Guatemala pourrait
bénéficier d'une accélération
des investissements extérieurs si les autorités
parvenaient à arrêter un calendrier plus précis
concernant la privatisation du téléphone,
du transport ferroviaire, de l'électricité,
voire l'adjudication de permis d'exploration pétrolière.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002