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L'actualité mexicaine en 1995

L'ouragan financier qui a touché le Mexique a révélé la fragilité de ce «marché émergent». Pour sauver le système, et pour éviter la faillite des imprudents spéculateurs, 50 milliards de dollars ont été consentis au pays par la communauté internationale, mais à des conditions draconiennes. L'offensive de l'armée fédérale contre les insurgés du Chiapas a témoigné de la nécessité pour les autorités de rétablir la stabilité, préalable au retour de la confiance des investisseurs.
Le Mexique était considéré comme le meilleur élève du Fonds monétaire international. Depuis treize ans, ses dirigeants successifs avaient tout accepté: payer la dette extérieure (120 milliards de dollars), multiplier les privatisations, accueillir sans limite les capitaux étrangers, réduire les déficits publics, combattre l'inflation. Cité comme un modèle d'orthodoxie à tous les pays du Sud et de l'Est, Mexico avait même accepté de payer un coût social exorbitant: 10 % des Mexicains vivent en dessous du seuil d'extrême pauvreté tandis que la moitié de la population demeure sous-employée.
Une crise financière sans précédent En 1994, le Mexique avait été récompensé: dans la foulée de la signature de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), il avait été admis au sein de l'OCDE, dans le groupe des 24 pays les plus développés du monde. Ayant passé toutes les épreuves imposées par les grands gendarmes économiques de la planète, le pays se croyait à l'abri. Et brusquement est survenu le désastre. Dévaluation brutale de la monnaie, fuite des capitaux, effondrement de la Bourse, et, bien sûr, répercussion en cascade en Amérique latine, au Canada, dans la zone Asie-Pacifique, et jusqu'en Europe (Italie, Suède, Espagne, France).
Le pays n'a été sauvé de la faillite que grâce à l'octroi d'une aide internationale massive de plus de 50 milliards de dollars, dont 20 milliards versés par les États-Unis: soit l'aide la plus importante jamais accordée à un pays. Une aide si importante que l'on peut se demander s'il s'agit de sauver le Mexique ou si elle vise plutôt à sauver le système financier international. Au passage, le pétrole est passé sous le contrôle des États-Unis, qui ont ainsi pu prendre une revanche sur le président Lázaro Cárdenas, qui, en 1938, avait nationalisé les compagnies pétrolières américaines. La crise mexicaine aura révélé que les gestionnaires des fonds de retraite et des fonds communs de placement sont les nouveaux maîtres de la géofinance: on n'ignorait pas l'importance astronomique des sommes mobilisées par ces gestionnaires – les fonds de pensions américains représentent 6.000 milliards de dollars. Et on prévoyait que leur déplacement brutal provoquerait un jour une catastrophe. En éprouvant le premier le choc, le Mexique y a laissé une part de sa souveraineté nationale. Et, une fois de plus, ce sont les classes moyennes et les couches les plus déshéritées de la population qui feront les frais de ces dérèglements.
Le Mexique en guerre au Chiapas Prises dans la tempête financière et le chaos social, les autorités ont dû – pour la seconde année consécutive –, faire face à l'insurrection au Chiapas. Dès le 6 décembre 1994, dans un mémorandum au gouvernement, le Comité clandestin révolutionnaire indigène (CCRI) avait prévenu que l'intronisation d'Eduardo Robledo, élu gouverneur du Chiapas au mois d'août précédent, serait considérée comme un acte de guerre. Ultimatum auquel a choisi de répondre le président Ernesto Zedillo en installant personnellement E. Robledo à Tuxtla Gutierrez, capitale de l'État. Un geste qui a mis fin à onze mois de trêve. Durant les dix premiers jours de janvier 1995, dans la foulée de l'offensive zapatiste sur les 38 municipios, les partisans du «contre-gouverneur» Amado Avendano ont occupé les mairies de Huethuetan, Cacahoatan, Tuzatan, Amatenango del Valle, Nicolas Ruiz, Ixtapa et quelques autres. Entre-temps, E. Zedillo a fait une concession, reconnaissant comme instance de dialogue avec les zapatistes, la Commission nationale de médiation (Conai), présidée par Mgr Samuel Ruiz, évêque dont toute la vie a été placée sous le signe de la défense des communautés indigènes. Finalement, grâce aux efforts de la Conai, un accord a pu être conclu: tandis que les troupes fédérales se retiraient des zones zapatistes réinvesties, l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) annonçait un cessez-le-feu unilatéral et indéfini: le 15 janvier, Esteban Moctezuma, ministre de l'Intérieur, a rencontré les dirigeants de l'EZLN; le 29, la Conai annonçait l'imminence d'une seconde rencontre entre l'exécutif fédéral et l'Armée zapatiste; le 4 février, le président de la République exhortait l'EZLN à reprendre les pourparlers et conviait la Conai à faire preuve d'initiative dans sa volonté médiatrice. Mais cinq jours plus tard éclatait un véritable coup de théâtre. Après la découverte de deux caches d'armes à Mexico et dans l'État de Veracruz, E. Zedillo révélait l'arrestation de huit militants de l'EZLN. Une arrestation suivie d'aveux qui auraient permis de découvrir l'identité du sous-commandant Marcos et de quatre autres dirigeants de la guérilla. Dans la foulée, un ordre d'arrestation était lancé contre Marcos pour «sédition, mutinerie, conspiration, terrorisme, port et transmission d'armes». Dans les heures qui ont suivi, l'armée a lancé une vaste offensive. Les militaires ont alors investi les bastions zapatistes, dont Guadalupe et Tepeyac. En dépit de l'embargo sur les informations, des récits font état de brutalités, d'exactions et de disparitions. De présumés dirigeants de l'EZLN sont arrêtés et Mgr Ruiz est lui-même inquiété. En discréditant ainsi Mgr Ruiz, les autorités mexicaines ont semblé vouloir disqualifier la Conai, jugée trop proche des indigènes. Après avoir choisi un temps la voie de la négociation, le régime de Mexico a renoué avec la manière forte. Sans doute a-t-il cédé à la pression des généraux, humiliés par un cessez-le-feu qui leur avait été imposé et que la mise à l'écart d'une commission de médiation ne peut que satisfaire. Sans doute aussi s'agit-il de donner quelques gages aux bailleurs de fonds venus au secours d'un Mexique économiquement exsangue, mais que cette instabilité inquiète.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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