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L'actualité du Guatemala en 2001

Quatre ans après la signature des accords de paix qui ont mis fin à trente-six ans de guerre civile, le sentiment général de la population était plutôt à la déception. La pauvreté reste le grand problème du pays alors que la criminalité progresse de façon particulièrement inquiétante. Il est vrai que la réinsertion des anciens guérilleros et des membres des milices civiles représente pour le gouvernement du président Alfonso Portillo un véritable casse-tête.

Au Guatemala, où l'on tente de panser les plaies de la guerre civile, il ne se passe pas de mois sans qu'un événement ne fasse remonter à la surface ce passé douloureux. Ainsi, le 8 juin, les trois militaires et le prêtre accusés de l'assassinat de l'évêque de Guatemala, Juan Gerardi, découvert mort dans son presbytère le 26 avril 1998, ont été condamnés à trente ans de prison. Fervent défenseur des droits de l'homme, l'évêque avait publié, trois jours avant sa disparition, un texte accusant l'armée d'être responsable de 150.000 assassinats et de la disparition de quelque 50.000 personnes durant la guerre civile (1960-1996). Sans doute ce jugement est tout à l'honneur du pouvoir politique, qui a choisi de jouer en l'espèce la carte de la démocratie. Mais on ne solde pas trente ans de guerre civile sans douleur et sans opposition. L'immixtion des militaires dans les enquêtes judiciaires est de notoriété publique. D'ailleurs, la déclassification des archives américaines concernant l'époque de la dictature a été considérée comme une trahison de Washington par certains hauts responsables de l'armée.

On se souvient que Rigoberta Menchú, prix Nobel de la paix en 1992, avait déposé une plainte auprès d'un tribunal espagnol — qui a choisi de la recevoir — contre l'ex-dictateur Rios Montt. Ce dernier, devenu président de l'Assemblée nationale, a de nouveau fait la une de l'actualité. En mars 2001, la Cour suprême a ordonné à Rios Montt de se démettre de ses fonctions afin de faire face au procès en destitution dans lequel il a été appelé à comparaître pour une affaire de corruption. L'affaire aurait pu en rester là si le chef de l'État n'avait pas trouvé opportun d'apporter son soutien à l'ancien homme fort du Guatemala, plongeant ainsi le pays dans une grave impasse constitutionnelle.

Les difficultés que rencontre la démocratie pour s'imposer font écho à la dégradation des conditions de vie de la majorité de la population. En effet, la pauvreté reste le principal problème du pays : 80 % des Guatémaltèques se répartissent 20 % du produit intérieur brut. Les deux tiers de la population active sont employés dans le secteur informel ou bien sont au chômage. Quant à l'insécurité, alimentée par une montée en puissance du trafic de drogue, elle est devenue le cauchemar des autorités qui s'étaient pourtant engagées à la faire disparaître. En dépit des pressions sociales, le gouvernement a continué de privilégier la stabilité : ainsi, la pression inflationniste est restée sous contrôle (4,3 %), le taux de change n'a pas enregistré de variation et les réserves de devises sont demeurées intactes, malgré l'augmentation de la facture énergétique, plombée par le redressement des cours du pétrole. Pourtant, le gouvernement du président Portillo s'est attiré les critiques des organismes financiers, qui lui ont reproché la lenteur de la reprise, le faible taux d'investissement public et la fragilité, jugée préoccupante, du système financier.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

 

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