«En
trois jours, nous avons perdu ce que nous avions construit
en trente ans.» D'une formule tragique, le président
Carlos Flores aura ainsi résumé l'effroyable
situation dans laquelle se trouvait le Honduras un an après
le passage du cyclone Mitch. Il est vrai que l'ampleur du
désastre a de quoi frapper les imaginations. Tous
les observateurs se sont en effet accordés pour parler
du caractère exceptionnellement violent du cyclone,
dans une région pourtant fertile en catastrophes
naturelles. On estime que l'ouragan a fait plus de 1 million
de sans-abri. Sur le plan économique, les conséquences
du cyclone se sont révélées rapidement
épouvantables. La production bananière, qui,
en temps habituel, représente la deuxième
source de devises du pays après le café, a
été particulièrement touchée
puisque les paysans n'ont réussi à sauver
que 10 % des cultures. Un an après le passage
du cyclone, la production de bananes n'avait pas repris.
Les plantations de café ont été moins
touchées, mais plus de la moitié de la récolte
a dû être abandonnée sur place en raison
de l'état des moyens de transport, le cyclone ayant
détruit une large part des infrastructures de communication
du Honduras : 250 ponts et des dizaines de kilomètres
de routes ont été emportés. Quant aux
autres principaux produits d'exportation (melons et crevettes),
ils cumulaient des pertes évaluées à
plus de 150 millions de dollars. Le bilan était
tout aussi dramatique en ce qui concerne les productions
vivrières (maïs, haricots noirs, riz et sorgho),
puisqu'on estimait qu'elles avaient été détruites
à plus de 60 %. Si l'industrie de la sous-traitance
a été relativement épargnée,
la reprise de ses exportations dépendait de la reconstruction
des infrastructures de communication. Rappelons que l'industrie
de la sous-traitance est, depuis quelques années,
en pleine expansion ; elle emploie quelque 100.000 personnes,
essentiellement dans des usines d'assemblage.
Toutes
les prévisions des autorités en matière
de politique économique et financière ont
dû être revues et corrigées en tenant
compte de la catastrophe. Ainsi, en prenant ses fonctions
en janvier 1998, le président Carlos Flores
avait promis de donner un caractère «plus humain»
au plan d'ajustement du Fonds monétaire international
auquel est soumis le Honduras depuis les années 1990.
Un an plus tard, les données avaient changé
et les bonnes intentions du chef de l'État se trouvaient
réduites à néant. Catastrophique pour
l'économie, le cyclone Mitch a suscité un
vaste mouvement de solidarité nationale à
travers tout le pays, mettant ponctuellement un terme aux
querelles qui ont accompagné les premiers pas du
gouvernement du président Flores, notamment en ce
qui concerne les choix économiques. Ce dernier avait
dû essuyer de sévères critiques après
avoir proposé une augmentation de la TVA (elle est
passée de 7 à 12 %) afin de combler
un tant soit peu le déficit fiscal. Des critiques
avaient aussi accueilli l'annonce d'une réduction
des impôts en faveur des sociétés. En
revanche, le Fonds monétaire international a salué
cette diminution de la pression fiscale sur les entreprises,
estimant qu'elle était conforme au plan d'ajustement
structurel. Ces mesures ont également été
bien accueillies par les investisseurs étrangers.
Parmi ces derniers, on signalera la présence de la
France : Elf-Antargaz s'est engagé dans la distribution
de gaz liquide, tandis que Lafarge est entré dans
le capital de la cimenterie Incehsa à hauteur de
43,4 %.
Par
contre, sur le plan extérieur, la recherche d'un
règlement du différend qui oppose le Honduras
au Nicaragua et au Salvador au sujet de la délimitation
de leurs eaux territoriales dans le golfe de Fonseca n'avait
pas progressé d'un pouce.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002