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L'actualité mexicaine en 1996

En 1996, si le Mexique ressentait toujours les effets négatifs de la spéculation effrénée qu'avait entraînée la dévaluation du peso à l'automne 1994, quelques signes de reprise laissaient entrevoir un début de redressement. À l'actif du gouvernement, on retiendra également le toilettage constitutionnel et un début d'accord avec les zapatistes.
Des signes ténus de reprise Deux ans après la dévaluation du peso, qui a plongé le Mexique dans une crise économique sans précédent depuis les années 1930, il semblait que le pire était passé. Plusieurs indicateurs, en particulier la bonne santé des exportations et l'amélioration du marché de l'emploi, ont en effet laissé entrevoir une légère embellie. Ainsi, en avril 1996, 43.000 à 50.000 emplois ont été créés et, entre décembre 1995 et mai 1996, le nombre des chômeurs a diminué de 153.000 personnes. Ce mouvement, certes ténu, contraste toutefois avec les licenciements massifs qui avaient touché plus de 700.000 personnes en 1995. De leur côté, les exportations ont progressé de 3,8 % par mois en valeur au cours du premier semestre, ce qui s'est traduit par un large excédent de la balance commerciale. Au cours du premier trimestre le Mexique a enregistré une baisse de 1 % seulement du PIB par rapport à la même période de l'année précédente. Tout cela a permis au président Ernesto Zedillo de justifier la sévérité des mesures adoptées par son gouvernement pour ramener l'inflation, qui était de 50 % en 1995, autour de 35 à 30 %. Toutefois ces signes encourageants ne constituaient que de simples frémissements, et la population, dont le pouvoir d'achat a été substantiellement réduit, n'en ressentait pas encore les effets à la fin de l'année.
La réforme constitutionnelle Le gouvernement a tenu sa principale promesse politique en engageant le pays sur la voie d'une réforme constitutionnelle en matière électorale. Non sans mal, puisqu'il aura fallu 19 mois de négociations difficiles pour que les quatre partis représentés au Parlement votent à l'unanimité, le 31 juillet, cette première étape vers une grande réforme de l'État mexicain. Pourtant la hiérarchie catholique et les rebelles zapatistes ont décidé de se démarquer de l'enthousiasme de la classe politique. Dans un très critique éditorial de la revue de l'archevêché de Mexico, Nuevo Criterio, l'Église a résumé sa position en quelques mots: il s'agit selon elle d'«arrangements partiels qui consistent à faire des changements pour que rien ne change». Pire pour le pouvoir, aucune des réformes ratifiées par le PRI et l'opposition n'a trouvé grâce aux yeux des autorités ecclésiastiques. Qu'il s'agisse de la suppression du rôle envahissant exercé par le ministère de l'Intérieur dans l'organisation des élections, désormais confiée à un organisme dont les membres seront désignés par le Parlement, de la création d'un tribunal électoral indépendant, de l'établissement de règles plus démocratiques pour le financement des partis, ou encore des nouvelles dispositions prévoyant, à partir de 1997, l'élection du maire de Mexico – jusqu'alors désigné par le chef de l'Etat –, rien de tout cela, soutenait l'archevêché de la capitale, n'est de nature à garantir «l'alternance au pouvoir, condition inéluctable pour parvenir à une véritable démocratie».
Même attitude critique du côté de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), qui, par la voix du sous-commandant Marcos, s'est exprimée dans des termes similaires lors de la clôture de la Rencontre intercontinentale pour l'humanité et contre le néolibéralisme (fin juillet). Le chef de l'EZLN a regretté que la classe politique n'ait pas tenu compte de la «société civile» pour réaliser la réforme électorale, qualifiée de simple «ajustement» entre partis. À cette occasion, le mystérieux chef des zapatistes a annoncé que ces derniers ne participeraient pas aux élections de juillet 1997.
Un premier accord avec la guérilla zapatiste Un peu plus de deux ans après le soulèvement des Indiens, qui, sous la direction du sous-commandant Marcos, avaient occupé brièvement plusieurs petites villes du Chiapas en janvier 1994, le gouvernement mexicain et l'EZLN ont convenu de signer, le 16 février 1996, un premier accord reconnaissant une certaine forme d'autonomie en faveur des populations autochtones. Le principe de la «libre détermination», tel que le définit le document commun, apparaît pour le moins restrictif dans la mesure où il s'inscrit dans le cadre des institutions juridiques et politiques de la nation. En clair, il ne s'agit pas de créer des régions autonomes dotées de leur propre gouvernement, mais plutôt de redécouper certaines municipalités pour permettre aux populations autochtones (un tiers des 3,2 millions d'habitants du Chiapas) de désigner leurs propres autorités. Avant d'apposer sa signature au bas d'un document qualifié d'«accord minimum», l'EZLN a procédé à une consultation de sa base dont il ressortait que 96 % des personnes interrogées appuyaient les propositions. Mais ils étaient aussi nombreux à estimer que le problème de la terre devait être résolu en priorité. Quand on sait que le gouvernement n'entend à aucun prix ouvrir de nouveau le dossier de la réforme agraire, on comprendra que cet accord ne constitue qu'un tout petit pas en direction d'une normalisation des rapports entre l'État et les communautés indigènes.
Alors que le gouvernement se félicitait de l'adoption de la réforme constitutionnelle et de l'accord conclu avec l'EZLN, le Mexique a connu une nouvelle flambée de violences témoignant de l'irruption d'un nouveau mouvement de guérilla, l'Armée populaire révolutionnaire (EPR). Celle-ci a fait une démonstration de force en attaquant simultanément, dans la nuit du 28 au 29 août plusieurs points du territoire mexicain. La nouvelle guérilla a expliqué qu'elle luttait pour établir une «République populaire». Le caractère audacieux de ses coups de main et surtout la sophistication de son armement et de sa logistique laissent à penser que ce mouvement de guérilla aurait pu établir une alliance tactique avec un des puissants cartels de la drogue mexicains. Quoi qu'il en soit le président Zedillo a immédiatement réagi en donnant carte blanche à l'armée pour lutter contre l'EPR. Toutefois le chef de l'État aura pris soin d'établir une nette distinction entre l'EPR et l'EZLN, en affirmant qu'il était hors de question de négocier avec l'EPR.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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