Succédant
à Álvaro Arzu, le nouveau président,
Alfonso Portillo, a hérité d'une situation
économique et sociale particulièrement difficile.
Outre les effets du cyclone Mitch et les conséquences
de la baisse des prix agricoles, le chef de l'État
doit compter avec l'image peu attrayante du Guatemala auprès
de la communauté économique internationale
après que son prédécesseur eut décidé
d'augmenter les dépenses publiques.
Trois
ans après la signature des accords de paix qui ont
mis fin à trente-six ans de guerre civile, le sentiment
général de la population était plutôt
à la déception. Certes, les autorités
arguent du fait que trois ans de paix, après un si
long conflit, représentent un temps bien court pour
que se fasse sentir une quelconque amélioration des
conditions de vie. De plus, les pertes provoquées,
à l'automne 1998, par le passage du cyclone Mitch
et par la baisse des prix agricoles faiblesse
des cours du café, des bananes et du sucre
n'ont pas été compensées par la hausse
du cours du pétrole, dont le Guatemala est devenu
producteur. De plus, le gouvernement a dû freiner
les investissements publics afin de ne pas mettre en péril
l'équilibre budgétaire, ce qui a permis de
limiter le déficit à 4 % du PNB et de
maintenir l'inflation autour de 7 %. Pour autant, le
déficit commercial n'a cessé de se creuser,
ce qui a obligé le pays à le financer en puisant
dans ses réserves en devises : il s'en est suivi
une forte pression sur le quetzal, la monnaie nationale,
qui s'était déjà déprécié
de quelque 15 % en 1999. Aussi, pour faire face à
ce problème de liquidités, la banque centrale
s'est trouvée dans l'obligation d'augmenter les taux
d'intérêt. Ces derniers dépassant 20 %,
ils ne sont bien sûr pas de nature à rassurer
d'éventuels investisseurs privés. De surcroît,
les donateurs ont exigé, en échange de 1,9 milliard
de dollars de crédits sur les années 1997-2000,
un renforcement du système bancaire et un effort
de discipline fiscale. Ce qui, en dépit de l'aide
octroyée par la communauté internationale
pour faire face aux conséquences du cyclone Mitch
et du faible endettement, devrait rendre difficile un accroissement
des dépenses sociales dans un pays qui demeure le
plus inégalitaire d'Amérique latine.
Le Guatemala, comme les autres pays de la région,
a mis en uvre une politique d'ouverture aux importations
et aux investissements étrangers. Parallèlement,
il a opté pour les privatisations d'entreprises et
de services publics, tout en menant une politique budgétaire
de limitation des déficits. Malgré cela, l'économie
peine à se développer, comme l'attestent le
maintien d'une grande misère 80 %
de la population vit encore dans la pauvreté
et la permanence de tensions sociales toujours vives l'insécurité
reste omniprésente et donc ne facilite en rien la
vocation touristique que pourrait avoir le Guatemala. Quant
à la société guatémaltèque,
elle demeure divisée malgré la conclusion
de la paix, comme on témoigne la composition du Parlement
: on peut en effet y voir siéger des représentants
de l'ancienne guérilla désormais
intégrée au jeu démocratique
alors que les électeurs ont porté à
la présidence le populiste Alfonso Portillo, au détriment
du candidat du parti conservateur au pouvoir. Il en résulte
des tensions politiques qui rendent délicate la mise
en place des réformes le calendrier des
privatisations n'a pas pu être tenu. Le Guatemala
peut toutefois compter sur l'aide internationale destinée
à soutenir le processus de paix civile.
©
Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002